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Le schisme d'Orient

Ce n'est pas le premier, ni le seul schisme de l'histoire de l'Eglise. Mais c'est le plus important, parce qu'il dure encore, après presque 1000 ans, et parce qu'il a séparé l'Eglise en deux parties sensiblement égales.

C'est le résumé et l'aboutissement de 7 siècles de l'histoire de l'Eglise, ce résumé, c'est l'ensemble des causes de ce schisme.

 

Les causes du schisme

 

Les causes politiques

La division de l'empire romain en un empire oriental et un empire occidental, sous Dioclétien (284-305) : le monde romain s'est mis à penser, peu à peu, en termes de dualité (orient/occident).

Le changement de capitale, de Rome à Constantinople, par Constantin, en 330. Cet événement entraîne une double conséquence pour l'avenir de l'Eglise :

  • L'évêque de Constantinople devient l'évêque de la capitale. A ce titre, il cherchera à acquérir du pouvoir dans l'Eglise et à détrôner l'autorité de l'évêque de Rome. Cette quête sera encouragée par l'empereur qui préfère avoir le chef de l'Eglise sous la main.
  • L'évêque de Rome, désormais loin de l'empereur, a les coudées franches en occident. Il y sera tenté de jouer le rôle de l'empereur.

L'impact des invasions barbares en occident : l'occident change, il n'est plus romain.

La tentative de reconquête de l'occident par l'empereur Justinien (535-555) : L'occident en garda un triste souvenir, car les troupes byzantines firent plus de massacres et de dégâts que les barbares.

L'alliance entre la papauté et les Francs en 754 : par le couronnement de Charlemagne (800), la papauté a créé un nouvel empereur d'occident ; il y a donc schisme politique par rapport à l'orient.

Les conquêtes de l'Islam en orient : vers 650, les sièges patriarcaux d'Alexandrie, de Jérusalem et d'Antioche sont conquis par l'Islam. Dans le monde chrétien, il ne reste que 2 patriarches : l'évêque de Rome et celui de Constantinople. Une rivalité s'installe entre les deux.

 

Les causes culturelles

La différence des langues : elle a créé de nombreux quiproquos. Le 7ème siècle constitue un tournant à Constantinople. A cette époque, le latin, la langue officielle de l'administration impériale, est remplacé par le grec. A Constantinople, on considère que l'occident est retourné à la barbarie, à la suite des invasions.

La différence de mentalités : les centres d'intérêt ne sont pas les mêmes. En orient, on s'est attardé, pendant des siècles, sur la nature du Christ. En occident, on s'est intéressé davantage à l'organisation de l'Eglise et à ses rapports avec le pouvoir.

 

Les causes théologiques

La crise iconoclaste

Pendant cette querelle, les papes défendirent la vénération des icônes et dénoncèrent l'iconoclasme des empereurs orientaux. Lorsque l'Eglise byzantine revînt à la vénération des icônes, l'Eglise franque critiqua encore sa position, à cause d'une mauvaise traduction des actes du concile de Nicée II. Cette crise a donc amené les deux Eglises à s'éloigner encore plus l'une de l'autre.

Le Filioque

En 381, le symbole de Nicée-Constantinople déclare que l'Esprit procède du Père par le Fils. Cette formule a pour but de rattacher directement l'Esprit au Père, afin d'éviter d'en faire une créature du Fils, comme toute autre créature. Mais le Fils y apparaît comme un intermédiaire subordonné au Père. Avec des risques de dérive arienne.

En 589, le concile de Tolède, afin de lutter contre l'arianisme des Wisigoths, officialise l'ajout du Filioque au symbole de Nicée-Constantinople. La formule devient alors : L'Esprit procède du Père et du Fils (Filioque) ; mettant le Père et le Fils à égalité par rapport à l'Esprit. Cette formule se répand en France et en Allemagne.

En 809, Charlemagne demande à ses théologiens de rédiger des traités pour justifier le Filioque. Pour les orientaux, le Filioque est inacceptable car :

  • Les conciles œcuméniques avaient interdit de changer quoi que ce soit au symbole.
  • Il affaiblit la monarchie du Père, à laquelle les orientaux sont attachés.
  • Il tend à sacrifier la distinction des personnes de la Trinité à la simplicité de l'essence commune.

Toujours en 809, un concile tenu à Aix-la-Chapelle envoie, à Rome, des délégués qui demandent au pape de donner l'ordre que le Filioque soit récité dans le credo romain. Le pape Léon III refuse, afin de ne pas exciter les passions. C'est ainsi que le conflit fut momentanément évité.

 

Les causes liturgiques

Les différences de langues et de cultures se répercutent automatiquement sur la liturgie. Le souci d'unité religieuse et politique conduit à une volonté d'uniformisation liturgique. C'est ainsi que l'Eglise romaine tente d'imposer une liturgie latine aux églises grecques de l'Italie du sud et que l'Eglise byzantine veut contraindre les églises latines de Constantinople à adopter la liturgie grecque.

Depuis le 9ème siècle, l'occident utilise du pain azyme pour la messe. L'orient se sert toujours de pain levé et critique le nouvel usage occidental.

 

Les causes missionnaires

La mission crée des rivalités, car elle favorise un certain expansionnisme. Par la mission, chaque église mère agrandit son territoire et conserve sur celui-ci une autorité certaine.

L'évangélisation de la Moravie :

  • De 800 à 850, la Moravie est évangélisée par des missionnaires francs qui imposent une liturgie latine, seule acceptée par le clergé franc.
  • En 862, Ratislav (prince de Moravie) demande un missionnaire à Byzance. Constantin (qui prendra le nom de Cyrille à la fin de sa vie) et Méthode sont envoyés en Moravie. Cyrille crée le slavon, langue dans laquelle il traduit un choix de textes de l'Evangile ; ce qui soulève l'opposition du clergé franc.
  • En 867-868, Cyrille et Méthode reçoivent l'appui du pape Adrien II qui ordonne que la messe soit célébrée en slavon dans 4 églises romaines en Moravie.
  • En 869, Cyrille meurt à l'âge de 42 ans et Adrien II envoie Méthode en Moravie avec une lettre autorisant l'utilisation de la liturgie slave dans ce pays. Mais, sous l'instigation du clergé franc, Méthode est condamné par un synode local et emprisonné 2 ans et demi en Bavière.
  • En 873, le pape Jean VIII ordonne que Méthode soit libéré, mais interdit l'usage du slavon dans la liturgie. Méthode ignore cette interdiction, poursuit la traduction des Ecritures en slavon et forme un clergé de langue slave. L'opposition franque rapporte au pape que Méthode avait récité le credo en omettant le Filioque.
  • En 880, au cours d'un voyage à Rome, Méthode prouve son orthodoxie et persuade Jean VIII de reconnaître la légitimité de la liturgie slavonne.
  • Jean VIII meurt en 882. Désormais la papauté ne soutient plus Méthode et sa liturgie.
  • En 885, Méthode meurt. Le pape Etienne V, condamne la liturgie slavonne et les disciples de Méthode sont chassés de Moravie. A la fin du 11ème siècle, la littérature et la liturgie slavonnes sont étouffées et détruites par la politique romaine de centralisation et d'uniformisation linguistique.

L'évangélisation de la Bulgarie :

  • En 865, le prince bulgare Boris est baptisé par des missionnaires byzantins.
  • En 866, Boris demande au pape de créer une hiérarchie ecclésiastique en Bulgarie. Byzance s'émeut de voir l'influence franque venir si près de Constantinople, d'autant plus que le clergé romain, en Bulgarie, ajoute le Filioque au symbole de Nicée.
  • En 867, le patriarche Photius dénonce le Filioque comme une doctrine hérétique, et un concile réuni à Constantinople excommunie et dépose le pape Nicolas 1er.
  • En 870, la Bulgarie revient au sein de l'Eglise byzantine.

 

Les causes ecclésiales

Les deux Eglises ont plusieurs fois rompu leur communion dans l'histoire.

  • De 404 à 415, à cause de la déposition et de l'exil de Jean-Chrysostome, par l'empereur.
  • De 484 à 519, à cause de la politique d'apaisement vis-à-vis des monophysites adoptée par les empereurs Zenon et Anastase.

L'affaire Photius

  • L'année 843 voit la fin de la crise iconoclaste en orient. Mais les orientaux sont divisés entre les "intransigeants" qui veulent punir les anciens iconoclastes et les "modérés" qui préconisent le pardon.
  • En 847, l'impératrice Théodora désigne Ignace comme patriarche de Constantinople. C'est un intransigeant.
  • En 856, Michel III prend le pouvoir. Ignace est contraint de démissionner. Le professeur Photius le remplace. C'est un modéré.
  • En 863, un synode romain déclare l'élection de Photius non canonique, excommunie Photius et rétablit Ignace. Les byzantins n'en tiennent pas compte et s'indignent de l'intervention du pape dans leurs affaires intérieures. Les relations s'enveniment en raison des événements de Bulgarie.
  • On a vu qu'en 867, un concile oriental dépose le pape Nicolas 1er. Mais l'empereur Michel III est assassiné par Basile 1er qui remet Ignace à la place de Photius. La communion avec Rome est rétablie.
  • En 877, Ignace meurt et Photius retrouve le siège de Constantinople. Il parvient à s'entendre avec le pape Jean VIII.

Cette affaire met en relief les différences d'organisation entre les deux églises. L'orient critique la prétention papale à définir la vérité pour toute l'Eglise. Pour les chrétiens d'orient, l'autorité ne peut émaner d'un seul homme, mais d'un collège d'évêques, d'un concile.

 

 

Les faits

 

Michel Cérulaire est patriarche de Constantinople de 1043 à 1058. Il est ambitieux et violent. Il suscite la publication d'un manifeste qui dénonce le rituel de l'Eglise romaine.
Léon Ochrida, chef de l'Eglise bulgare, rédige une lettre pleine d'insultes contre les pratiques latines (notamment l'usage du pain azyme).

Le pape Léon IX réplique en envoyant, à Constantinople, une ambassade conduite par le cardinal Humbert, homme entier, impulsif, mal avisé et réputé pour ses écarts de langage. Cérulaire et Humbert échangent des injures et le 16 juillet 1054, Humbert et sa suite déposent, sur l'autel de l'église Sainte-Sophie, une bulle d'excommunication contre le patriarche et ses partisans. L'empereur fait brûler la bulle et Cérulaire réunit un concile qui excommunie les légats pontificaux.

Désormais la rupture est consommée. A Rome on n'accorda que peu d'intérêt à ce nouveau schisme.

 

Conclusion

 

En 1964, le pape Paul VI rencontrait le patriarche Athénagoras.

Et les excommunications réciproques furent levées en 1965. Pourtant la communion n'est pas véritablement rétablie. Elle nécessiterait de rediscuter la question de l'autorité dans l'Eglise (sujet trop brûlant) et impliquerait des changements de gouvernements que personne ne veut faire.



Bibliographie

  • Jean Chélini, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, Hachette/Pluriel
  • A. Ducellier, M. Kaplan, B. Martin, Le Moyen-Age en orient, Hachette/Supérieur
  • Nouvelle Histoire de l'Eglise, Vol II, Seuil