De Platon à Saint Augustin

Pourquoi un exposé sur ce thème, dans le cadre des grands débats de l'Eglise ancienne ?

Parce que la philosophie grecque a considérablement influencé la théologie chrétienne.
Pour une bonne compréhension de cette théologie, il est capital d'en aborder l'évolution de Platon au théologien qui a le plus marqué la théologie chrétienne du Moyen Age : Augustin.

Parce que c'est un véritable débat qui existe dans l'Eglise ancienne, entre l'héritage juif et l'influence grecque.
C'est pourquoi il nous faut reposer, rapidement, les bases de ce débat.

 

Les valeurs fondamentales de l'Evangile

 

Le christianisme des origines partage, avec le judaïsme, les valeurs suivantes :

  • La non identité de nature entre le créateur et la créature. Le judaïsme et le christianisme avec lui ont toujours nié la participation naturelle de l'homme à la divinité.
  • L'âme mortelle (Ezéchiel 18, 4). Parce que, pour le judaïsme, l'âme est la personne tout entière (Genèse 2, 7). Il n'y a pas d'âme sans corps.
  • L'élection. Œuvre de Dieu et non de l'homme. C'est Dieu qui choisit son peuple, ses disciples, et non l'homme qui choisit son Dieu.

 

La descente de Dieu

C'est l'originalité du christianisme. Car tout le christianisme repose sur l'incarnation de Dieu en Jésus ; par amour pour l'humanité (Jean 3, 16) et jusqu'à la mort.

Par opposition aux religions naturelles qui proposent une élévation de l'homme. Ce qui ne veut pas dire que le chrétien n'ait aucun progrès à réaliser, mais que ces progrès ne consistent pas à atteindre Dieu, mais à se tourner vers le prochain. La conversion correspondant au chemin tracé par le Christ ; lequel n'a pas cherché à égaler Dieu, mais s'est humilié pour rejoindre l'homme (Philippiens 2,5-11).

 

Le platonisme

 

Platon naît à Athènes vers 427 av. J-C (meurt en 348) dans une famille de l'aristocratie la plus illustre.

Il est élève de Socrate. Celui-ci meurt en 399 av. J-C, condamné par la justice de son temps à boire la ciguë pour impiété et corruption de la jeunesse. La vie de Platon en est bouleversée.

Socrate n'ayant laissé aucun écrit, Platon décide de transcrire son enseignement sous forme de dialogues (Hîppias mineur, Alcibiade, Apologie de Socrate, Euthyphron, Criton, Protagoras, Georgias, Ménon, République, Le Banquet ... ), et commence à construire un vaste système de pensée.

En 387 av. J-C, Platon fonde l'Académie d'Athènes.

Sa pensée est héritière d'une méthode et d'un contexte :

  • La méthode, c'est celle de Socrate qui, par des questions ironiques aux sophistes (pseudo-sages), cherchait à détruire les faux-semblants de l'opinion commune.
    Socrate aide son interlocuteur à découvrir la vérité par lui-même (connais-toi toi-même), et non en se pliant à une doctrine extérieure.
    C'est de cette méthode basée sur le dialogue et de cette structure dialogique de la pensée que naît le concept platonicien de dialectique0
    La dialectique est l'art du dialogue qui permet de remonter du particulier aux concepts de plus en plus généraux, et vers les principes premiers.
  • Le contexte : c'est la condamnation de Socrate par les sophistes aux idées toutes faites mais qui se croient sages ; alors que la véritable sagesse commence par la conscience de son ignorance.
    Le platonisme est, au départ, une critique des discours et des jugements dépendants des apparences sensibles et des ombres des choses prises pour la réalité.
    Philosopher c'est, ayant pris conscience de sa propre ignorance, rechercher, par delà les opinions contradictoires, les habitudes de pensée et le témoignage de nos sens, une définition stable de ce qui est.

Il existe donc deux domaines :

  • Le monde des apparences sensibles. Monde changeant où règnent le devenir et la mort, le chaos et l'ombre.
  • Le monde des Idées. Lumière des essences stables. Monde de l'Etre plein, éternel, immuable, ordonné, harmonieux.
  • Platon illustre ce concept par le Mythe de la Caverne (République VII).
    Les hommes sont semblables à des prisonniers enchaînés au fond d'une caverne, face au fond de celle-ci. Ils ne saisissent du monde que ce que le soleil en projette sur la paroi du fond ; et ne connaissant que ces ombres, ils les prennent pour la réalité. Telle est la situation de l'homme. Il croit savoir, mais il ne connaît que les apparences perçues par les sens, le monde sensible. Alors que la réalité se situe dans la lumière de l'intelligible, le monde des Idées.

Platon pose la réalité du monde sensible et du monde des Idées, et l'existence d'un rapport entre les deux : l'idée est la cause du sensible ; et la part idéale, illimitée, divine qui se trouve dans le sensible, c'est l'âme.

Comment passer du monde sensible au monde des Idées ? Car là est le but du sage, du philosophe.

  • Par le biais d'une conversion qui consiste à tourner le regard vers la lumière (République VI). A l'image des prisonniers de la caverne qui ne peuvent connaître la réalité des choses qu'en se tournant vers l'entrée de la caverne.
  • En se souvenant du monde des Idées.
    • Cela est possible par l'âme. Car l'âme humaine est, par nature, semblable à l'idée, et qu'avant d'être incarnée, elle a contemplé le monde des formes éternelles (1).
    • Connaître, c'est se souvenir (réminiscence, cf. le Ménon). C'est retrouver en son âme la trace des essences premières jadis contemplées et dont l'âme éprouve comme la nostalgie dans un monde où elle est déchue, en exil, éloignée de la source de l'Etre.
      Pour retrouver le Bien ou l'origine perdue, l'âme doit, tout d'abord, se délivrer de tout ce qui éloigne de l'Etre véritable et nous enferme dans la prison du corps qui est tombeau de l'âme : attachements et désirs tournés vers les objets matériels.
      Elle pratique donc une ascèse, sorte de mort du corps. Par la mort du corps désirant et la pratique de la vertu, les âmes des amis de la sagesse se tournent vers l'Etre et peuvent espérer, après la mort physique, rejoindre le monde de l'Etre.
      Tandis que les âmes des intempérants se réincarneront dans un être plus ou moins inférieur, selon le genre de vie qui aura été mené.
  • Par une élévation progressive en plusieurs étapes. C'est la dialectique ascendante qui conduit l'individu des choses visibles (accessibles aux yeux du corps) aux choses intelligibles (accessibles aux yeux de l'âme) (République VI).
    De l'imagination à la sensation, de la sensation à la raison, de la raison à l'intuition intellectuelle du principe premier.
    Cette montée progressive vers les Idées, conduit à la contemplation de ce qui donne l'être aux modèles des êtres : le Bien.

 

Le néoplatonisme

 

Plotin (204-270)

Associé généralement au néoplatonisme dont il est le créateur et le plus illustre représentant, il est né en Egypte et a enseigné à Rome.
Son disciple Porphyre a transcrit son enseignement dans les Ennéades

Le néoplatonisme de Plotin est essentiellement un commentaire et un approfondissement du Parménide de Platon.
Plotin s'intéresse surtout à une définition du monde des Idées. Il y voit trois hypostases (tout sujet existant).

 

Thèses principales

Les trois hypostases constituant la série ordonnée par degrés des réalités divines où le mal ne pénètre pas :

  • L'Un.
    Plotin accentue son caractère inconnaissable
    Source de vie, principe immobile, lumière intarissable
    Il ne reste pas unique, parce qu'il surabonde comme une source trop pleine ou une lumière qui ne peut que se diffuser, selon le principe de l'émanation. Aussi appelé Dieu ou Père dans le néoplatonisme tardif.
  • L'Intelligence ou Logos.
    Produit par l'émanation de l’Un.
    Siège de la perfection, monde parfait, plein, l'Etre de toute réalité.
  • L'Ame
    Tournée, à la fois, vers l'Un, dans un processus de conversion, de retour aux origines ; et vers le sensible où elle cherche à se refléter en donnant une forme, un ordre.
    Elle contient toutes les âmes individuelles.

La matière ne fait pas partie des hypostases originelles. Elle est incompatible avec l'Etre. Le néoplatonisme professe donc un dualisme esprit/matière.
Cependant, Plotin rejette le mépris manifesté par les gnostiques à l'égard de la création.

Plotin propose plusieurs définitions complémentaires du mal :

  • L'absence, la privation et le manque absolu du Bien. Il ne se trouve donc pas dans les êtres (les âmes)
  • La matière. Et la principale caractéristique de la matière en l'homme est le manque de mesure.

L'âme humaine est partagée entre la pesanteur du sensible à laquelle elle est liée (Phédon, Phèdre) et son aspiration à retourner à l'origine.
Ce retour se fait en retournant au centre de soi-même qui est d'origine divine. L'âme du sage, par ses propres forces, parvient alors à la contemplation de l'Un.
Pour Plotin, la fuite de ce monde vers le monde idéal ne peut pas se réaliser par la simple modération des passions, mais à travers leur destruction totale, ou apâtheia (détachement de l'âme du corps).
Celui qui atteint ce stade est un véritable dieu (Ennéades I, 2, 6).

C'est à travers le néoplatonisme, que le platonisme a influencé les Pères de l'Eglise, car il s'est perpétué jusqu'au 6ème siècle ; donc pendant toute la période patristique.
L'Académie athénienne fermée par Justinien en 529 était la dernière école néoplatonicienne.

 

Le Nouveau Testament et le platonisme

 

Généralités

II n'est pas facile de définir l'influence du platonisme sur les auteurs du Nouveau Testament, car nous ignorons le degré de connaissance qu'ils avaient de cette philosophie et leurs liens avec elle, et parce que cette influence a parfois été indirecte.
En effet le judaïsme avait déjà subi l'influence de la pensée grecque avant même la naissance du christianisme, notamment en ce qui concerne l'immortalité de l'âme et le développement de la transcendance divine, de plus en plus séparée du monde créé et repoussée dans une autre dimension, un au-delà.
L'œuvre du Juif Philon d'Alexandrie (vers -13 - 54) a peut-être joué un rôle dans l'impact de la pensée grecque sur l'élaboration du dogme chrétien.
Philon a tenté d'harmoniser judaïsme et philosophie grecque, en récupérant, notamment, la notion de Logos.

 

Exemples d'influence platonicienne sur les auteurs du Nouveau Testament

  • La référence au Logos (Jean 1, 1-14). C'est l'indice le plus évident ; Jésus est assimilé au Logos.
    La tentation sera grande, parmi les chrétiens, d'établir des rapprochements entre la Trinité et les trois hypostases du néoplatonisme.
    • L'Un = Dieu le Père.
    • Le Logos = Dieu le Fils, Jésus.
    • L'Ame = le Saint-Esprit présent dans le monde céleste et en tout homme.
      Avec une différence de taille : l'incarnation du Logos ; chose difficile à admettre pour les Platoniciens. A moins de parler, avec les gnostiques, d'incarnation apparente.
  • La référence à la lumière (Jean 1, 4. 5. 9 ; 3, 19-21 ; 2 Corintjeins 4, 6 ; 1 Pierre 2, 9 ; 1 Jean 1, 5-7).
    Celle vers laquelle l'être humain doit se tourner pour connaître la vérité.
  • Une présentation glorieuse du monde divin (1 Timothée 6, 15. 16 ; Ephésiens 3, 10 ; Apocalypse 4).
  • Une présentation par étapes de la voie qui monte vers Dieu (2 Pierre 1, 3-11).
    Ce texte est l'un des plus parfait exemple de la dialectique ascendante platonicienne, faisant référence à la connaissance comme moyen de salut et à la participation à la nature divine.

 

 

Les Pères de l'Eglise et le platonisme

 

Les Pères de l'Eglise n'apprécient pas le platonisme de façon unanime

La relation christianisme/platonisme, dans les cinq premiers siècles, est faite à la fois de résistance du christianisme au platonisme et d'assimilation du second par le premier ; au prix, éventuellement, d'une déformation.
Certains concepts platoniciens resteront à jamais à l'écart de la foi chrétienne ; tels que la métempsycose (la réincarnation)

Les principaux opposants chrétiens au platonisme sont : Tatien, Hermas, Hippolyte, Epiphane et Tertulïien.
Ils condamnent radicalement toute la philosophie grecque et, tout particulièrement, la prétention de contempler Dieu par la seule philosophie, l’immortalité de l'âme et le Dieu impersonnel.

De nombreux Pères de l'Eglise ont tenté d'harmoniser christianisme et platonisme :

  • Pour montrer que le christianisme n'était pas une secte.
    C'est le cas des apologistes Athénagoras et Justin.
  • Pour faciliter la prédication auprès des grecs.
  • Par intérêt personnel pour la culture et la philosophie grecque.
  • Parce qu'ils considéraient Platon comme un penseur inspiré.

Ce sont ces Pères dont nous allons survoler la pensée ; de siècles en siècles.

 

Au 2ème siècle

Athénagoras.

Il veut démontrer que Platon était monothéiste.
Il retient la doctrine des trois principes : Dieu, la matière, les Idées. Ces dernières étant les pensées contenues dans l'Esprit de Dieu.
Il est sensible au thème de la beauté de l'univers et à la nécessité de remonter à son auteur.

Justin (vers 100- 165).

Dans ses Dialogues, il mentionne les points suivants :

  • La distanciation de l'âme par rapport au corps et aux sensations.
  • La possibilité de connaître Dieu par le seul moyen de l'esprit.
  • L'âme inengendrée et immortelle.

 

Au 3ème siècle

Clément d'Alexandrie (vers 150-215).

Il développe les points suivants :

  • La fonction éducative des peines infligées par Dieu aux hommes (cf. Phédon 113b).
  • La définition de la vertu comme disposition naturelle de l'âme conforme au logos et comme harmonie de l'âme elle-même.
  • L'obéissance à la loi de la nature présente dans la raison humaine, et qui consiste à juger avec mesure.
  • La notion de participation à Dieu par le biais de l'apathéia (absence de passion). Celle-ci constituant la ressemblance avec Dieu.
    A ce propos, Clément insiste sur :
    • La distinction entre le monde intelligible et le monde sensible.
    • La transcendance de Dieu.
    • Le détachement du corps et du monde sensible.
    • L'idéal de la vie contemplative.

Origène (vers 185 - vers 254).

Disciple d'Ammonios Saccas (l'un des fondateurs du néoplatonisme), il est l'auteur de la première construction intellectuelle tentant d'harmoniser le platonisme et le christianisme.

Dans son Traité des principes, il présente le cosmos selon un schéma qui s'apparente à la gnose et qui s'inspire du néoplatonisme :

  • Dieu est l'Un premier et Père.
    • Ineffable et se suffisant à lui-même, il est totalement dénué de passions (2).
    • II demeure absolument inconnu à la raison humaine (3).
    • II est source, dans le sens que tous les êtres émanent de lui selon une Procession qui commence par le Logos.
  • Le Logos est le second dieu.
    II émane du Père (4) (cf. Sagesse de Salomon 7, 25).
  • Les âmes chutent dans les corps et le monde sensible.
    Cette chute est le résultat d'une inclination vers ce qui est corporel et matériel, et d'un refroidissement de l'amour pour Dieu (5)
    C'est pourquoi Origène nie la résurrection des corps (6).
  • La rédemption devient, par le Logos, retour (apocatastase) à l'Un originaire.
    Elle implique la destruction des passions, maladie de l'âme.
    Elle aboutit à une déification de l'homme et à son union avec la divinité.

Sa synthèse est condamnée par l'Eglise au 4ème siècle. Ce qui révèle le débat qui existait au sein de l'Eglise en ce qui concernait l'influence du platonisme sur le christianisme.

 

Au 4ème siècle

Grégoire de Nysse (vers 335 - 394).

Il reprend, lui aussi, les thèmes platoniciens et néoplatoniciens, mais en les transformant dans un sens chrétien ; beaucoup plus que ne le fait Origène.

  • Dieu demeure inconnaissable, mais il écarte l'idée d'une dialectique ascendante rationnelle.
  • L'âme est à l'image de Dieu, elle en est le miroir (métaphore empruntée à Plotin).
    Pour avoir la connaissance intuitive de Dieu, il faut purifier le miroir par une ascèse, il faut retrouver l'unité originaire de l'Adam avant la chute.
    La conversion reste donc bien un retour vers le divin qui est en soi, cependant cette conversion est reçue par grâce.
    C'est ainsi que Grégoire de Nysse passe d'une mystique naturelle (proximité de nature entre Dieu et l'âme) à une connaissance par grâce.
    Là est l'apport chrétien et la tentative d'harmoniser l'Evangile et la philosophie grecque : l'accès à Dieu est un don gracieux et non plus seulement une propre vertu du sage.
  • L'âme a une aptitude à recevoir le divin sans être elle-même d'essence divine.
  • D'autre part, la relation à Dieu devient interpersonnelle, mettant en jeu la liberté et non plus seulement la nécessité de combler un manque d'être.

Augustin (354-430).

Il conserve la plupart des grands thèmes platoniciens :

  • Le parallèle entre Dieu et l'Un de Plotin. Dieu est l'Etre dans sa plénitude et sa perfection. Il est aussi amour.
  • Le Christ est identifié au Logos.
  • La matière est incompatible avec Dieu.
  • Une définition du mal, comme privation du bien
  • La présence de Dieu au-dedans de soi
    Tu étais au-dedans de moi, et j'étais, moi, en dehors de moi-même, et c'est au-dehors que je te cherchais (...), tu étais avec moi, et je n'étais pas avec toi (Confessions, X, 27)
  • L'idéal platonicien de la ressemblance avec Dieu. Idéal réalisé dans la fuite de ce monde.
  • Le recueillement en soi-même pour atteindre Dieu.
    En passant par mon âme je monterai vers lui (Confessions, X, 7).
    Cependant, Augustin abandonne l'idée néoplatonicienne de l'autosuffisance de l'âme pour trouver le divin. L'âme a besoin de la grâce pour trouver Dieu (Il est dans la nature de l'homme de pouvoir avoir la foi, mais c'est une grâce accordée aux fidèles que d'avoir la foi).
    On est, ici, au cœur du débat entre platonisme et christianisme. Car, si l'âme est d'essence divine (comme l'affirme le platonisme), elle a naturellement en elle-même la possibilité du salut et du retour à Dieu ; or l'Evangile pose la nécessité de la grâce, c'est- à-dire d'un salut extérieur à l'homme.
    Augustin résout la tension en affirmant la nécessité de la grâce malgré l'essence divine de l'âme et son immortalité naturelle, parce que la chute a changé la nature humaine (ce qui n'est pas le cas dans le platonisme). C'est le thème du péché originel.
    Peu à peu, le concept de grâce prend le pas sur celui de nature. La relation Dieu/homme n'est donc plus une relation de nature, mais de grâce.
  • L'union avec Dieu. Non plus dans une tension vers plus d'être, mais comme relation d'amour.
    Dans cette union, l'âme qui aime Dieu participe à l'Etre même de Dieu qui est Amour.

Augustin présente l'harmonisation la plus élaborée et la plus affinée entre platonisme et christianisme ; en laissant (contrairement à ses prédécesseurs) une plus grande part au christianisme.
La philosophie est au service de la foi.

Il initie le débat relatif à la foi et à la raison.
Pour Augustin, les deux constituent le chemin conduisant à la sagesse béatifique, mais la foi précède la raison (Soliloques, I, 6, 12-7, 14).
Même si, parfois (Sermo 47, 7, 9), Augustin adopte une formule plus complète : Comprends pour croire, crois pour comprendre, cette hégémonie de la foi sur la raison marquera toute l'histoire intellectuelle du Moyen Age et fondera le pouvoir de la théologie sur les autres disciplines.

 

 

On pourrait être tenté de se demander qui, du platonisme et du christianisme, a triomphé dans ce débat, mais aucun des deux n'a vaincu l'autre.

 

On assiste, au contraire, à une symbiose entre deux concepts qui sont pourtant, en bien des points, inconciliables.
De ce syncrétisme, la chrétienté a hérité les conceptions suivantes :

  • L'exaspération de la distance et de la séparation entre le monde divin et le monde terrestre, liée à l'impossibilité de connaître Dieu.
    D'où la nécessité des médiations ; l'âme humaine étant l'une d'entre elles.
  • Le goût du mystère ; favorisant le prestige de ceux qui savent, et l'idée d'un salut par la connaissance.
  • Le mépris du monde matériel, physique ; et donc du corps. En un mot : de la condition humaine et de soi-même, la vraie vie étant divine.
    Ce qui conduit à un rejet de la vie réelle au profit d'une vie contemplative.
  • La participation naturelle de l'individu au divin ; par le biais de l'âme immortelle.
    Avec pour conséquences possibles :
    • L'oubli de la grâce (malgré Augustin) et de la relation d'amour avec Dieu.
    • Une conception individualiste de la religion. Le salut s'obtenant par une recherche en soi, indépendamment des autres ; et, parfois, par un combat contre soi-même, dans l'ascèse et l'effort personnel.
  • La valeur pédagogique des épreuves et des châtiments. Ce qui a permis aux populations de mieux supporter la vie difficile, mais a autorisé tous les abus de pouvoirs, au nom des vertus salutaires de la souffrance.
  • L'idée générale que l'être humain devait acquérir le salut et atteindre Dieu par ses propres moyens.
    Oubliant que l'Evangile enseignait que Dieu était descendu et faisant reposer sur l'homme un fardeau impossible à bouger, parce que, en même temps, on lui enseignait que Dieu était trop loin et trop différent pour l'atteindre.
    Tout le Moyen Age sera marqué par ce carcan.

 


 

(1) Dictionnaire des auteurs et des thèmes de la philosophie, art. Platon, p. 382
(2) Contre Celse. VI, 66
(3) Contre Celse. VI, 65
(4) Commentaire sur l'Epître aux Hébreux. PG 14,1308 C
(5) Deprinc. II, 8, 3, p. 157
(6) Deprinc. II, 11, 2

 

Bibliographie

Dictionnaire encyclopédique du christianisme ancien, Vol II, art. Platonisme et les Pères
S. Auroux et Y. Weil, Dictionnaire des auteurs et des thèmes de la philosophie, Hachette
Evangelista Vilanova, Histoire des théologies chrétiennes, Vol I, Cerf