BRANCHES DE PALMIER OU FEUILLES DE FIGUIER ?

Marc 11, 1 à 19 - Psaume 92, 1 à 9, 13-16  -  Galates 5, 16 à 25

D'un évangile à l'autre, le récit de l'entrée de Jésus à Jérusalem présente quelques différences :

  • Jean, par exemple, ne raconte pas le prologue. Prologue au cours duquel Jésus envoie deux disciples chercher un âne. Il dit seulement  que Jésus trouva un ânon et s'assit dessus. 
  • Jean est encore le seul à parler de branches de palmier agitées par la foule qui accueille Jésus.
  • Les autres évangélistes parlent seulement de branches prises dans les champs.

Mais ce que j'ai trouvé plus intéressant à comparer, c'est l'ensemble des événements de cette journée, appelée des Rameaux, et des jours suivants :
Dans tous les évangiles, la journée commence de la même façon, par l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem.

a. Jean la poursuit par les craintes des Pharisiens devant la popularité de Jésus, la demande de quelques Grecs qui veulent voir le Christ et l'annonce de la crucifixion par Jésus.
b. Luc situe dans cette journée : les pleurs de Jésus sur Jérusalem et les vendeurs du temple chassés. Puis, les jours suivants, Jésus discute avec les Pharisiens en ce qui concerne Jean-Baptiste, et raconte la parabole des vignerons qui tuent le fils du propriétaire de la vigne.
c. Matthieu, lui, après l'entrée de Jésus à Jérusalem, dit qu'il est allé tout de suite au temple et en a chassé les vendeurs. Après quoi il passe la nuit à Béthanie. Le lendemain, a lieu l'épisode du figuier stérile, suivi de la discussion en ce qui concerne Jean-Baptiste. Puis viennent les paraboles des deux fils et des vignerons.
d. Je rappelle comment Marc présente les choses (c’est le texte que nous venons de lire) : Il semble que toute la journée des Rameaux soit prise par les préparatifs et l'entrée de Jésus à Jérusalem. Si ce n'est que Jésus va aussi au temple, mais il n'en chasse pas les vendeurs. Le texte (Marc 11, 11) dit : Quand il eut tout considéré, comme il était déjà tard, il s'en alla à Béthanie avec les douze. C'est donc identique à ce que dit Matthieu, sauf en ce qui concerne les vendeurs du temple. Chez Marc, Jésus ne fait que tout considérer, d'où son action du lendemain, peut-être. Le lendemain, a lieu l'épisode du figuier stérile, comme chez Matthieu, mais tout de suite suivi par l'expulsion des vendeurs du temple.
Le parallèle entre Matthieu et Marc souligne l'importance de la malédiction du figuier et de l'expulsion des vendeurs du temple, dans le contexte de la journée des Rameaux.
Pour les deux auteurs, la malédiction du figuier a lieu le lendemain : Matthieu la place après l'expulsion des vendeurs, Marc la situe entre l'entrée de Jésus à Jérusalem et l'expulsion des vendeurs.
Que vient faire cette malédiction du figuier dans ce contexte ? Quel est le sens de ce passage ?

L'épisode de la malédiction du figuier.

Après la nuit passée à Béthanie, Jésus a faim. Il voit alors un figuier ayant des feuilles. Il s'en approche pour manger quelques figues, mais le figuier n'a que des feuilles.
Il faut savoir, ici, comment le figuier donne du fruit. En automne, le figuier perd ses feuilles ; mais, toujours à l'automne, des figues apparaissent sur les branches nues, on les appelle : les figues fleurs. Elles mûriront l'été suivant. Au printemps, les feuilles repoussent, et d'autres figues se développent aussi. Elles mûriront à l'automne.
Ainsi, on peut dire qu'il y a toujours des figues sur un figuier, et qu'elles sont consommables en été et en automne.
La scène racontée par Marc se passe semble-t-il au printemps. Il dit que ce n'était pas la saison des figues (Marc 11, 13). Or Marc ne dit pas que les figues n'étaient pas encore mûres, mais qu'il n'y en avait pas du tout ; Jésus ne trouva que des feuilles. Il s'agit donc d'un figuier stérile. Or Jésus a faim ; comme il a faim de nos fruits : le fruit de l'Esprit.

Pourquoi, dans la Bible est-ce toujours des figuiers qui sont stériles ?

Certes, beaucoup d’arbres sont mentionnés dans les Ecritures, et tous ne produisent pas des fruits consommables. La question de la stérilité ne se pose pas, par exemple, pour le cèdre ou le térébinthe. Mais lorsqu’il est question d’arbre stérile, seul le figuier est mentionné. Ce n’est que dans le cadre de la prophétie (pour annoncer des malheurs) que l’image de la vigne ou de l’olivier donnant peu ou de mauvais fruits est utilisée (Esaïe 5, 2 ; Jér 2, 21 ; Habacuc 3, 17).
C’est que le figuier a une histoire dans la Bible ; comme la plupart des arbres d’ailleurs. Le figuier a une histoire depuis les ceintures en feuilles de figuier d'Adam et Eve (Gen 3, 7). Non ! Malgré l'imagerie populaire, ce ne sont pas des feuilles de vigne qui sont mentionnées en ce texte, mais bien des feuilles de figuier. La vigne est présentée de façon beaucoup plus positive, dans la Bible.
Dans les Ecritures, le figuier est souvent le signe de l'hypocrisie. Est-ce parce qu'une bonne partie de l'année, il porte des fruits non consommables ? Le figuier représente celui veut faire croire ce qui n'est pas ; comme Adam et Eve qui, avec leurs pagnes, veulent faire croire qu'ils ne sont pas nus. Mais Dieu ne tient pas compte des feuilles de figuier ; la preuve étant qu’il leur fait, malgré leurs camouflages, des vêtements de peau.
Le figuier de notre texte est le type de l’hypocrisie. Par la présence de feuilles, il veut faire croire qu'il a des fruits, mais il n'a que des feuilles, il n'a que l'apparence. C'est pourquoi Jésus le maudit. Et le figuier sèche ; tout de suite, chez Matthieu ;  le lendemain, chez Marc.

Pourquoi cet événement est-il raconté dans ce contexte ?
Quel rapport y a-t-il entre la journée des Rameaux et le figuier stérile ?

Au jour des Rameaux, Jésus est accueilli en triomphe. La foule chante et loue le Seigneur, elle dépose ses vêtements sur le passage du Christ. C'est l'inverse du geste d'Adam et Eve : eux, nus, voulaient se couvrir ; la foule se découvre : elle veut apparaître telle qu'elle est. C'est l'image de l'honnêteté, du refus de l'hypocrisie. Et pourtant, Jésus pleure sur Jérusalem ; car,  quelques jours plus tard, cette même foule criera : Crucifie-le ! Cela ne veut pas dire que la foule n'est pas sincère lorsqu'elle chante : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Mais cela signifie qu'il est facile de se tromper soi-même, sous le coup de l'émotion, ou des miracles, par exemple.
Que la foule est versatile ! Elle se contente souvent de suivre le meneur le plus convaincant ou le plus agité. Souvenons-nous en cette période d’élections.

De même, dans le temple de Jérusalem, le culte et les sacrifices se poursuivaient depuis des siècles. La pratique des offices religieux n'empêchait pas les prêtres de comploter sur les moyens de se débarrasser de Jésus. Ce culte, ces rites, n'étaient-ils pas seulement un décor, une apparence de piété ? Des feuilles de figuier cachant l'absence de fruits ? C'est pourquoi, Jésus a chassé les vendeurs du temple, comme il avait maudit le figuier. C'est la même démarche, la même prédication pour une attitude responsable, vraie, dépendant ni du calcul, ni de la peur.
Car l’hypocrisie vient de la peur. En effet, c’est par crainte de perdre des avantages que l’on veut faire croire ce qui n’est pas. Jésus n’a pas été hypocrite, parce qu’il a tout donné.
La meilleure prédication que Jésus ait faite, sur ce thème, c'est sa vie, car rien ne l'a fait dévier de la voie d'amour qu'il traçait pour nous, pas même l'approche de la mort. Le meilleur remède contre l'hypocrisie est le don de soi.

Jésus nous propose de l'accueillir avec des branches de palmier. Selon le psaume 92 (v. 13), elles sont le signe de la justice, or la justice s'oppose à l'hypocrisie.
Que nos rameaux ne soient pas des feuilles de figuier.