REGARDS SUR LES FEMMES AU FIL DE LA BIBLE

Dans notre société, le regard que nous portons sur l’autre est souvent rempli d’incompréhension et de colère. Que ce soit vis-à-vis des étrangers, des personnes ayant une autre orientation sexuelle, d’un autre bord politique, idéologique ou que ce soit entre hommes et femmes.
Qu’en est-il pour nous, chrétiens ? N’aurions-nous pas une lecture biaisée des textes bibliques qui laisserait penser que la femme a toujours été et reste inférieure ? Essayons de les aborder avec un autre point de vue aujourd’hui.

Les textes bibliques parlant de la relation homme-femme permettent de redécouvrir un partage audacieux, créatif et vivant pour tous. Comment toutes nos originalités humaines peuvent-elles s’articuler et nourrir notre vie à tous ?
Nous avons à retrouver le chemin de la découverte de l’autre, d’un vrai dialogue, car le monde ne peut se construire qu’à partir de la reconnaissance des particularités et de leur conjugaison. Ignorer cela ne fait qu’alimenter les rivalités.
Lorsqu’on ouvre la Bible, les femmes y sont bien présentes. Et avec  quelle diversité !

Nous sommes entourés par une nuée de femmes-témoins qui nous ont précédées et dont les témoignages peuvent inspirer nos choix et nos comportements. Il y a bien sûr, Sara, Rébecca, Rachel mais aussi toutes celles que l’évangéliste Matthieu évoque dans la généalogie de Jésus et d’autres encore. Des étrangères, des prostituées, des puissantes, des stériles, des pauvres, des investies, des calculatrices…
Que d’itinéraires surprenants ouvrant des portes insoupçonnées et audacieuses et pourtant souvent méconnus.
Dans un contexte où la relation homme-femme n’était certainement pas plus facile qu’aujourd’hui, les auteurs de la Genèse ont choisi de faire entendre avant tout l’émerveillement de l’homme devant la femme.  

Genèse 2, 18 à 24
Le Seigneur Dieu se dit : «Pour l’homme, ce n’est pas bon d’être seul. Je vais lui faire une aide qui lui convienne parfaitement.»
Avec de la terre, le Seigneur Dieu fait toutes sortes de bêtes sauvages et toutes sortes d’oiseaux. Il les amène à l’homme pour voir comment celui-ci va les appeler. Chaque animal doit avoir le nom que l’homme va lui donner.
L’homme donne un nom à tous les animaux domestiques, à toutes les bêtes sauvages et à tous les oiseaux. Mais pour lui-même, il ne trouve pas l’aide qui lui convienne parfaitement.
Alors le Seigneur Dieu fait tomber l’homme dans un sommeil très profond. Il lui prend une côte et il referme la peau à sa place.
Avec cette côte, le Seigneur Dieu fait une femme et il l’amène à l’homme.
Alors l’homme dit : «Cette fois, voici quelqu’un comme moi ! Elle tient vraiment de moi par tout son corps. On l’appellera femme de l’homme, parce qu’elle vient de l’homme.»
C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère pour vivre avec sa femme. Et les deux deviendront comme une seule personne.

Avant les plaintes et les difficultés, il y a la reconnaissance de l’extraordinaire proximité entre les deux humains et, c’est la différence, leurs différences, qui accentuent l’émerveillement. Comme si l’équilibre de la création tout entière reposait sur la relation entre l’homme et la femme, sur cette collaboration entre l’un et l’autre, à parts égales.
Le regard de Jésus, en son temps, a transformé la vision de ses contemporains. Il a manifesté une grande liberté et proximité dans ses relations avec les femmes. Il a établi leurs gestes comme prophétiques. Il a su voir celles qu’on ne regarde pas et a voulu nous transmettre ce regard, cette manière de considérer les femmes.

Luc 21, 1 à 4
Dans le temple, Jésus regarde autour de lui. Il voit des gens riches qui mettent leurs offrandes à l’endroit réservé pour cela.
Il voit aussi une veuve très pauvre, elle met deux pièces qui ont très peu de valeur.
Jésus dit : «Vraiment, je vous le dis, cette veuve pauvre a donné plus que tous les autres.
En effet, tous les autres ont mis de l’argent qu’ils avaient en trop. Mais elle qui manque de tout, elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre.»

Marc 14, 6 à 8
Une femme arrive, avec un très beau vase plein d’un parfum très cher, fait avec du nard pur. Elle casse le vase et elle verse le parfum sur la tête de Jésus.
Alors quelques-uns des invités ne sont pas contents du tout et ils se disent entre eux : «Elle a gaspillé ce parfum ! Pourquoi ?
On pouvait le vendre pour plus de 300 pièces d’argent et ensuite donner l’argent aux pauvres !»
Ils critiquent la femme.
Mais Jésus leur dit : «Laissez-la tranquille ! Pourquoi est-ce que vous l’ennuyez ? Ce qu’elle a accompli pour moi est une bonne action.
Vous aurez toujours des pauvres avec vous. Et vous pourrez leur faire du bien chaque fois que vous le voudrez. Mais moi, vous ne m’aurez pas toujours.
Cette femme a fait ce qu’elle a pu. Elle a mis du parfum sur mon corps d’avance, elle l’a préparé pour la tombe.
Je vous le dis, c’est la vérité: partout où on annoncera la Bonne Nouvelle, dans le monde entier, on racontera ce que cette femme vient de faire et on se souviendra d’elle.»

Jésus a redonné une place aux femmes aux côtés des hommes. Il les a réhabilitées aux yeux de tous ceux qui les méprisaient. Il a redonné à chacune son identité de fille bien-aimée.

1 Corinthiens 14, 33 à 35
En effet, Dieu n’est pas pour le désordre, mais pour la paix. Comme cela se fait dans toutes les
Églises chrétiennes, les femmes doivent se taire dans les assemblées. Elles n’ont pas l’autorisation de prendre la parole, elles doivent rester tranquilles et écouter, comme la loi le dit.
Si elles veulent une explication, elles doivent interroger leur mari à la maison. Pour une femme, parler dans une assemblée, cela ne se fait pas.

Si vous lisez attentivement ce passage de l’épître aux Corinthiens, vous vous rendrez compte que Paul, dans un monde où les femmes n’avaient pas leur place à la synagogue, dit que les femmes sont au milieu de l’assemblée. Dans un monde où les femmes n’étaient pas censées avoir de l’intelligence, parce qu’elles n’étaient que la possession de leur père, puis de leur mari, Paul dit que les femmes réfléchissent, et qu’elles veulent comprendre et poser des questions.
L’important, quand quelqu’un prophétise, c’est que tous se taisent pour entendre le sens de la prophétie. C’est que chacun puisse se retirer ensuite, en gardant comme un trésor le sens profond de ce qui a été dit, peu importe qui l’a dit.. Tout le reste est secondaire. Voilà ce qu’il faut lire, si on ne veut pas trahir la pensée de Paul.
Je ne le défendrai pas en disant qu’il était un grand révolutionnaire qui avait compris, bien des siècles avant nous, l’idéal de l’égalité entre hommes et femmes, ce ne serait évidemment pas vrai.
Mais il a laissé leur place aux femmes dans les premières communautés comme Jésus avant lui. Il les voyait et les considérait comme des collaboratrices, des apôtres aussi, au même titre que les hommes.

Romains 16, 1 à 4 et 6 à 7
Je vous recommande Phébé, notre sœur, qui travaille au service de l’Église de Cencrées.
Recevez-la au nom du Seigneur, comme des chrétiens doivent le faire. Aidez-la chaque fois qu’elle a besoin de vous. Elle a aidé elle-même beaucoup de gens et elle m’a aidé aussi.
Saluez Marie : elle a beaucoup travaillé pour vous.
Saluez Andronicus et Junias. Ils sont de ma famille et ils étaient en prison avec moi. Ce sont des apôtres de grande valeur, ils étaient même chrétiens avant moi.

Même si les choses ont changé depuis le 1er siècle, le regard de nos contemporains a encore bien besoin d’évoluer pour que les femmes de tous les pays soient considérées, reconnues, vues comme  les partenaires nécessaires et indispensables des hommes pour la bonne marche du monde.
Il est toujours aussi important, aujourd’hui, de se battre pour que personne ne soit cantonné à un rôle subalterne, pour que personne ne soit traité comme un parasite sous prétexte qu’il ou elle n’atteint pas l’idéal de notre société en permanence. C’est un geste politique fort, c’est une posture citoyenne nécessaire et utile.
Pour cela, il est urgent de travailler à une relation pacifiée entre hommes et femmes.
Relation pacifiée mais active, en nous appuyant sur les exemples et les témoignages de la bible, en faisant nôtre, la bonne nouvelle de l’Evangile.
C’est l’amour et l’amour seul, qui permet de reconnaître l’autre, de lui accorder la place qui lui revient. Nous avons à travailler au respect et à la reconnaissance des femmes, à changer notre regard afin de vivre dans la paix, à vivre selon le désir de Dieu.

L’Evangile vient nous rejoindre, qui que nous soyons.Culte du 7 mars 2021, préparé par des femmes, pour les femmes mais pas que...
Femmes et hommes ensemble, une fois le livre refermé, qu’il nous soit donné de nous mettre simplement à l’écoute du sens profond que Dieu souffle vers nous, afin que nous vivions, chacun, et tous ensemble.

Amen

D'après Pascale Renaud-Grosbras et Nicole Fabre