• Imprimer

UN PÈRE AVAIT DEUX FILS

Luc 15, 11 à 32

Chabeuil, le 7 avril  2019

Chers frères et sœurs,

Un père avait DEUX fils. Ainsi commence cette parabole que beaucoup d’entre-vous connaissent sûrement. Nos Bibles la nomme : « La parabole du Fils prodigue ». Mais n’est-elle pas aussi la parabole du « père prodigue», et de ses fils ?

Je vous propose ce matin de découvrir une des interprétations possibles de ce récit en m’inspirant très largement du commentaire que propose le pasteur, théologien et professeur montpelliérain Jean Ansaldi dans son ouvrage « Dire la foi aujourd’hui », qui vient d’être ré-édité.

Qui est Dieu ? C’est la question qu’il pose en introduction de cette parabole.
Si vous vous essayez à poser la question autour de vous, vous obtiendrez certainement des réponses de l’ordre de :
« C’est quelqu’un d’infini, d’immortel, de tout puissant, créateur de toute chose », mais aussi « exigeant, jaloux et parfois injuste et revanchard ».

Nous nous disons faits à l’image de Dieu, mais nous nous faisons en fait de lui une idée qui est une contre-image de nous-mêmes, nous qui sommes à l’inverse mortels, faibles, dont la force, la  connaissance et l’existence sont limités.
Devant le mal et le malheur, ce Dieu semble nous maintenir sciemment dans une culpabilité malsaine, et provoque chez l’homme révolte ou incrédulité.

Mais est-ce vraiment le Dieu de la Bible ? Que savons nous de lui ? L’Apôtre Paul ne nous l’a-t-il pas maintes fois décrit comme un Dieu faible, aimant et soucieux des hommes, soucieux de chacune et de chacun en particulier. Comment comprendre qui il est vraiment, si ce n’est en décryptant le message de son Fils, Jésus-Christ, son envoyé. Jésus-Christ qui parlait en paraboles...

Un père avait deux fils. Et ces deux fils, Jean Ansaldi nous propose de les regarder comme les exemples de deux mauvaises attitudes de l’homme devant Dieu.

Commençons par le cadet, puisque l’histoire est ainsi écrite. On est pas dans la crise d’adolescence, mais juste après. Ceux qui ont de grands enfants voient ce que je veux dire. C’est l’âge du besoin d’émancipation, d’être indépendant des parents, du père ici en l’occurrence. Un besoin de couper le cordon, de prendre sa place. Demander l’héritage, c’est vouloir à son tour être autonome et prendre les rennes de sa vie.

Mais ce cadet a-t-il vraiment gagné en liberté, lui qui se retrouve finalement à garder des porcs, la pire des conditions pour un juif pour qui cette viande est impure ?

Le texte nous dit qu’il « rentre en lui-même », qu’il opère une réelle prise de conscience de sa situation et de ses actes, mais il ne comprend cependant toujours pas qui est vraiment son père.
Il s’attend à une punition, à une sentence, et n’imagine pas un instant pouvoir trouver grâce à ses yeux. « J’ai péché contre toi, et contre Dieu. » Il n’envisage pas de pouvoir reprendre sa place. Tout juste pourra-t-il devenir un salarié obéissant, un employé soumis comme d’autres, et peut-être parviendra-t-il alors à se faire pardonner ?

Et pourtant, Jésus-Christ nous montre ici le vrai visage de Dieu, un Dieu semblable à ce père qui guette le retour de son fils. Il ne veut ni qu’il se repentisse, ni qu’il rachète ses fautes en faisant preuve à nouveau d’un comportement irréprochable. D’ailleurs, il ne le laisse même pas parler et réciter le discours qu’il avait imaginé lui faire. Il l’accueille tel quel et le restaure dans son statut de fils. Preuve en est le vêtement, la bague, les chaussures, et la fête qu’il fait préparer.

Elle est là l’importance de cette phrase que nous prononçons à chaque baptême « Tu seras libre d’entrer et de sortir, mais ta place restera toujours marquée ». Face à ce Dieu que l’on nous a présenté comme un père fouettard, la tentation est grande de prendre cette vie qu’il nous donne comme une part d’héritage, et de la vivre, de la dilapider comme bon nous semble, sans lui, loin de lui, en y trouvant parfois beaucoup de plaisir et de satisfaction.
Sauf que les épreuves de la vie et le malheur qui s’abat nous rendent plus réalistes. Et c’est à la faveur d’une rencontre avec le Christ que ceux qui se sont éloignés de Dieu retrouvent parfois le chemin de la maison, de l’Église, et y sont accueillis comme les fils et les filles du Père, des fils et des filles que nous sommes  tous.

Mais alors que dire de l’aîné, le fidèle des fidèles. Notre sympathie irait d’emblée vers lui, et pourtant Jean Ansaldi nous le dépeint aussi comme l’exemple d’une autre attitude mauvaise de l’Homme devant Dieu : celle de celui qui croit gagner son salut par son obéissance à la loi.

Son père a partagé son héritage avec ses deux fils. A son aîné, il dit :  « tout ce que j’ai est à toi. » Et finalement, n’est-il pas un peu comme son frère. Il attend lui aussi de prendre un jour sa place, de s’émanciper avec sa part des biens de son père et de diriger la maison.
Sauf que lui ne demande rien. Il reste à la maison, il se soumet et trime dur. Et il attend que son père lui offre cette situation qu’il espère en récompense de son obéissance et de son travail. Il n’habite pas la maison comme un fils, mais comme un employé. Il attend de son père que son travail, ses œuvres soient rétribués.
Il s’interdit toute liberté, comme celle de faire la fête avec ses amis, celle de puiser dans le cheptel commun, la richesse commune.

Lui doit comprendre que pour vivre heureux dans la maison, il faut qu’il s’y sente libre ! Libre d’y vivre, mais aussi libre d’entrer et de sortir sans qu’il ne lui en coûte. Ses limites qu’il se donne, son père ne lui impose pas. C’est lui qui se les ait fixées tout seul. Et cette parabole nous dit la même chose de ce Dieu qui souffre de ce que nous nous imposions de lui obéir, de lui plaire, de le satisfaire alors qu’il ne nous le demande pas, ou du moins pas de la manière dont nous l’imaginons.

Alors nous pouvons reposer la question : Qui est véritablement Dieu ? Qui est ce Dieu venu nous rencontrer en Christ ?

Cette parabole ne laisse planer aucune ambiguïté : Dieu est comme ce père. Il veut avant tout que ses enfants soient des fils et des filles libres, et qu’ils profitent de la vie qu’il leur offre.
Il n’est pas paternaliste, il n’est pas surprotecteur : sa Parole est de celles qui libèrent, qui envoient, qui font confiance. Il nous veut autonomes et libres de nos décisions. Libres de profiter de ce qu’il nous donne, par grâce. Il n’y a pas de règles rigides à la maison, pas de préséance, pas de droit d’aînesse. Pas de punitions non plus, ni d’expiation des fautes.

Ce père est sur le seuil, il guette le retour de son enfant et fait la fête quand il rentre. Prêt à remettre les compteurs à zéro. Peut-on encore imaginer que ce père est un père sévère qui tôt ou tard nous demandera de rendre des comptes sur nos œuvres ?

Quel enseignement pouvons nous alors tirer de cette parabole ?

Je crois qu’elle nous dit que chacun est libre de croire ou non, de s’émanciper s’il le souhaite face à ce Dieu dont il a une image fausse, voire dont il n’a jamais entendu parler.
Nous sommes libres de croire, libres de décider de notre propre vie ou de notre propre mort. Libres d’accepter cette vie éternellement bonne sous le regard paternel de Dieu, ou de prendre le large et de se condamner à vivre orphelin. « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et qui croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie » , nous dit Jésus dans l’Évangile de Jean. (Jean 5,24)

Et libres, nous le restons aussi si nous choisissons de rester à la maison. Nous n’avons rien à prouver, rien qui nous oblige à justifier où à mériter notre statut de fils ou de fille.

Cette parabole est de celles qui démystifient les images que nous nous faisons de Dieu. Non seulement il est un Père aimant, mais il est le Père qui envoie son Fils unique aux hommes pour qu’à travers lui, ils apprennent à le connaître sous son vrai jour. Ce Dieu que nous ne voyons pas, c’est en mettant notre foi dans les paroles de Jésus-Christ que nous pouvons le rencontrer.

Et ce qui frappe également dans ce récit, c’est que tout du long, le langage utilisé est celui de la résurrection et du salut, en grec comme en français. « Il se leva », « il était mort et est revenu à la vie », « il était perdu et il est retrouvé ». Retrouver le père, découvrir qu’il nous aime et nous veut plus que tout libres, et heureux, être réintégré dans notre dignité de fils ou de fille, notre conversion :  c’est ce qu’il faut comprendre comme notre salut. Un salut qui nous est offert aujourd’hui. Un salut non par les œuvres et l’obéissance à la loi, mais par la foi. La vie éternelle commence ici, quand on rencontre Dieu.

« Alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. »(Jean 8,32)

Je vous invite à la prière :

Seigneur, j’ai mal à mon père.
Toi qui as connu une relation filiale privilégiée, ouvre mon cœur fermé.
Aide moi à faire le premier pas, à retourner à la maison, à ouvrir les bras.

Seigneur, je ne sais pas ce qui m’attend si je rentre.
Guide-moi dans le dédale de mes sentiments contradictoires.
Fait advenir, je t’en supplie, l’impensable, l’inattendu.
Seigneur, dépouille-nous de nos orgueils blessés.

Qui peut dire la joie d’une authentique réconciliation, sinon le fils prodigue.
Seigneur, toi qui a été l’artisan de ce retour inespéré, soit béni, toi, notre Père. (Prières, Olivetan, p. 271)

Amen

Jean Ansaldi, Dire la foi aujourd'hui, Petit traité de vie chrétienne, Cabedita, 2017, p. 23-30

 


Luc 15, 11-32

11 Il dit encore : Un homme avait deux fils.
12 Le plus jeune dit à son père : Mon père, donne-moi la part de la fortune qui doit me revenir. Et le père leur partagea son bien.
13 Peu de jours après, le plus jeune fils rassembla tout ce qu’il avait et partit pour un pays lointain où il dissipa sa fortune en vivant dans la débauche.
14 Lorsqu’il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à manquer (de tout).
15 Il se lia avec un des habitants du pays, qui l’envoya dans ses champs faire paître les pourceaux.
16 Il aurait bien désiré se rassasier des caroubes que mangeaient les pourceaux, mais personne ne lui en donnait.
17 Rentré en lui-même, il se dit : Combien d’employés chez mon père ont du pain en abondance, et moi ici, je péris à cause de la famine.
18 Je me lèverai, j’irai vers mon père et lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi
19 je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes employés.
20 Il se leva et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut touché de compassion, il courut se jeter à son cou et l’embrassa.
21 Le fils lui dit : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.
22 Mais le père dit à ses serviteurs : Apportez vite la plus belle robe et mettez-la lui ; mettez-lui une bague au doigt, et des sandales pour ses pieds.
23 Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous
24 car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir.
25 Or, le fils aîné était dans les champs. Lorsqu’il revint et s’approcha de la maison, il entendit de la musique et des danses.
26 Il appela un des serviteurs et s’informa de ce qui se passait.
27 Ce dernier lui dit : Ton frère est de retour, et parce qu’il lui a été rendu en bonne santé, ton père a tué le veau gras.
28 Il se mit en colère et ne voulut pas entrer. Son père sortit pour l’y inviter.
29 Alors il répondit à son père : Voici : il y a tant d’années que je te sers, jamais je n’ai désobéi à tes ordres, et à moi jamais tu n’as donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis.
30 Mais quand ton fils que voilà est arrivé, celui qui a dévoré ton bien avec des prostituées, pour lui tu as tué le veau gras
31 Toi, mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi
32 mais il fallait bien se réjouir et s’égayer, car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.


Texte : Traduction Segond "La Colombe"

Lire la prédication