OSER LA CONFIANCE !

Luc 2, 25 à 35

Chers frères et sœurs,

Osez la confiance ! Je me souviens d’une année où ces mots étaient restés affichés pendant douze mois en lettres capitales dans un temple de Lyon. O S E R la confiance. Ce n'est pas quelque chose qui va de soi, un crédit que l'on accorde systématiquement. Elle mérite qu'on y réfléchisse à deux fois avant de s'engager. Faire confiance, c'est toujours prendre un risque expliquait Paul Ricoeur. Avoir confiance en soi ? Faire confiance aux autres ? Mettre notre confiance en Dieu ? Voilà des défis auxquels nous avons tous été confrontés bien des fois.

Et c'est justement de confiance que nous parle ce texte aujourd'hui.  De confiance et de foi, car ces deux mots partagent la même origine latine fide. De la confiance que Dieu met en nous et de celle qu'Il nous invite à mettre en Lui, de la confiance qu’il nous faut mettre dans les promesses qu'Il nous fait et dans l'action efficace du Saint-Esprit en nous.

Mais intéressons-nous pour commencer aux circonstances de cet épisode de l’Évangile de Luc. Vous connaissez bien sûr le récit de la naissance de Jésus que nous avons évoqué pendant le temps de l’Avent. Au moment où ce texte se situe, Jésus est né il y a déjà quarante jours. A dix jours, il a été circoncis comme le prescrit la Loi juive. Et ce quarantième jour est celui de sa présentation au temple de Jérusalem, une cérémonie après laquelle ses parents seront à nouveau déclarés purs, et autorisés à réintégrer la communauté de leur village.
La tradition voulait qu'ils viennent offrir en sacrifice deux oiseaux, des tourterelles ou de jeunes pigeons. Et donc Joseph et Marie, obéissant aux prescriptions légales, ont fait la route depuis leur village de Nazareth vers le temple de Jérusalem avec leur nouveau-né Jésus.

Un dénommé Siméon s'y trouve justement quand ils arrivent. Il est guidé par l'Esprit-Saint nous dit le texte. Siméon n'est pas un personnage connu de la Bible. Son nom veut dire celui qui entend, qui écoute Dieu (sh'ma). Rien n'affirme qu'il est un prêtre du temple, et que c'était son tour ce jour là d'officier auprès des pèlerins venus pour leurs sacrifices. . Non, Simeon est ici parce que Dieu voulait qu'il y soit. Rien n'explique non plus pourquoi il se retrouve à un moment avec le bébé dans les bras : la scène ne nous décrit pas la cérémonie rituelle en elle-même.

Mais alors qui est Siméon ? Le seul indice qui nous éclaire est que « l'Esprit était sur lui ». Cette expression fréquente de l'Ancien Testament est le signe de reconnaissance des prophètes et de leurs oracles. Il était donc de ceux qui annonçaient avec conviction la venue d'un Messie pour Israël, d'un successeur à David, bien souvent au risque d’être raillés et rejetés par leurs congénères.

Mais, au-delà de l'histoire de cette visite à Jérusalem, le texte nous dit quelque chose d'important : que Dieu avait promis à Siméon qu'il ne mourrait pas avant d'avoir vu le Messie, la consolation d'Israël. Cette annonce est, à mon avis, centrale à plusieurs titres dans ce passage.

Tout d'abord, elle nous rappelle que notre foi repose sur une promesse de Dieu.  Cette promesse prend diverses formes dans la Bible. A Abraham, c'est celle d'une descendance nombreuse qui couvrira la terre et sur laquelle Dieu veillera de génération en génération. A Ésaïe, c'est celle de la « consolation d'Israël », du retour du « Christ du Seigneur », en un mot celle du Messie. Et il apparaît si l'on étudie notre texte de près que les références faites au prophète Ésaïe sont nombreuses dans ces huit versets, et sûrement intentionnelles de la part de Luc. Ésaïe est le prophète le plus cité dans le Nouveau Testament, notamment lorsqu'il s'agit d'oracles annonçant quelques centaines d'années plus tôt la venue du Christ. Luc veut nous dire que Siméon était de ceux qui, dans la continuité du Prophète Ésaïe, continuaient d'annoncer la venue d’un Messie.

Des promesses, Dieu en a fait tout au long de l'histoire d'Israël, au peuple dans sa globalité, mais aussi individuellement à de nombreux personnages bibliques.

A Siméon donc, il avait promis qu'il resterait en vie tant qu'il n'aurait pas vu de ses yeux celui qui sauverait Israël, et Siméon « vivait » encore par ce qu'il croyait lui aussi dans cette promesse que Dieu lui avait faite : celle du Messie qu’Israël attendait depuis des lustres, celle du successeur de David qui ramènerai la paix et relèverai le peuple . Et ce texte nous interpelle aujourd'hui pour nous rappeler que nous aussi, nous « vivons » au bénéfice d'une promesse de Dieu. Son amour, Sa miséricorde, Son pardon qui nous sont offert par grâce sont autant de choses qui nous relèvent et qui nourrissent notre espérance.  Y croire, c'est choisir la Vie !
Nous vivons également dans l'attente du retour du Christ, que nous redisons à chaque Sainte-Cène. Nous guettons les signes de l’avènement du Royaume dans notre monde, celui dont Christ a été le précurseur.
Et vous comme moi sommes invités à ancrer notre foi dans ces promesses que nous avons reçues de Dieu, car comme Siméon, c'est l'espoir de les voir se réaliser qui nous maintient vivants.

Mais la foi ne saurait exister sans confiance, et c'est là la deuxième chose que je voulais que nous entendions dans ce texte: voyez comment Siméon, tenant dans ses bras un nouveau-né d'à peine un mois, sait qu'il tient ce que Dieu lui avait promis : le Christ du Seigneur. Dieu lui avait annoncé un grand roi, un successeur sur le trône de David qui sauverai Israël, qui viendrait à bout des occupants romains, qui rétablirait la paix,  la grandeur et l'autorité d'Israël devant toutes les nations.  Il lui avait promis qu'il ne mourrait pas avant d'avoir connu tout cela. Et voilà qu'à la seule vue d'un nourrisson qui ne sait ni marcher, ni parler, il considère que Dieu peut désormais le rappeler car il a vu ce qui lui avait été annoncé. Il ne se dit pas qu'il ferait peut-être mieux d'attendre de l'avoir vu à l’œuvre, de goûter enfin à cette paix retrouvée en Israël à laquelle il a aspiré toute sa vie, et qu'il a prophétisée à ses risques et périls.  Non ! Guidé par l'Esprit-Saint, il a reconnu en Jésus le Messie attendu, et cela lui suffit. Il peut partir « en paix » . Non pas par ce qu'il aura enfin connu la paix dans son pays, mais parce qu'il est apaisé, rassuré. La confiance qu'il a mise toutes ces années dans les paroles que l'Esprit lui adressait, les risques qu'il a pris pour les annoncer à ses congénères n'ont pas été vains. Il peut mourir car ce en quoi il avait placé son espérance s'est accompli.
Quel bel exemple pour nous soutenir lorsque notre foi vacille, lorsque nous doutons et que nous préférerions que nos questionnements et nos attentes soient dissipés par des réponses concrètes, des preuves tangibles. Dieu nous dit qu'il nous faut avoir confiance, qu'il nous faut savoir lâcher prise pour pouvoir nous mettre à l'écoute de ce qu'il a préparé pour nous, plutôt que d'écouter nos désirs personnels. C'est difficile parfois….. souvent même. Mais nous grandissons dans notre foi chaque fois que nous réalisons que nous avons eu raison de mettre notre confiance dans une promesse que Dieu nous avait faite. Et pas seulement dans les grandes promesses bibliques d'Alliance et de Salut. Mais aussi dans les promesses que Dieu nous adresse personnellement, dans l'intimité de notre relation avec Lui, celle de notre lecture de la Bible et de notre prière. Une promesse qui nous est adressée rien qu'à nous comme l'était celle qu'il avait faite à Siméon.

Et c'est ici qu'intervient l'Esprit Saint, celui qui dans cette histoire guide Siméon vers l'accomplissement de la promesse qu'il lui avait été révélée de la part de Dieu. Son action est cruciale dans ce passage, où il est cité par trois fois ! Le texte grec est clair à ce sujet  Siméon « est amené » au temple par l'Esprit, l'enfant « lui est déposé dans les bras ». Siméon ne fait rien, il est mis devant le fait accompli et ne peut qu'attester que ce qu'il espérait s'est réalisé. L'annonce de l'accomplissement de cette promesse est toute entière à l'initiative de Dieu, et même si le texte ne le précise pas, nul doute que c'est l'Esprit Saint qui  a suggéré au prophète que ce petit enfant était en fait le futur sauveur d'Israël. L’esprit est donc l'incontournable messager de Dieu, hier et maintenant. C'est grâce à lui que nous pouvons aujourd'hui comme depuis toujours « entendre » les paroles de notre Seigneur. Il est Celui que nous invoquons avant chacune de nos lectures bibliques pour qu'il nous donne le pouvoir de discerner dans ces mots les promesses que Dieu nous fait, et à y fonder notre foi et notre espérance en toute confiance. C'est grâce à l’Esprit que Dieu nous maintient en vie, qu'il nous guide, qu'il éclaire notre route.

Aussi, à Siméon dont le Cantique nous dit «  Et maintenant Seigneur, laisse partir Ton Serviteur en paix, car mes yeux ont vu ton salut que tu as préparé à la face de tous les peuples », nous pouvons répondre avec le Psaume 27 :

13 Car je suis sûr de voir la bonté de l’Éternel au pays des vivants...

14 Espère en l’Éternel! Fortifie-toi et que ton cœur s'affermisse! Espère en l’Éternel !

Amen

 


Luc 2, 25-35

25 Et voici, il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon. Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d'Israël, et l'Esprit-Saint était sur lui.
26 Il avait été divinement averti par le Saint-Esprit qu'il ne mourrait point avant d'avoir vu le Christ du Seigneur.
27 Il vint au temple, poussé par l'Esprit. Et, comme les parents apportaient le petit enfant Jésus pour accomplir à son égard ce qu'ordonnait la loi,
28 il le reçut dans ses bras, bénit Dieu, et dit:
29 Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur S'en aller en paix, selon ta parole.
30 Car mes yeux ont vu ton salut,
31 Salut que tu as préparé devant tous les peuples,
32 Lumière pour éclairer les nations, Et gloire d'Israël, ton peuple.
33 Son père et sa mère étaient dans l'admiration des choses qu'on disait de lui.
34 Siméon les bénit, et dit à Marie, sa mère: Voici, cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de plusieurs en Israël, et à devenir un signe qui provoquera la contradiction,
35 et à toi-même une épée te transpercera l'âme, afin que les pensées de beaucoup de cœurs soient dévoilées. 

(Texte La Colombe)

 

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