BERGÈRES ET BERGERS

Luc 2, 1 à 20

Culte de Noël

Chers amis,

Tout est prêt sûrement chez vous pour fêter Noël. Et pour la joie des petits, vous avez peut-être installé les décorations traditionnelles : un sapin avec ses boules et ses guirlandes, et une crèche qui, depuis des  générations, donne vie à cette page de l’évangile de Luc.

Tout les santons ont répondu présent : Marie, Joseph, le bœuf et l’âne, le petit Jésus que l’on a rajouté hier au soir. Puis vient le tour des bergers et des moutons, que l’on éparpille ça et là dans la campagne, où que l’on agenouille près de la mangeoire. Les rois mages sont relégués dans le fond du décor avec leur chameau : ils ont encore une bonne semaine de route à faire… Reste à placer une étoile, au dessus de l’étable, et des anges alentours pour chanter les louanges du Seigneur. Quel beau tableau !

Sauf qu’à y regarder de plus près, la scène est bien surprenante ! C’est tout de même le Fils de Dieu qui vient de naître, le Messie, le successeur du grand roi David. Et pourtant, dans cette pauvre étable, seuls des bergers assistent à cet événement extraordinaire.

Les bergers… pourquoi donc ? Parce que c’était les seuls qui étaient là, pardi ! Les seuls qui sont réveillés et traînent dehors, dans la campagne au milieu de la nuit, qui ont pu voir l’étoile, entendre les anges. C’est certainement dans une de leurs étables que Joseph et Marie ont trouvé refuge. Et si nous nous intéressions un peu à ces étranges témoins de la nativité ?

A l’époque de Jésus, être berger faisait de vous un paria. C’est à cela que l’on destinait les garçons qui n’étaient doués pour rien, ou le petit dernier de la famille pour l’occuper. Ces bergers vivaient dans les champs, loin de la ville, et n’avaient d’horaire que celui du troupeau. Ils veillaient jour et nuit pour le protéger des loups et des lions. Ils ne pouvaient donc pas se rendre au temple aux heures obligatoires pour les prières, les cérémonies, les sacrifices. Ils ne pouvaient donc pas respecter la Loi et était de ce fait en marge de la société, sans aucun droits civils ou politique. Et, c’est important, ce statut leur interdisait de pouvoir être considérés légalement comme des témoins fiables.
En plus, ils passaient pour être des voleurs, des tueurs, des asociaux : bref, ils émargeaient à la catégorie des tout petits, des méprisés et des exclus.

Rien à voir avec leurs nobles ancêtres, les patriarches de l’Ancien Testament : Abraham, Isaac, Jacob… illustres propriétaires de troupeaux de petit et de gros bétail qui faisaient leur richesse. Rien à voir non plus avec les gentils pastoureaux et pastourelles à l’accent chantant des pastorales provençales.

Et pourtant, ce récit de la naissance de Jésus que nous livre Luc fait d’eux paradoxalement les témoins privilégiés de cet événement extraordinaire. Et Luc poursuit à mon sens deux objectifs : celui de préfigurer le ministère de Jésus à destination des plus petits, et celui de passer le relais du ministère de la Parole des prophètes vers des disciples qui sont des gens du peuples, des disciples de toute condition, des gens comme vous et moi !

Tout d’abord, je vous le disais, cette naissance du sauveur d’Israël dans des conditions plus que précaires vient dire aux bergers que ce Messie tant attendu sera quelqu’un d’étroitement solidaire de leur condition, proche d’eux. Cette venue au milieu des parias qu’étaient ces hommes annoncent ce ministère de Jésus auprès des marginaux, des exclus : les malades et les paralysés, les prostituées, les collecteurs d’impôts, les veuves, la femme adultère, la samaritaine.

C’est également une référence au roi David, dont ce Messie devait reprendre le trône. N’était-il pas né lui aussi à Bethléem, et berger avant que Dieu ne le fasse roi ? N’avait-il pas fallu aller le chercher dans les champs pour qu’il reçoive l’onction ? Jésus naît comme un berger au milieu des bergers, comme le futur berger envoyé aux brebis perdues d’Israël.

Et ce qui est encore plus paradoxal, c’est qu’étant les seuls à assister à cet événement, c’est à ces bergers qu’il va incomber de le relater, de témoigner…. eux qui n’avaient pas légalement le droit de témoigner.
Il va leur incomber de rendre compte de ce qu’ils ont entendu, de ce qu’ils ont vu, de ce qu’ils ont cru. Il va leur incomber d’être les premiers disciples.

Et ce message dont ils sont chargés est, nous dit le texte, une bonne nouvelle ! LA Bonne Nouvelle ! « Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il agrée, aux hommes qu’il aime, aux hommes auxquels Dieu accorde sa grâce » clament les anges.

Cette nouvelle est celle du Messie, du Christ tant attendu qui vient de naître. Cette Bonne Nouvelle est pour tout le peuple dit l’ange, et est le motif d’une grande joie. La paix sur la terre, celle tant regrettée du règne de David, cette paix est de retour pour les hommes, par la bienveillance de Dieu.
Et Dieu, dans les évangiles, réserve toujours sa bienveillance et la révélation de ses œuvres aux plus petits.

Et cette Bonne Nouvelle est plus qu’une Parole qui vient du ciel, elle est un signe de Dieu, quelque chose de concret qui se donne à entendre, mais aussi à voir, à ressentir, à toucher… et à croire. Un signe qui est celui d’une promesse tenue et accomplie, un signe fidèle à ce qui avait été annoncé.

Et nos bergers vont se mettre en mouvement, car cette Bonne Nouvelle est de celle qui met en marche, qui porte à croire et à témoigner. « Allons, et voyons » disent les bergers. Et convaincus, convertis devrais-je peut-être dire, par ce qu’ils avaient vu, ils « racontèrent ce qui leur avait été dit ». Mais à qui ?

Qui y a-t-il alentours pour les entendre, dans cette campagne au milieu de la nuit ? Les habitants de Bethléem dorment. Les grands prêtres, les scribes et les gens du sanhédrin n’ont que faire des racontars de ces moins que rien de bergers, qu’on ne voit jamais au temple ou à la synagogue.  Oui, qui y a-t-il aux alentours pour les entendre ?

Et bien,  il y a… VOUS, vous qui avez écouté ou lu cet évangile, et qui avez cru à cette Bonne Nouvelle. Luc fait de vous des témoins privilégiés. Comme les bergers, la narration de cette nuit peu ordinaire vous a fait entendre, voir, comprendre ce que cette naissance portait en elle de merveilleux, d’extraordinaire. Cette Bonne Nouvelle d’un Dieu qui nous rejoint sous les traits d’un petit enfant. Un enfant qui a froid et que l’on emmaillote comme tous les nouveaux-nés. Cette Bonne Nouvelle qui se dit aussi Évangile.

Recevoir et croire cette Bonne Nouvelle nous mets nous aussi en marche, en mouvement. Cela fait de nous des disciples tout comme les bergers. Notre témoignage dit une vie qui toujours peut renaître, un Dieu qui se donne à connaître et à croire dans de petites choses, dans ces signes qui jalonnent nos vies au quotidien. D’un Dieu qui tient ses promesses, qui nous fait vivre dans l’espérance. Par pure grâce.

Régénérés chaque année à Noël par ce récit de la nativité, faisons notre le  témoignage qu’il suscite en nous : l’annonce en parole et en actes, de cette Bonne Nouvelle qui nous est révélée.!

« Qu’ils sont beaux sur les montagnes, les pieds de celui qui apporte de bonnes nouvelles », dit Ésaïe, « de celui qui publie la paix. De celui qui apporte de bonnes nouvelles, qui publie le salut. De celui qui dit à Sion : Ton Dieu règne1 »

Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle, la Bonne Nouvelle de Noël

Amen

 


Luc 2, 1-20

1 En ces jours-là parut un décret de César Auguste, en vue du recensement de toute la terre. 2 Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie. 3 Tous allaient se faire recenser, chacun dans sa propre ville.
4 Joseph aussi monta de la Galilée, de la ville de Nazareth, pour se rendre en Judée dans la ville de David appelée Bethléem, parce qu’il était de la maison et de la famille de David. 5 afin de se faire inscrire avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte.
6 Pendant qu’ils étaient là, le temps où Marie devait accoucher arriva. 7 et elle enfanta son fils premier-né. Elle l’emmaillota et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie.
8 Il y avait, dans cette même contrée des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux.
9 Un ange du Seigneur leur apparut, et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux. Ils furent saisis d’une grande crainte.
10 Mais l’ange leur dit : Soyez sans crainte, car je vous annonce la bonne nouvelle d’une grande joie qui sera pour tout le peuple 11 aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. 12 Et ceci sera pour vous un signe : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une crèche.
13 Et soudain il se joignit à l’ange une multitude de l’armée céleste, qui louait Dieu et disait 14 Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, Et paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée !
15 Lorsque les anges se furent éloignés d’eux vers le ciel, les bergers se dirent les uns aux autres : Allons donc jusqu’à Bethléem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître.
16 Ils y allèrent en hâte et trouvèrent Marie, Joseph, et le nouveau-né dans la crèche. 17 Après l’avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été dit au sujet de ce petit enfant. 18 Tous ceux qui les entendirent furent dans l’étonnement de ce que leur disaient les bergers. 19 Marie conservait toutes ces choses, et les repassait dans son cœur.
20 Et les bergers s’en retournèrent en glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, conformément à ce qui leur avait été dit. (Texte La Colombe)