ESPÉRANCE...

Ésaïe 9, 1 à 6

4ème dimanche de l' Avent

Chers amis,

Nous terminons ce temps de l’Avent comme nous l’avons commencé : Avec le prophète Ésaïe.
Ésaïe était prophète du Seigneur, c’est-à-dire son porte-parole. Et comme tous les prophètes, son rôle était de prononcer des oracles et des prophéties : « Ainsi parle le Seigneur » !

Mais qui était Ésaïe au juste ? Nous avions dit la dernière fois qu’il vivait en l’an -750 environ, au 8ème siècle avant Jésus-Christ.  Souvenez-vous ! A cette époque, rien n’allait plus en Israël. Les douze tribus s’étaient fâchées. Dix d’entre-elles s’étaient alliées pour former le Royaume du Nord. Et la tribu de Juda était restée seule, avec comme capitale Jérusalem et son temple, et comme roi Akhaz, un descendant de David et Salomon. Le Royaume du Nord avait déjà été dévasté par les invasions des Assyriens, et il assiégeait Jérusalem pour détrôner le roi et prendre le pouvoir. Autant vous dire qu’ils en rêvaient à Jérusalem d’un nouveau roi fort, d’un prince de paix qui rétablirai cette situation idyllique du règne du Roi David 200 ans auparavant. A l’époque de David, les douze tribus vivaient alors heureuses, et en paix avec tous leurs voisins. Aucune guerre, aucune rivalité ne les opposaient aux peuples alentours. Il y avait à boire et à manger, des terres et du travail pour tous… enfin, comme toujours, on idéalisait certainement un peu les choses pour mieux se convaincre des difficultés du temps présent. Tout était toujours mieux avant. De ce point de vue là, rien n’a beaucoup changé. L’actualité nous en donne la preuve encore aujourd’hui.

Mais ce qui est troublant, c’est que ces prophéties d’Ésaïe refont surface dans les évangiles. 8 à 900 ans plus tard, Marc, Matthieu, Luc et Jean citent ces prophéties d’Ésaïe comme preuve du fait que la naissance de Jésus avait été annoncée par les prophètes. Vous connaissez la chanson « Il est né le divin enfant » ? Elle commence par « depuis plus de 4000 ans, nous le promettaient les prophètes ». Bon, 4000 ans, c’est un peu exagéré, mais l’idée d’une naissance voulue par Dieu depuis la création du monde et attendue à toutes les époques de l’Histoire résonne comme une évidence.

D’ailleurs, Matthieu commence son évangile par une longue liste d’ancêtres qui fait remonter l’arbre généalogique de Jésus au roi David, et même à Abraham…. du côté de Joseph, qui comme on sait n’est pourtant génétiquement pour rien dans sa conception ! Mais c’est le genre d’énigmes bibliques qui donnent du travail aux exégètes !

A cette époque, on était sous la domination de l’Empire romain cette fois. Cette période de Pax Romana (la paix romaine) était plutôt tranquille. Certes, les romains étaient plutôt « envahissants », mais pour peu qu’on se plie à leurs règles et à leurs lois, ils laissaient les populations  relativement libres de vivre selon leurs traditions. Et pourtant, Israël rêvait d’un sauveur, d’un libérateur, d’un homme et d’un roi fort qui mettrait toutes ces légions romaines dehors pour que son peuple puisse à nouveau pratiquer sa religion, et non le culte de l’Empereur.

Bref, la question est de savoir : Ésaïe, et les autres prophètes comme Michée ou Jérémie qui annoncèrent le retour d’un roi glorieux pour sauver Israël et le monde, étaient-ils des voyants (comme on les appelle parfois dans la Bible), et Dieu leur a-t-il révélé des choses qu’il nous a caché. Ou bien y a-t-il une autre façon de voir ou de lire les choses ?

Je crois que oui. Je crois que si 200 ans après, ou même aujourd’hui presque 3000 ans après on trouve encore que ces prophéties sont d’actualité, c’est qu’elles ont un pouvoir intemporel : celui de faire naître et d’entretenir l’espérance.

Oui, devant la cruauté du monde, les rivalités interreligieuses, la faim et l’exclusion qui ont toujours cours, nous rêvons nous aussi, en 2018, d’un Seigneur puissant et sage qui viendrait rétablir l’harmonie dans le pays. Du temps d’Ésaïe, on rêvait d’un souverain, d’un héritier pour le roi Akhaz car il n’avait pas d’enfant. Au temps de Marie et Joseph, on rêvait de se débarrasser des romains. Et pas plus tard que l’an dernier, nous nous sommes choisi un président de la République et comme à chaque fois, nous avons espéré élire l’homme providentiel qui allait enfin trouver une solution au chômage, à la violence, à l’échec scolaire, au harcèlement des femmes, à la baisse du pouvoir d’achat… et j’en passe.

Et les plus jeunes,  les enfants, qui ne s’intéressent pas encore à la politique vous expliquerons qu’ils aimeraient bien parfois que surgisse un Supermann, un Goldorack pour venir à bout de toutes les injustices dont ils sont témoins. Bon, je ne suis peut-être plus très à jour dans mes références de super-héros, mais disons un de ces justicier pleins de pouvoirs qui viendrait sauver le monde.  Avouons que d’une manière ou d’une autre, nous l’espérons tous.

Ô combien d’espérance, de confiance nous avons placées au fil des générations dans des hommes, dans leurs promesses qu’il n’ont pu tenir ou concrétiser. Pourquoi persévérer ?

Parce que cet espoir est ce qui nous permet de donner un sens à nos existences, ce qui nous fait croire en l’avenir, ce qui nous donne une raison de vivre. « Je vais vous donner un avenir et une espérance1 » disait encore Dieu par la bouche du prophète Jérémie.

Sauf que les projets de Dieu ne sont pas nos projets, et que nous ne cherchons pas, nous n’attendons pas, nous ne choisissons pas forcément la bonne personne, au bon endroit, au bon moment et de la bonne manière.

Ce n’est pas un roi glorieux et triomphant, ni un président qui en impose aux autres nations que nous devons attendre. C’est un nouveau-né, un bébé fragile, qui ne sait encore ni marcher, ni parler.
Et pourtant, comme tout enfant qui naît, il est une promesse d’avenir, une promesse pour ce qui est « à-venir ». Il nous dit que la vie se perpétue encore. Que l’innocence d’un petit enfant est signe de paix, de sérénité, de joie, d’insouciance et surtout présage de vie et de puissance, de force en devenir.

Et cet enfant nous invite symboliquement à chercher les signes de l’accomplissement des promesses de Dieu non pas dans des actes grandioses, mais dans une multitude de petites choses, de petits bonheurs dans notre vie. Une pièce perdue… et retrouvée. Un ami perdu… et retrouvé. Une triste histoire qui finit bien… une naissance... Plus que des victoires militaires ou politiques, Dieu nous invite à reconnaître et à fêter toute ces petites victoires qui jalonnent notre existence, et qui sont signes de sa présence dans la grande Histoire du monde, mais aussi dans chacune de nos histoires personnelles.

Et quand on sait combien de bébés naissent tous les jours, toutes les minutes sur cette terre,  on devine alors les millions de signes que Dieu nous envoie, autant de prophéties qui confirment que la foi est à vivre comme un formidable espoir toujours renouvelé, un espoir qui naît dans de petites choses.

C’est ce que nous attestons lorsque nous commémorons cette naissance attendue chaque année. Ce Dieu qui s’offre lui-même en cadeau, ce petit bout de chou qui par la seule puissance de son message et de l’espérance qu’il porte, mérite les noms de « merveilleux conseiller, Dieu Fort, Père à jamais, prince de la paix, Seigneur de l’univers ».
Saurons-nous nous laisser surprendre et ravir encore cette année par cette incroyable Bonne Nouvelle ?

Amen

 


Esaïe 9, 1-6

1 Le peuple qui marche dans les ténèbres
Voit une grande lumière ;
Sur ceux qui habitent le pays de l’ombre de la mort
Une lumière resplendit.
2 Tu rends la nation nombreuse,
Tu lui dispenses la joie.
Elle se réjouit devant toi de la joie des moissons,
Comme on pousse des cris d’allégresse au partage du butin.
3 Car le joug qui pesait sur elle,
Le bâton qui frappait son dos,
La massue de celui qui l’opprime,
Tu les brises comme à la journée de Madian.
4 Car toute chaussure qu’on porte dans la mêlée,
Et tout manteau roulé dans le sang
Seront livrés aux flammes,
Pour être dévorés par le feu.
5 Car un enfant nous est né,
Un fils nous est donné,
Et la souveraineté (reposera) sur son épaule ;
On l’appellera Admirable,
Conseiller, Dieu puissant,
Père éternel, Prince de la paix.
6 Renforcer la souveraineté
Et donner une paix sans fin au trône de David et à son royaume,
L’affermir et le soutenir par le droit et par la justice
Dès maintenant et à toujours ;
Voilà ce que fera le zèle de l’Éternel des armées.