NÉ(S) D'UNE FEMME

Luc 1, 26 à 56

2ème dimanche de l’Avent

Chers amis,

Lorsqu’il nous faut évoquer Noël et la naissance du Christ, le choix est plutôt restreint : il y a l’évangile de Matthieu, et celui de Luc. Et dans ces deux évangiles, le personnage de Marie, la mère de Jésus, joue un rôle dans l’histoire. Jusque dans notre confession de foi, nous affirmons que « Jésus est né de la vierge Marie ».

Et pourtant nous avons pris, dans notre théologie protestante, une certaine distance par rapport à elle. Certes, il y a la volonté de nous démarquer de la mariologie, voire de la mariolâtrie de nos frères et sœurs catholiques. Nous ne l’appelons pas Sainte Marie, ou plutôt nous considérons qu’elle est sainte comme nous le sommes tous. Elle n’intercède pas non plus pour nous ni auprès du Christ, ni auprès de Dieu. Et nous nous inscrivons volontiers en faux contre les dogmes de l’Assomption ou de l’Immaculée Conception.

C’est sûrement pour cette raison que notre héritage, notre tradition protestante a laissé Marie dans l’ombre et dans l’indifférence. Pourtant s’il est une chose que nous défendons, c’est que les Écritures ont autorité sur la tradition. Et c’est ce que je vous propose de faire ce matin : d’interroger les Écritures et de lever le voile sur « cette petite bonne femme » comme l’appelait Luther. De lui redonner une place, un rôle, dans cette période de l’Avent. De nous mettre à l’écoute du message qu’elle nous livre simplement, sincèrement dans cette magnifique louange du Magnificat.

Qui était Marie ? A en croire Luc, une jeune fille accordée en mariage à un homme nommé Joseph. Ce qui veut dire, selon les traditions de son époque, qu’elle a douze ou treize ans et qu’elle a été promise à un homme sûrement plus âgé qu’elle. Ses parents ont choisi pour elle. Ils ne lui ont pas demandé son avis. Elle sera bientôt sa femme et la vie qui l’attend est celle de toutes les femmes du village qu’elle voit s’affairer autour d’elle. Rien d’exaltant. La seule reconnaissance qu’elle peut espérer des siens sera de donner naissance un jour à un héritier mâle.

Et pourtant, aussi incroyable et surprenante qu’elle peut-être, cette annonce de sa maternité va transformer son existence. Cette grossesse qu’elle aurait pu espérer, désirer, demander même, elle lui échoit comme un cadeau inattendu, inexplicable. Un don de Dieu. Et elle a en plus son mot à dire. Elle a la possibilité de dire OUI ou NON. Elle ne subit plus son destin. Elle devient réellement sujet, actrice, décisionnaire de sa vie. Et son OUI réfléchi et profond va changer son avenir, et celui du monde.

Cette louange du magnificat que nous avons lue n’est pas la prière naïve d’une enfant. Elle est celle d’une jeune femme pétrie de son catéchisme de jeune fille juive. Ces paroles, elles ne les inventent pas. Ce sont celles des psaumes qu’elle récite depuis son enfance. Ce sont celles qui étaient déjà dans la bouche d’Anne, la mère du prophète Samuel remerciant Dieu elle aussi pour cette grossesse qu’elle n’espérait plus. Pourtant, des générations de femmes juives avant elle ont espéré porter un jour le Sauveur d’Israël. Et certaines femmes juives l’espèrent d’ailleurs encore aujourd’hui. Mais, elle, elle sait qu’elle a été choisie. Elle sait l’importance de ce qui lui échoit.
Mais elle n’en tire aucune fierté. Elle sait que ce n’est pas à cause de son mérite personnel qu’elle a été élue. Elle ne sait pas vraiment pourquoi d’ailleurs. Mais elle l’accepte avec joie et reconnaissance. Mon âme magnifie le Seigneur.

Et si nous nous mettons à l’écoute de cette louange qu’elle adresse à Dieu et au monde, nous entendons tour à tour dans ses mots sa reconnaissance individuelle et personnelle, et son autre message d’une portée universelle.

Les premiers mots de Marie nous parlent d’elle. Humble servante, femme de condition modeste, elle vient nous dire que Dieu l’a regardée, comme il nous regarde tous, avec bonté, avec bienveillance. Elle vient nous dire également qu’il lui a fait confiance. Qu’il ne s’est pas inquiété de son jeune âge, de son inexpérience, de son humble condition sociale. Elle vit dans un village, promise à un charpentier. Le petit Jésus va naître et grandir dans une famille des plus communes. Rien à voir avec le rang de roi, de Seigneur qu’il est censé occuper.
Non Dieu n’a pas choisi quelqu’un d’exceptionnel. Jésus va naître de la pâte humaine ordinaire.
Mais par ses mots, elle reconnaît deux choses. La première, c’est l’intervention concrète de Dieu dans nos vies personnelles. Une intervention qui surprend, qui bouleverse. Tout dans la grande Histoire de Dieu avec les hommes passent par Son agir dans nos petites histoires personnelles. Et ces interventions de Dieu dans nos vies sont pure grâce. Elles sont la preuve de sa bienveillance, de sa miséricorde, de son amour inconditionnel à notre égard. Sa bonté s’étend de générations en génération pour ceux qui croient en lui, proclame Marie.
Et la deuxième chose que Marie reconnaît alors, c’est la fidélité de Dieu à ses promesses. Oui Dieu, en son temps, accomplit ce qu’il dit. Lorsqu’elle se dit remplie d’allégresse, elle traduit cet état de plénitude qui l’habite : ce sentiment d’un accomplissement complet, définitif, ultime et décisif. L’attente d’Israël va prendre fin. Ce qui déjà germe en elle va mettre fin à des siècles d’attente, va combler tous les espoirs, comme Dieu l’a promis, comme l’ont annoncé les prophètes.

Car la force de ce Magnificat, c’est qu’il ne reste pas une louange, une action de grâce personnelle. Dans la plénitude qui l’habite, elle pressent que celui qui va naître ne sera pas un être humain parmi des milliards d’autres. Qu’il ne sera pas seulement « son enfant ». Ce qui aurait pu être l’expression d’une reconnaissance toute subjective prend alors une dimension universelle et intemporelle. Marie nous dit que ce n’est pas seulement son destin qui va être bouleversé, mais c’est l’équilibre, les valeurs de la société, du monde, de l’humanité. Les puissants seront renversés, les plus petits seront élevés. Déjà se dessine ce Royaume des Cieux qui s’approche. Ce Royaume où les derniers seront les premiers. Cette longue litanie de renversement et d’élévations fait presque déjà écho au sermon sur la montagne.
Et même si elles se conjuguent au passé dans les traductions de nos Bibles, ces actions de Dieu qu’elle énumère sont à lire comme ce qui a été, ce qui est et ce qui vient. Dieu, à la force de son bras, a libéré son peuple d’Égypte, et ramené Israël de l’Exil. Dans le présent de Marie, dans le secret de ses entrailles vit déjà celui qui sera à nouveau le sauveur d’Israël. Et de générations en générations, pour nous aujourd’hui comme à toujours, Dieu est encore celui qui sauve, qui relève, qui libère son peuple, individuellement et collectivement. Il est celui qui était, qui est et qui vient. Ce Jésus dont nous attendons la naissance vient habiter, donner sens, incarner toute l’espérance qui transcende et fait vivre l’humanité.

Ainsi, si Marie est pour nous dans les Écritures modestement, simplement la mère de Jésus, nous devons voir dans son personnage, dans le rôle qu’elle tient ce qui donne tout son sens au mystère de l’incarnation. Sans elle, le salut serait resté une idée abstraite, un concept théologique.
Par elle, il nous est dit que le salut que nous devons attendre est un vrai homme, né d’une vraie femme. Qu’il est la Parole faite chair. Qu’il est cet Emmanuel, ce Dieu qui nous rejoint et qui se fait homme au milieu de nous. Et que c’est avec la même humilité que Marie, avec la même confiance et la même reconnaissance que nous devons l’accueillir, le reconnaître et choisir de répondre OUI à l’appel qu’il nous adresse et à la mission qu’il nous confie.

Enfants de Dieu, nous sommes quelque part tous comme des Fils et des Filles de Marie, tous nés d’une femme comme Paul l’affirme de Jésus-Christ dans la lettre aux Galates.

Merci, Marie….

Amen

 


Luc 1, 26 à 56

26 Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth.
27 chez une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; le nom de la vierge était Marie.
28 Il entra chez elle et dit : Je te salue toi à qui une grâce a été faite ; le Seigneur est avec toi.
29 Troublée par cette parole, elle se demandait ce que signifiait une telle salutation.
30 L’ange lui dit : Sois sans crainte, Marie ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
31 Voici : tu deviendras enceinte, tu enfanteras un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus.
32 Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père.
33 Il régnera sur la maison de Jacob éternellement et son règne n’aura pas de fin.
34 Marie dit à l’ange : Comment cela se produira-t-il, puisque je ne connais pas d’homme
35 L’ange lui répondit : Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi, le saint (enfant) qui naîtra sera appelé Fils de Dieu.
36 Voici qu’Élisabeth ta parente a conçu, elle aussi, un fils en sa vieillesse, et celle qui était appelée stérile est dans son sixième mois.
37 Car rien n’est impossible à Dieu.
38 Marie dit : Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole. Et l’ange s’éloigna d’elle.
39 En ces jours-là, Marie se leva et s’empressa d’aller vers les montagnes dans une ville de Juda.
40 Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth.
41 Dès qu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant tressaillit dans son sein. Élisabeth fut remplie d’Esprit Sain.
42 et s’écria d’une voix forte : Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni.
43 Comment m’est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne chez moi
44 Car voici : aussitôt que la voix de ta salutation a frappé mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse dans mon sein.
45 Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du Seigneur.
46 Et Marie dit : Mon âme exalte le Seigneur

47 Et mon esprit a de l’allégresse en Dieu, mon Sauveur,
48 Parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante.
Car voici : désormais toutes les générations me diront bienheureuse.
49 Parce que le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses.
Son nom est saint,
50 Et sa miséricorde s’étend d’âge en âge
Sur ceux qui le craignent
51 Il a déployé la force de son bras ;
Il a dispersé ceux qui avaient dans le cœur des pensées orgueilleuses,
52 Il a fait descendre les puissants de leurs trônes,
Élevé les humbles,
53 Rassasié de biens les affamés,
Renvoyé à vide les riches.
54 Il a secouru Israël, son serviteur,
Et s’est souvenu de sa miséricorde,
55 — Comme il l’avait dit à nos pères —,
Envers Abraham et sa descendance pour toujours.
56 Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois. Puis elle retourna chez elle