IL EST URGENT D'ATTENDRE !

Esaïe 7, 1 à 16 --  Luc 2, 25 à 35

Chabeuil, le 2 décembre 2018 - 1er dimanche de l’Avent

Chers frères et sœurs,

Peut-être avez-vous vu ces dernières semaines à la télévision cette publicité pour un calendrier de l'Avent d’une grande marque de chocolat pour enfants. Trois enfants débordant d'impatience harcèlent leurs parents avec cette question : C'est quand qu'on commence d'attendre ? Comprenez : Quand allons-nous accrocher au mur ce calendrier qui va nous escorter, jour après jour vers Noël. Et ces enfants anticipent déjà toute l'excitation qui accompagne cette fête : le sapin, les cadeaux, la joie de se retrouver en famille. Ils ne savent pas à l'avance ce qui va se passer exactement, ce que vont contenir les paquets posés au pied du sapin. Ils ne connaissent peut-être même pas la signification religieuse de Noël. Mais ils ont comme l'intuition qu'il y a là quelque chose d'exceptionnel à vivre, que c'est un moment à part, un moment hors du commun, un événement qu'il est urgent d'attendre.



Mais vous allez-me dire, quel rapport avec le récit plutôt déprimant de ce roi d'un autre âge au bord de la capitulation ? Laissez-moi, si vous le voulez bien, vous accompagner dans ce voyage à travers le temps qui nous redit toute l'espérance qui traverse cette période de l'Avent et annonce Noël.

Il n'est pas à la fête, notre Roi Akhaz. Nous sommes en 730 av. JC, sur les remparts de Jérusalem. Il a perdu tout espoir car il a refusé de s'allier avec ses ennemis jurés, le royaume du Nord et la Syrie. Et ceux-ci font le siège de la ville et veulent le détrôner. Et il n'a aucun héritier pour lui succéder car il a sacrifié son fils unique au dieu païen Baal.
Il a peur, il n'a plus aucune confiance, pas même en Dieu, en YHWH, car il est persuadé qu'il paie désormais ses fautes et son infidélité.

Lui et tout son peuple tremblent, et tous les oracles et les supplications d'Ésaïe pour qu'il revienne au SEIGNEUR restent vains. Le Royaume de Juda va tomber, et avec lui va disparaître la descendance du Roi David et du Roi Salomon. Plus d’avenir, plus d'espoir pour le peuple élu de Dieu.
Que ferions-nous à la place de ce roi acculé derrière ses remparts ? Aurions-nous suffisamment de foi pour nous repentir et remettre cette situation critique dans les mains de Dieu ? Où céderions-nous comme lui à la panique et au désarroi ? Vous allez me dire, c’est difficile de comparer. C'est vrai, et pourtant …..
Ce premier dimanche de décembre, vous l’avez compris,  inaugure cette période de l'Avent, temps de l'attente et de l'espérance. Et pourtant, quand on parle d’avenir, nos propos se teintent d’un certain pessimisme. Qu'osons-nous encore espérer en cette fin 2018 alors que des guerres continuent partout sur notre globe, au Moyen-orient, en Afrique ? Que des milliers de réfugiés continuent à affluer ? Que la menace terroriste subsiste ? Que chez nous l'égalité des chances pour tous devant le travail, le logement n'est encore qu'un vœu pieux ? Qu'autour de nous des familles se déchirent, des malades luttent pour leur guérison ? Derrière les fragiles remparts qui nous protègent, avons-nous encore la force et la foi d'attendre un monde meilleur ?

Ce désespoir, nous le mettons d'emblée sur le compte de notre humanité imparfaite et pécheresse. Ce désespoir cristallise toutes nos peurs. Il paralyse nos projets, et même nos élans de solidarité, de fraternité.

Mais alors qu'en est-il de notre espérance placée en Dieu ? De la promesse au bénéfice de laquelle nous vivons ? Il semble qu'elle subsiste encore au fond de nous, comme si on l'avait mise en veilleuse. Elle s'est réduite à une petite lueur d'espoir, et nous osons parfois à peine la dire tant nous craignons de passer pour d'incorrigibles utopistes, pour de doux rêveurs. Oui, cette lampe, cette flamme symbole d’espérance, celle que nous étions censés accrocher bien haut pour qu'elle éclaire la maison, nous l'avons finalement remise sous le boisseau.

Car comme Akhaz nous nous demandons peut-être parfois si Dieu est vraiment à nos côtés, s'il ne s'est pas lassé de nos écarts de conduite, de notre manque de confiance et s'il n'a pas finalement détourné sa face du monde ? Quel indice avons-nous aujourd'hui de sa présence ? De son projet et de son agir pour l'Homme ?

Ésaïe nous suggère de lui demander un signe en plus sa Parole. Mais à quoi bon ?

Pourtant, Ésaïe le dit à Akhaz, Dieu persiste inlassablement à ponctuer nos vies des signes de sa présence. Non pas des phénomènes surnaturels, des miracles retentissants, mais des manifestations discrètes et inattendues, des instants de Grâce que rien n'explique, une inspiration qui nous guide, des « clins d'yeux » comme nous les nommons parfois.
Comme Siméon au Temple qui attend non pas une Parole de Dieu, mais le signe même que Dieu a tenu sa promesse et que le salut d'Israël est en marche. Comme il le dit, Jésus va naître pour être un signe, un signe qui sera contesté certes, mais un signe de Dieu.
Et ces signes, Dieu nous invite même à les lui demander. Car il espère qu'en retour nous resterons sur le qui-vive, que nous saurons les guetter et y entrevoir l'expression de son approbation. Qu'ils raviveront en nous l'espoir, la foi en son indéfectible soutien.

Pour le roi Akhaz, ce signe prend la forme d'un enfant qui est encore en devenir dans le ventre de la reine. Cette future naissance n'a rien de miraculeux. Elle est juste inattendue, inespérée. L'enfant n'est pas encore né, et pourtant il porte déjà en lui la promesse d'un héritier pour Akhaz, un successeur dont l’arrivée va déjouer les plans de ses adversaires. Son nom, Emmanuel, annonce que Dieu est avec eux, qu'il persiste à tenir sa promesse et à sauver Jérusalem, à sauver la dynastie de David, à sauver son peuple malgré son obstination et son manque de foi.

Et ce petit enfant à naître, cet Emmanuel, nous rappelle que dans ce temps de l'Avent, c'est justement un bébé que nous attendons. Un nourrisson comme il en naît 4 toutes les secondes dans le monde. Nous peinons à reconnaître en lui Celui qui doit venir pour nous sauver, ce nouveau David, celui qui annonce ce Royaume où la paix, la sagesse, la justice de Dieu régneront. Nous imaginons ce bébé emmitouflé dans ses langes, et nous nous demandons peut-être : Est-ce vraiment lui le Messie, ou devons-nous en attendre un autre comme se le demandait Jean-Baptiste ?

Aujourd'hui, dans nos pays occidentaux, la naissance d'un enfant est souvent devenue un choix réfléchi, et certains parents préfèrent parfois même y renoncer plutôt que de lui offrir un avenir incertain, une planète en proie au dérèglement climatique et à la pollution, une société où la paix, la liberté de conscience, l'égalité des chances ne sont pas garanties. Ce pessimisme que nous évoquions juste avant, la tiédeur de notre confiance en l'avenir nous empêchent parfois d'accueillir sereinement un bébé à naître.

Pourtant, il y a une chose qui me frappe toujours, c'est la manière dont les adultes cherchent  à tenir les enfants éloignés de cette morosité, de ce découragement, de cette crainte pour l'avenir. Nous avons presque instinctivement le réflexe de protéger nos enfants de ce pessimisme qui nous habite, de leur éviter la contagion. Notre littérature pour enfants, nos contes, les légendes qui entourent par exemple ce temps de Noël, cette image du monde que nous leur offrons est résolument optimiste. Et c'est à mon sens parce que nous décelons presque inconsciemment dans chacune de ces jeunes vies qui lentement se construisent le germe d'une espérance que nous n'avons pas le droit d'étouffer. Nous y trouvons une promesse d'avenir qui nous redit que Dieu veut que nous croyions, encore et toujours, en un futur possible. Futur pour ce bébé, mais aussi pour les enfants, pour nous, pour le monde, pour la Création. Tout comme Siméon reconnaît dans un nourrisson d'à peine huit jours ce sauveur d'Israël qu'il espérait. Pas besoin d'attendre qu'il grandisse, qu'il accomplisse de grandes choses. Cet enfant fragile et vulnérable, cet enfant qui ne sait encore ni marcher, ni parler, ni faire la différence entre le bien et le mal, cet enfant, et les millions qui naissent chaque jour sur notre terre, sont le signe à la fois attendu et inattendu de Dieu pour apaiser nos peurs et nous redonner espoir.
Ainsi je crois chers amis, que nous touchons ici du doigt la signification profonde de ce temps de l'Avent. Il n'est pas le compte à rebours avant le lancement, le 25 décembre, des festivités de Noël. Il n'est pas une sorte de pense-bête pour que n'oublions pas de fêter religieusement l'anniversaire de Jésus, ce nouveau-né qui a vu le jour il y a plus de 2000 ans.
Non, ces quatre semaines qui débutent se profilent comme une attente, celle d'un petit enfant que nous sommes invités à recevoir dans nos vies. Comme les futurs parents préparent avec amour la chambre, le berceau, le trousseau de leur nouveau-né, nous pouvons nous aussi lui préparer une place pour l'accueillir dans notre cœur, pour qu'il puisse y grandir et y prendre des forces. Pour qu'il ravive de sa seule présence d'enfant cette petite lueur d'espoir et de confiance dans la vie qui ne s'éteint finalement jamais en nous.

Alors oui, il est urgent d'attendre. De vivre dans toute la profondeur de notre foi ces quatre dernières semaines qui nous emmènent vers Noël. Non pas seulement dans le stress et l'excitation des préparatifs de nos diverses fêtes de famille et temps de culte en Église. Mais aussi dans la sérénité et l'immense bonheur qui précède l'arrivée d'un nouveau-né, d'un enfant qui nous est donné, un cadeau que nous n'avons ni commandé, ni fabriqué, ni acheté. Un signe de Dieu porteur d'espérance, un Emmanuel « Dieu parmi nous », une Parole qui s'est faite chair en Jésus-Christ.  Amen

 

 


Esaïe 7, 1 à 16  -  Luc 2, 25 à 35

Ésaïe 7, 1-16,  
7 A l'époque d'Achaz, fils de Jotham, lui-même fils d'Ozias qui était roi de Juda, Retsin, le roi de Syrie, monta avec Pékach, le fils de Remalia, le roi d'Israël, contre Jérusalem pour l'attaquer, mais sans parvenir à s'en emparer.
2 On annonça aux membres de la dynastie de David: «Les Syriens ont pris position sur le territoire d'Ephraïm.» Achaz et son peuple en furent tout secoués, comme les arbres de la forêt lorsqu'ils sont secoués par le vent.
3 Alors l'Eternel dit à Esaïe: «Sors donc à la rencontre d'Achaz avec ton fils Shear-Jashub, au bout de l'aqueduc du réservoir supérieur, sur la route du champ du teinturier.
4 Tu lui diras: 'Sois tranquille, n'aie pas peur et que ton cœur ne se trouble pas devant ces deux bouts de bois fumants, devant la colère de Retsin et de la Syrie ainsi que du fils de Remalia!
5 Ne sois pas troublé parce que la Syrie a décidé de te faire du mal, parce qu'Ephraïm et le fils de Remalia disent:
6 Montons contre Juda, semons-y la panique, frayons-nous un passage et proclamons-y roi le fils de Tabeel.'
7 »Voici ce que dit le Seigneur, l'Éternel: Cela ne se produira pas, cela n'aura pas lieu.
8 Certes, Damas est la capitale de la Syrie et Retsin le souverain de Damas, mais d'ici 65 ans Ephraïm ne sera plus un peuple.
9 Samarie est la capitale d'Ephraïm et le fils de Remalia le souverain de Samarie. Si vous ne croyez pas, vous ne subsisterez pas.»
10 L'Éternel dit encore à Achaz:
11 «Demande pour toi un signe à l'Éternel, ton Dieu! Demande-le, que ce soit dans les plus extrêmes profondeurs ou les lieux les plus élevés.»
12 Achaz répondit: «Je ne demanderai rien, je ne provoquerai pas l'Éternel.»
13 Ésaïe dit alors: «Écoutez donc, membres de la dynastie de David! Est-ce trop peu pour vous de fatiguer les hommes, pour que vous abusiez encore de la patience de mon Dieu?
14 Voilà pourquoi c'est le Seigneur lui-même qui vous donnera un signe: *la vierge sera enceinte, elle mettra au monde un fils et l'appellera Emmanuel.
15 Il se nourrira de lait caillé et de miel jusqu'à ce qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien.
16 Cependant, avant que l'enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, le territoire dont tu redoutes les deux rois sera abandonné.

Luc 2, 25-35
25 Or il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon. Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d'Israël et l'Esprit saint était sur lui.
26 Le Saint-Esprit lui avait révélé qu'il ne mourrait pas avant d'avoir vu le Messie du Seigneur.
27 Il vint au temple, poussé par l'Esprit. Et quand les parents amenèrent le petit enfant Jésus pour accomplir à son sujet ce que prescrivait la loi,
28 il le prit dans ses bras, bénit Dieu et dit:
29 «Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur s'en aller en paix, conformément à ta promesse,
30 car mes yeux ont vu ton salut,
31 salut que tu as préparé devant tous les peuples,
32 lumière pour éclairer les nations et gloire d'Israël, ton peuple.»
33 Joseph et la mère [de Jésus] étaient émerveillés de ce qu'on disait de lui.
34 Siméon les bénit et dit à Marie, sa mère: «Cet enfant est destiné à amener la chute et le relèvement de beaucoup en Israël et à devenir un signe qui provoquera la contradiction.
35 Toi-même, une épée te transpercera l'âme. Ainsi, les pensées de beaucoup de cœurs seront révélées.»