UNE ALLIANCE SANS CESSE RENOUVELÉE

Jérémie 31, 31 à 34

Chers frères et sœurs,

Nous avons entendu le prophète Jérémie annoncer aux exilés de Babylone : « Des jours viennent – oracle du Seigneur – où je conclurai avec la communauté (…) une nouvelle Alliance. ».
Cette prophétie a longtemps été comprise comme la révélation de la nouvelle Alliance en Jésus-Christ, considérant ainsi l’Ancien Testament comme l’antichambre du Nouveau Testament, et Jérémie comme un voyant extralucide qui, 700 ans à l’avance, annonçait déjà cette « Nouvelle Alliance en son sang » que Jésus scellera lors de son dernier repas.

Mais n’allons pas si vite en pensant qu’il n’y a dans la Bible que deux alliances, l’ancienne et la nouvelle, comme il y a un Ancien et et Nouveau Testament.

Souvenons-nous de l’Alliance que Dieu scella d’entrée au Jardin d’Éden avec Adam et Eve, à qui il confiait la terre. Leur descendance étant devenue ingérable, il décida de tout effacer et de recommencer. C’est le déluge, l’arche de Noé et cette Alliance passée avec lui et ses fils, symbolisée par l’arc-en-ciel.
Rebelote ! Quelques milliers d’année plus tard, c’est presque de force qu’il ramène le peuple hébreu d’Égypte et qu’il écoute ses soupirs et ses jérémiades pendant 40 ans dans le désert. Il leur offre les tables de la Loi, les 10 commandements gravés sur des tables de pierre conservées dans la célèbre « Arche de l’Alliance ».
Et l’histoire ne s’arrête pas là : Après être entré en terre promise, ce peuple a à nouveau bafoué cette alliance. Il s’est lancé dans une querelle fratricide qui a divisé Israël en deux : le Royaume du Nord, et le Royaume de Juda. Ils ont ensuite rompu les accords de paix avec leurs puissants voisins Assyriens et Babyloniens. Ils ont déclenché les hostilités et se retrouvent en exil, prisonniers et réduits à l’esclavage.

Et inlassablement Dieu pardonne. Mieux que pardonner, il oublie, il efface la faute, il n’en parle plus. Inlassablement Dieu renoue le lien qui l’attache à ce peuple qu’il s’est choisi, à cette humanité qu’il a créée. Inlassablement, il essaye de trouver la manière, les mots, les conditions favorables pour qu’il entende et qu’il comprenne enfin qu’il veut leur bien.

Il sauvera son peuple de l’exil et le ramènera à Jérusalem. Mais les choses tourneront encore mal, et il enverra alors son Fils, Jésus pour sauver définitivement ce peuple, pour sceller encore une nouvelle Alliance, une nième  Alliance oserais-je dire, par sa mort et sa résurrection.

Que faut-il comprendre par Alliance ? A l’époque, comme dans l’Europe du Moyen-Age, il fallait comprendre un traité d’alliance, entre deux pays, ou entre un Seigneur et ses paysans. C’était un accord qui engageait les parties mutuellement, avec des devoirs pour chacun. Souvent le plus fort s’engageait à protéger le plus faible, et le plus faible à servir le plus fort. Chacun y trouvait son compte.

Mais le vocabulaire hébreu utilisé pour l’alliance stratégique entre pays est le même que celui qui s’applique au mariage. Et en français aussi, l’alliance fait penser à l’union de deux êtres. Se marier, ou décider de vivre ensemble et de fonder une famille, c’est un engagement réciproque de tolérance, d’entraide, de confiance, de respect de l’autre dans l’amour. Ce qui nous lie à Dieu n’est-il pas aussi de cet ordre ?

Nous mesurons dans ces alliances successives cet acharnement de Dieu qui sans cesse pardonne, passe l’éponge, reconstruit, et espère. Qui essaye de trouver la bonne manière de s’entendre, de se comprendre, et d'établir une relation de confiance. Comme s’il s’acharnait à poursuivre les hommes, génération après génération, pour leur faire du bien, malgré eux. Loin des yeux, loin du cœur ! Il faut lire entre les lignes cette déception de Dieu, bafoué, comme un mari trompé et délaissé par son épouse, mais qui garde espoir et redonne une chance.

Dans cet oracle de Jérémie, nous entendons qu’il comprend que la solution n’est pas de soumettre l’homme par des lois arbitraires gravées dans la pierre. L’homme qu’il a voulu libre n’est pas enclin à obéir à ses commandements, mais plutôt à les transgresser dans son propre intérêt. Au yeux des hommes, Dieu n’est pas présent dans ces lois qu’il a dicté et que d’autres font appliquer.

Alors Dieu imagine à nouveau une autre forme d’alliance, une alliance plus intime car c’est une alliance de personne à personne. Plus intime aussi car elle vient s’écrire au plus profond de nous, elle nous touche au cœur. Oui, Dieu imagine de remplacer ses prescriptions autoritaires par une inscription dans notre chair, nous dirions aujourd’hui dans nos gènes, ou dans notre inconscient.
Et il ne sera plus nécessaire de s’instruire les uns les autres. Nous le disons aujourd’hui : la foi, la confiance en Dieu  n’est pas quelque chose qui s’enseigne, qui se transmet. On ne croit pas que Dieu est ceci ou cela, on croit en Dieu, même si aucun mot ne peut exprimer le pourquoi de cette confiance. Ça vient du fond de nous, c’est comme inscrit en nous, mais nous peinons à trouver les mots pour le dire, pour l’expliquer.

Et c’est normal, et c’est ainsi que cela doit être. Quand j’entends Dieu dire « je déposerai mes directives au fond d’eux-même », je songe aux parents qui viennent me voir pour faire baptiser leurs enfants. Lorsque je demande ce qui motive cette envie, les mots souvent manquent.

On évoque une tradition familiale, le souhait que ses enfants, comme leurs parents, reçoivent ce signe d’appartenance identitaire à la famille qui est la leur, et à la famille plus large des chrétiens. On me récite parfois son catéchisme, ou ce dont on se souvient. Je vous rassure, A. et S., vous n’êtes ni les premiers ni les seuls que cette question déconcerte. On tombe d’accord que de nos jours, le baptême n’est plus une assurance-résurrection pour l’au-delà. De même que le rôle du parrain et de la marraine n’est plus d’être « un père et une mère de substitution » s’il arrivait quelque chose. Mais alors pourquoi baptiser les enfants ?

Bien sûr la solution pourrait être, comme dans certaines Églises, de ne baptiser que des adolescents ou des adultes consentants qui, après quelques années de catéchisme, peuvent justifier leur démarche et confesser leur foi. Mais ne rentre-t-on pas à nouveau dans ce cercle vicieux d’une foi qui s’apprend, qui s’enseigne, et que l’on cherche à tout prix à expliquer rationnellement ?

Notre Église Protestante Unie, comme d’autres Églises chrétiennes, ne pose aucune condition pour baptiser les enfants des parents qui le demandent. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai baptisé L.et L. avant que nous entendions les engagements de leurs parents et de leurs parrains et marraines. Dieu n’attends pas de connaître les motivations des uns et des autres pour accorder le baptême. Il sait, lui, qu’il les a appelé, et ce signe de son amour, il l’offre sans préalable aucun.

Notre Église déclare officiellement :

'Le baptême est un acte important de reconnaissance, d’accueil et de communication de l’amour que Dieu nous témoigne par son Fils, Jésus-Christ. Cet amour, que nous recevons gracieusement, ne dépend pas de notre capacité à comprendre, c’est pourquoi nous baptisons aussi bien les nouveau-nés que les adultes.'

Et c’est ce que je crois aussi, et ce que je réponds aux parents : ce désir que vos enfants soient baptisés n’est pas uniquement une décision réfléchie et rationnelle qu’il vous faut expliciter. Au fond de vous, quelque part gravé dans votre cœur et votre amour de parents, il y a quelque chose qui vous appelle et qui vous dit que c’est ce que vous voulez pour vos enfants, pour leur avenir, pour qu’ils vivent. Et cela suffit. Je n’ai pas le devoir de questionner cela, de le mettre en équation.

Lors de la préparation, nous partons à la découverte de la signification de ce sacrement, de ce qu’il est et de ce qu’il n’est pas.
Ce n’est pas un rite. Il n’y a rien de magique, de surnaturel. Un sacrement, c’est ce qui fait signe, qui atteste devant tous de cette intuition, de cette conviction intime que l’on a pour ses enfants. Et cela rejoint pour moi cet appel de Dieu à se souvenir de son Alliance toujours renouvelée qu’il nous propose. A entendre, au plus profond de notre cœur, ce rappel.

Par cet acte symbolique du baptême, vous signifiez à vos familles, vos proches, que par ces gestes, par ces mots, vous cherchez à représenter, à donner du sens à ce quelque chose au fond de vous qui vous murmure que Dieu est là, présent par son Esprit, et qu’il agit imperceptiblement dans nos vies. Qu’il agira dans celles, présentes et à venir, de vos enfants.

Cette Alliance nouvelle que Dieu dépose au fond de chaque homme, c’est comme un appel intérieur, comme si une partie de nous vivait, se souvenait, aspirait à quelque chose, à trouver quelque chose ou quelqu’un qui nous échappe sans cesse, mais dont on a l’intime conviction qu’il veut notre bonheur et qu’il est nécessaire à notre vie.

Dieu dit également, par la bouche du prophète Jérémie : « Vous me chercherez, et vous me trouverez, si vous me cherchez de tout votre cœur. Je me laisserai trouver par vous (Jérémie 29, 13-14).

En baptisant aujourd’hui L. et L., vous avez écouté cet appel qui a résonné au plus profond de votre cœur. Bienvenue à eux dans la grande famille de ceux qui mettent aussi leur foi et leur espérance dans cette Alliance, dans cette promesse d’amour sans cesse renouvelée de Dieu.

Amen

 


Jérémie 31, 31 à 34

31«Bientôt, déclare le Seigneur, je conclurai une alliance nouvelle avec le peuple d'Israël et le peuple de Juda.

32 Elle ne sera pas comme celle que j'avais conclue avec leurs ancêtres, quand je les ai pris par la main pour les faire sortir d'Égypte. Celle-là, ils l'ont rompue, et pourtant c'est moi qui étais leur maître, dit le Seigneur.

33 Mais voici en quoi consistera l'alliance que je conclurai avec le peuple d'Israël, déclare le Seigneur: j'inscrirai mes instructions non plus sur des tablettes de pierre, mais dans leur conscience; je les graverai dans leur cœur; je serai leur Dieu et ils seront mon peuple.

34 Aucun d'eux n'aura plus besoin de s'adresser à ses compagnons, à ses frères, pour leur enseigner à me connaître, car tous me connaîtront, déclare le Seigneur, tous, du plus petit jusqu'au plus grand. En effet, je pardonnerai leurs torts, je ne me souviendrai plus de leurs fautes.»