NAÎTRE DE NOUVEAU

Jean 3, 1 à 21

Chers frères et sœurs,

Lorsque des parents viennent me voir pour demander le Baptême de leur(s) enfant(s), leur désir est principalement que leur(s) fils ou leur(s) fille(s) soient ainsi accueillis dans la grande famille des chrétiens.

Mais plusieurs indices dans ce sacrement du Baptême que nous venons de vivre peuvent également nous faire penser qu’il se joue ici comme une nouvelle naissance au sein de cette famille. Baptiser (βαπτίζω en grec) veut dire plonger quelqu’un dans l’eau. Les premiers baptêmes consistaient à plonger une personne entièrement dans l’eau, pour l’en ressortir quelques secondes plus tard : n’y voyons nous pas le symbole d’un enfant qui naît et voit le jour ?

 

Et plusieurs autres choses nous rappellent les circonstances d’une naissance. Naître, c’est prendre sa première respiration, comme ce souffle de l’Esprit que nous recevons de Dieu et qui est souffle de Vie. Naître, c’est se séparer, couper le cordon. Ici, c’est symboliquement se détacher de sa famille pour rejoindre d’autres frères et sœurs, tous fils et filles d’un même Père. Naître, c’est encore recevoir un nom, ici un nom de Baptême par lequel Dieu nous connaît et nous appelle. Ce nom qui nous distingue et qui va nous permettre de construire notre identité. Et puis il y a les parrains et marraines qui s’engagent à prendre eux aussi une part de responsabilité dans la vie du baptisé, comme de nouveaux parents.

C’est un fait : le Baptême des adultes comme des enfants suggère une nouvelle naissance, l’irruption d’une nouvelle vie, et c’est ce que Jésus tente de faire comprendre à Nicodème dans ce passage de l’Évangile de Jean que nous avons lu.
Et tout comme lui, nous avons besoin de plus d’explications. Pourtant, Nicodème était un haut dignitaire, un grand spécialiste, un docteur de la Loi juive reconnu par ses pairs. C’est pourquoi il vient voir Jésus en cachette, à la nuit tombée. Quel affront si l’on découvrait qu’il fréquente cet homme que tous ses collègues décrient, et qu’il lui demande même des éclaircissements et des conseils ! Mais les explications que Jésus lui donnent nous semblent aussi obscures que la nuit qui les entoure…
Que devons-nous comprendre de cette nouvelle naissance ? Reprenons en détail ce que Jésus nous dit.

Il faut naître de nouveau… bien énigmatique. Nicodème est le premier surpris : peut-on un beau jour retourner dans le ventre de sa mère, pour naître à nouveau ? Il ne s’agit pas de cela bien sûr ! Jésus nous désigne ici une autre forme de naissance, de re-naissance pourrions nous dire. Car ce mot grec qui veut dire « de nouveau » peut aussi être traduit par « naître d’en haut ». D’ailleurs, cette version est à mon sens plus éclairante, car elle vient faire écho à cette naissance « d’eau et d’Esprit » dont parle aussi Jésus. Souvenez-vous, lorsque Jésus fut baptisé par Jean-Baptiste dans l’eau du Jourdain. Alors qu’il était baptisé de l’eau qui coulait sur terre, au même moment le texte biblique nous dit que l’Esprit-Saint est descendu du haut du ciel, comme une colombe.
Alors il nous faut comprendre le Baptême comme ce moment où nous est révélée notre double existence, celle terrestre de notre vie dans le monde, symbolisée par l’eau. Et cette vie spirituelle que nous recevons d’en haut, de Dieu, symbolisée par le souffle de l’Esprit.

Ce que Jésus explique à Nicodème, c’est que notre vie terrestre, notre vie « tout court », est en quelque sorte une vie incomplète si elle reste une vie sans Dieu. Certes, sans croire, nous pouvons vivre une vie bien remplie. Nous aurons droit à notre part de bonheur et de malheur, de souffrances et de satisfactions. Et elle aura une fin comme pour tout être humain.

Mais il manque quelque chose pour que cette vie nous satisfasse, pour qu’elle soit soit vécue pleinement. Ce quelque chose, nous le cherchons presque inconsciemment, presque instinctivement. Quel est le sens de ma vie ?
Et la réponse à cette quête, c’est Dieu qui nous la donne : ce supplément de sens, cette vie en plénitude, cette vie dite « éternelle », est offerte par Dieu, pour peu que l’on croie en lui.

Certes, il ne faut pas se méprendre sur la signification de la vie éternelle. Il n’est pas question, par la foi, de devenir immortel, ni d’obtenir la certitude qu’une autre vie nous est garantie après celle-ci. Cette vie éternelle se comprend comme une vie sans interruption, sans temps morts. Une vie où Dieu est présent sans discontinuer, et veille sur nous fidèlement. Et cette vie, il nous donne de la vivre non pas dans un hypothétique au-delà de notre mort physique, mais dans notre vie sur terre, ici et maintenant.

Ce que Jésus nous explique, c’est que Dieu nous offre en quelque sorte de vivre deux vies simultanément, deux vies que symbolisent cette double naissance d’eau et d’Esprit, et dont le Baptême est le double signe.

Et cette vie terrestre comme cette vie spirituelle, nous ne les fabriquons pas nous-même. Elle nous sont offertes. Personne ne décide vraiment de la naissance d’un enfant. Il reçoit sa vie en cadeau. Et cet amour que Dieu propose, cette autre vie qu’il nous invite à vivre en communion avec lui, elle est également offerte à tous, avec la liberté que nous avons, chacune et chacun, de lui dire oui ou non. Cette vie avec Dieu et en Christ qu’il nous est offert de vivre dans la foi, cette vie éternelle, c’est ça notre salut ! Voilà comment nous sommes sauvés, libérés et c’est cette Bonne Nouvelle que Jésus est venu annoncer au monde.

En conséquence, accepter cet amour, c’est croire en Dieu. C’est cela, avoir la foi. Et la foi n’est alors pas l’approbation ou l’attestation d’un enseignement ou d’une doctrine. Avoir la foi, c’est avoir confiance. C’est lâcher prise et consentir à laisser faire Dieu, à se laisser aimer et transformer.

Et cette vie là est invisible aux yeux du monde. Nous ressentons cette présence et cette action de Dieu dans nos vies, nous en discernons les signes comme nous pouvons sentir le vent, alors que ni nous, ni personne ne le voit, ni peut le diriger.
Comme l’écrivait l’auteur anonyme de la «Lettre à Diognète » aux premiers siècles de notre ère, être chrétien, c’est passer sa vie sur la terre, obéir aux lois de la société tout en étant citoyens du ciel et sujets du Royaume de Dieu.

Mais comment vivre aujourd’hui ces deux vies qui s’imbriquent, qui sont indissociables l’une de l’autre ?

D’abord en étant vivant, tout simplement. Et en laissant rayonner autour de nous cette confiance, cette liberté, cette paix qui nous habite. Et en nous laissant guider par tout ce qu’en Esprit, Dieu nous inspire. Oui, rayonner car comme le dit le cantique : « le monde verra que nous sommes chrétiens par l’amour dont nos actes sont empreints ».

 


Et j’ajouterais, en résistant à ce mouvement qui aujourd’hui, voudrais qu’au nom d’une laïcité parfois trop idéalisée, nous restreignions cette vie spirituelle à notre sphère privée, personnelle, familiale ou paroissiale. Car comme Nicodème qui se cache dans la nuit, nous nous sentons parfois contraints de faire de notre relation à Dieu et au Christ une activité discrète, refoulée, presque inavouable. Savez-vous pourquoi au temps des guerres de religions en France, on appelait « Nicodémites » les protestants qui avaient été obligés de se convertir au catholicisme et de fréquenter le jour les offices à l’Église ? Car la nuit, dans le secret de leur maison, ils continuaient à lire la Bible et à prier en famille, comme ils l’avaient toujours faits. Nous chrétiens, catholiques comme protestants, voulons-nous être les Nicodémites d’aujourd’hui dans notre société laïcisée ?

Je dis que non ! Nous chrétiens, nous devons être convaincus que nous avons une Bonne Nouvelle à dévoiler au monde, celui d’une deuxième vie, d’une nouvelle vie qui nous est donnée d’en haut, par Dieu et qui donne sens à celle qui nous vient d’en-bas, des hommes.
Et mieux qu’avec des mots, nous témoignons de cette vie spirituelle par nos actes dans notre vie de tous les jours, des actes que Jésus nous invite à faire « en pleine lumière » pour manifester que cette vie nous vient de Dieu. Cette vie est bonne, dit Jésus, alors pourquoi nous en cacher ?

Marie, Mélodie, par votre Baptême aujourd’hui, par cette eau qui a un instant mouillé votre peau et vos cheveux, par la lumière des bougies que vos sœurs ont portées, Dieu est venu poser un double signe : celui de sa présence et de sa fidélité, celui d’une double Vie heureuse et pleine qu’il vous offre de vivre à ses côtés, dans la lumière de l’Esprit.

Tous les chrétiens ici présents se sont engagés à être pour vous des témoins de cette vie. Vos parents, vos parrains et marraines auront aussi à cœur de vous dire que vous avez été baptisées, et de vous parler de Dieu, votre Père, de Jésus, votre Frère, de cet amour qu’ils vous portent, et de cette Vie avec un V majuscule qu’il vous offre la liberté de vivre. Et de la grande famille de ceux qui partagent aussi cette conviction.

Marie, Mélodie, que votre vie se poursuive bénie, belle, heureuse et encore insouciante, sous la Grâce.

Amen


Jean 3, 1 à 21

1 Mais il y eut un homme d’entre les pharisiens, nommé Nicodème, un chef des Juifs,
2 qui vint, lui, auprès de Jésus, de nuit, et lui dit : Rabbi, nous savons que tu es un docteur venu de Dieu ; car personne ne peut faire ces miracles que tu fais, si Dieu n’est avec lui.
3 Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu.
4 Nicodème lui dit : Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître ?
5 Jésus répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu.
6 Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est Esprit.
7 Ne t’étonne pas que je t’aie dit : Il faut que vous naissiez de nouveau.
8 Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit.
9 Nicodème lui dit : Comment cela peut-il se faire ?
10 Jésus lui répondit : Tu es le docteur d’Israël, et tu ne sais pas ces choses !
11 En vérité, en vérité, je te le dis, nous disons ce que nous savons, et nous rendons témoignage de ce que nous avons vu ; et vous ne recevez pas notre témoignage.
12 Si vous ne croyez pas quand je vous ai parlé des choses terrestres, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses célestes ?
13 Personne n’est monté au ciel, si ce n’est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est dans le ciel.
14 Et comme Moïse éleva le serpent dans le désert, il faut de même que le Fils de l’homme soit élevé,
15 afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle.
16 Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle.
17 Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu’il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.
18 Celui qui croit en lui n’est point jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
19 Et ce jugement c’est que, la lumière étant venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises.
20 Car quiconque fait le mal hait la lumière, et ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dévoilées ;
21 mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, parce qu’elles sont faites en Dieu.