LE DIEU CACHÉ

1 Rois 19, 5 à 13 - Ephésiens 3, 8 à 12 - Luc 4, 9 à -12 et 8, 16 à 18

Comment faire pour, à la fois, avoir en ce dimanche de rentrée, un culte de rentrée digne de ce nom, avec ce qu'on pourrait appeler : une mise en lumière et en perspective d'un mot d'ordre pouvant orienter la vie de l'Eglise pendant toute une année, et trouver et développer le mot d'ordre en question. Celui-ci reprenant le thème général de l'année.
J'ai choisi, ce matin, de le faire à partir du thème de l'année de catéchisme qui commence cette semaine. Or le thème du catéchisme cette année, c'est : Le Dieu caché. En quoi ce thème fait-il référence au mot d'ordre général de l'année qui est : Nous croyons ? Ou encore : la foi ?
Y a-t-il un lien entre la foi et le Dieu caché ? A condition, bien sûr, qu'il soit établi que Dieu se cache.

Pourtant, le thème du Dieu caché me semble être à la base de la révélation biblique concernant Dieu.

En effet, le Dieu de la Bible est un Dieu qui se révèle. C'est la raison pour laquelle il est question de révélation biblique. Mais Dieu a une manière particulière de se révéler. Il le fait d'une façon précise, momentanée et selon sa volonté.
Mais on peut aussi dire que Dieu est un dieu qui se cache. Là aussi, en fonction de buts bien précis.
Dieu est un dieu qui se cache en se révélant, ou qui se révèle en se cachant. C'est selon. Au point qu'on se demande si Dieu est un dieu qui se révèle ou qui se cache.
L'intérêt de cette constatation est de se demander pourquoi Dieu agit ainsi.
Mais voyons des exemples de ce qui vient d'être dit. Car c'est une chose que d'affirmer quelque chose, c'est autre chose que de le montrer.

Il semble clair qu'au début de la révélation biblique, le Dieu de la Bible paraît plus proche de l'être humain que par la suite. Dieu s'y manifeste de façon évidente : il rend visite et discute avec Adam, Noé et Abraham ; au point que cette présence de Dieu pose la question de la foi de ces hommes. En effet, ils n'ont pas besoin de croire en Dieu, Dieu s'impose à eux.
Dans les premières pages de la Bible, tout est miraculeux. On est en pleine période mythique où tout est parabole. N'oublions pas que nous avons à nous adresser à des adolescents qui ne laissent rien passer. Du moins, on le souhaite.
Lorsqu'ils relatent ses événements premiers, les auteurs bibliques, qui ont écrit bien des siècles plus tard et qui ont écrit ce qu'ils croyaient et non ce qui était, sont tellement pénétrés de cette présence de Dieu qu'ils le voient partout. Mais cela ne correspond sans doute pas à une réalité. Ce qui permet de garder la foi des premiers hommes intacte.

Mais voyons l'exemple du prophète Elie au Mont Carmel et au Mont Horeb (1 Rois 17-19), dans l'Ancien Testament.

Cet épisode me semble être l'archétype de la théologie du Dieu caché.
En effet, le texte relate une période où l'adoration de Dieu est en passe d'être oubliée par le peuple d'Israël. Curieusement, Dieu ne réagit pas, il laisse faire, il se tait, il se cache. Au point que le fidèle (en l'occurrence Elie) se sent obligé d'intervenir à sa place. Alors que ce fidèle aurait mieux fait de laisser Dieu s'en occuper lui-même.
C'est toute la différence entre la foi et l'intégrisme : Celui qui a la foi, laisse Dieu intervenir, alors que l'intégriste intervient à sa place.
Dans son intervention, Elie prophétise de sa propre autorité la sécheresse et la famine. Il dit : sinon à ma parole (1 Rois 17, 1).
Dieu cautionne son serviteur, il ne pleut plus pendant 3 ans. Après ce laps de temps, Dieu prend enfin l'initiative. Et lorsque Dieu intervient, c'est pour sauver. C'est pour cela qu'il annonce non la sécheresse, mais la pluie.

Alors Elie, qui ne veut pas avoir prophétisé pour rien, décide de rassembler tout le peuple au Mont Carmel. Là, il fait une campagne telle que les hommes de télé en redemanderaient. Elie organise un show à l'américaine avec une mise en scène efficace, allant jusqu'à faire descendre le feu du ciel sur la terre.

Il ne faut pas oublier que cette campagne se termine par le massacre des 450 prophètes de Baal et des 400 prophètes d'Ashéra, qu'Elie égorge lui-même. Mais de conversion du peuple, point. C'est peut-être ce qui conduit le prophète au désespoir (avec les menaces de la reine Jézabel). Alors Elie demande la mort. Mais avec la nourriture laissée par l'ange, Elie va jusqu'au Mont Horeb. C'est le passage qui nous a été lu tout à l'heure.
Au Mont Horeb, Dieu révèle à Elie qu'il n'est pas dans le vent violent, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu (tiens du feu ! Même dans celui du Mont Carmel, Dieu n'y était pas ?! Le feu qui est descendu du ciel ?!). Non ! Dieu n'était pas dans ces manifestations de puissance, mais il est dans le bruit d'un silence ténu.

Cet épisode met en lumière la faculté que Dieu a de se cacher. Plus l'être humain fait le forcing pour agir à la place de Dieu, et plus Dieu se cache. Et plus Dieu se cache, et plus il se révèle. Il se révèle comme celui qui intervient le moins possible dans la vie des individus. Pourtant Dieu s'est révélé en Jésus. Et ce n'est pas une petite révélation.

En fait, l'événement majeur de la théologie du Dieu caché, c'est la révélation de Dieu en Jésus-Christ. On a coutume de dire que Dieu se révèle en Jésus-Christ, mais on pourrait aussi dire qu'il se cache.
En effet, en se manifestant en tant qu'homme, Dieu continue à se révéler, mais comment Dieu pourrait-il se présenter pour être mieux caché que dans un homme ? Il n'y a pas de cachette plus judicieuse que celle-là, car personne ne voudra voir dans un homme : Dieu lui-même. Ainsi Jésus est-il le Dieu caché par excellence !

Mais pourquoi Dieu se cache-t-il ? Pourquoi Jésus ne se présente-t-il pas, comme le tentateur le lui propose, comme un roi majestueux descendant, porté par des anges, sur le parvis du temple de Jérusalem ? Tous les présents auraient cru en lui, obligés de croire. Mais cette croyance ne serait pas forcément devenue de la foi.

Dans tout ce que Jésus entreprend, il veille à sauvegarder la liberté de la foi. C'est ainsi que les miracles peuvent assez facilement passer pour des actes faisant appel à la psychologie. Il sera relativement intéressant de savoir ce que pensent les jeunes des miracles et de la foi.

Et pourquoi Jésus veille-t-il à sauvegarder la liberté de la foi ? Pour que l'être humain ne soit pas obligé de croire. Car si Dieu se révèle constamment, l'homme est obligé de croire et la foi n'est plus libre. On n'a plus affaire à une foi-confiance, mais à une foi-certitude. Autrement dit : la foi n'est plus la foi. La qualité de la foi est donc dépendante de la faculté que Dieu a de se cacher.

Le sommet de la cachette de Dieu (si l'on peut dire), c'est la croix.

Il est en effet admis, à l'époque de Jésus, que le malheur manifeste le désaveu de Dieu. Tout le monde croit que les malheureux souffrent à cause de leur opposition à Dieu. Ainsi donc, Jésus en mourant, comme un brigand, sur la croix, passe pour être un ennemi de Dieu. Comment donc Jésus pourrait-il être à la fois un ennemi de Dieu et son Fils ?

Là encore Dieu se cache en Jésus. Et, en même temps il révèle l'essentiel de son message : à savoir que Dieu n'est pas un juge mais un Père, et que l'expérience de la souffrance et du malheur n'est pas synonyme de malédiction et de rejet de la part de Dieu.

Dieu se cache en Jésus, dans le sens qu'il semble d'accord avec l'opinion que les gens se font de lui : condamné par les hommes, il meurt comme un coupable. Et, en même temps, il prend tout le monde à contre-pieds en se disant Fils de Dieu et n'ayant commis aucune faute qui serait la cause du malheur qui le frappe.
Le disciple de Jésus ne peut faire autrement que de décréter qu'il n'y a pas de lien entre la faute et le malheur.

Enfin, la question se pose : Dieu se cache-t-il encore ? Pour ma part, je dirais qu'il se cache de plus en plus.

Ce qui peut répondre à certaines interrogations relatives au manque de foi actuel. Il est normal qu'il y ait de moins en moins de foi sur la terre, puisque Dieu n'apparaît plus.

Dieu reste caché et il agit par les circonstances. Il le fait beaucoup maintenant, au grand désarroi de beaucoup de chrétiens attachés aux manifestations miraculeuses de Dieu, et prêts à conclure que les êtres humains n'ont plus de foi, que Dieu abandonne son peuple, ou même qu'il est mort.
Mais non ! Dieu se cache ! Comme il se cache derrière les médecins lorsqu'il guérit. Comme il se cache derrière toute œuvre de salut qui peut passer pour tout-à-fait naturelle.
Loin de signifier une perte de foi, le fait que Dieu passe inaperçu est, au contraire pour moi une manifestation du développement de la foi de l'Eglise. La foi se développant, Dieu se retire, se cache, afin que la foi de l'Eglise se développe encore.

Dieu se cache, afin que l'Eglise puisse servir non un juge, mais un Père. Et cela sans calcul, mais par amour.

Que l'Eglise protestante de Chabeuil – Châteaudouble soit de cette communion.