JE SUIS LE CHEMIN, LA VERITE ET LA VIE

Jean 14, 6

Vous souvenez-vous ?

Il n’y a pas si longtemps, le mur derrière moi supportait, depuis l’époque du pasteur Bouttier, deux versets, dont l’un nous rappelait «Je Suis le Chemin, la Vérité et la Vie"…

J’y ai repensé durant la semaine dernière pendant que je cheminais sur des sentiers de randonnée avec des amis. Mais aussi à la suite de je ne sais combien de discussions sur ce que veut dire pour nous "être chrétien aujourd’hui".
Sur mon sentier, le tout s’est peu à peu assemblé ; il faut dire que marcher laisse du temps, beaucoup de temps, et nous nous sentons, par moments, un peu plus proches de Jésus et de ses disciples sur les chemins de Galilée ou de Judée.

 

Trois étapes m’ont arrêté au long de notre phrase : la première semble la plus anodine : "Je Suis".

Vous rappelez-vous Moïse devant le "buisson ardent", demandant à Dieu son nom, et s’attirant une réponse à peu près intraduisible en français faute de temps de verbe adapté : "Je suis celui qui est"… ou : " Je suis celui qui suis", ou encore : "Je suis qui je serai"…, et enfin, tout simplement : "Je Suis" : il s’agit du nom de Dieu.
Cette expérience de la rencontre avec Dieu peut être très variée : souffle ténu devant Elie, combat de toute une nuit sur la route de Jacob, braise sur les lèvres d’Esaïe…

Pour certains, ce "Je Suis" sera le Juge Suprême, celui du Jugement Dernier. Beaucoup de passages bibliques nous le présentent ainsi, et, comme ils sont très imagés et spectaculaires, ils occupent facilement notre mémoire et nos peurs. Le Nouveau Testament en contient un certain nombre, mais c’est oublier un autre mot que Jésus nous donne, celui de "Père", celui qui aime et qui accueille.

Enfin, ici, "Je Suis", Jésus, est le chemin qui nous amènera à Dieu. Jésus assume cette identité commune avec celui qu’il nous apprend à aimer ; il va, par l’image du chemin, nous en dire un peu plus.

 

Deuxième étape donc, le long de cette phrase : "le chemin".

Dans beaucoup d’autres passages, le chemin représente le lieu de la rencontre : de Jésus avec la samaritaine, par exemple ; ou avec l’aveugle-né. Ou encore, dans deux paraboles, la rencontre du blessé avec le Samaritain, ou encore le père voyant de loin le fils prodigue lui revenir.
Notre passage est bien sûr aussi cela, et nous y reviendrons, mais ici il devient bien plus : Jésus lui-même est le chemin.
Il ne nous est même pas dit ici qu’il est le "Bon" chemin ! Il est tout simplement le chemin, celui où je me trouve, peut-être sans l’avoir voulu, qui me porte et me supporte ; revenons au fils dit "prodigue" pour mieux comprendre ; ses chemins ont été multiples et tortueux ; mais c’est sur ces chemins-là qu’il a fait l’expérience de la vie, c’est au pire détour de ces chemins qu’il revient sur lui-même, ce sont ces chemins qui vont le reconduire vers l’amour de son père.
"Je Suis" est le chemin sous tous nos pas, qui nous porte et nous accompagne, qui est là pour nous remettre en route lorsque nous nous rendons disponibles pour lui faire signe.

 

Troisième étape, liés à cette idée de "chemin":" la vérité et la vie".

"La vérité" nous est donnée comme liée à la marche et donc aux rencontres faites, évitées, recherchées, refusées, acceptées… et à la réflexion qui peut s’en suivre en continuant notre marche.
C’est le moment de revenir sur quelques unes des rencontres sur les chemins dont nous parlent les évangiles :

  • la femme samaritaine, au puits de Jacob, qui se voit confrontée à sa propre vie,
  • les pèlerins d’Emmaüs, ramenés à leur propre mémoire des Ecritures, et dont le repli sur soi est retourné en nécessité de partager leur expérience
  • plus extraordinaire encore la rencontre avec la syro-phénicienne, où c’est Jésus lui-même qui est contraint de changer d’attitude.

Bon, d’accord, nous pouvons penser que tout le monde ne va pas rencontrer Jésus en personne !

Encore que…

  • il y a la parabole du "bon samaritain" pour nous demander de rester attentifs et disponibles…
  • et cette conclusion d’une autre parabole, celle en Matthieu 25, des brebis et des boucs : "ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait" : c’est l’assurance que Jésus se trouve bel et bien aujourd’hui sur nos chemins.

Et c’est "la vie" qui nous est alors annoncée : être "vivant", c’est ainsi être en chemin vers le Père, disponible aux rencontres sur le chemin, disponibles pour remettre en cause à cette occasion ce que nous pensions jusque-là être la vérité, notre vérité.

Le mot de la fin sera apporté par le contexte de notre verset, dont je n’ai pas encore parlé :

Nous sommes au chapitre 14 de l’évangile selon Jean, qui inaugure une partie très particulière de cet évangile. L’auteur abandonne provisoirement le récit de la Passion, au profit d’un ensemble d’enseignements sur la vie et les difficultés qui attendent les disciples, à la fois "dans le monde", et "pas du monde".

Enseignement pas toujours très concret !

L’image du chemin (nous pouvons dire la parabole du chemin), nous ramène alors aux urgences d’aujourd’hui : une vie de foi ne se résume pas à l’espérance d’un au-delà, qui échappera toujours à notre compréhension ; elle est, avant tout, un travail à accomplir, à la mesure des moyens de chacun, sur le chemin qu’il nous est donné de suivre.

 

Lisez la confession de foi proposée pour ce culte