NE SOYONS PAS DES SEPULCRES

Luc 24, 1 à 8 - Psaume 88, 2 à 14 ; Matthieu 23, 27 à 36

Au matin du premier jour de la semaine, les femmes sont allées chercher Jésus au tombeau. Elles ne savaient pas que Jésus était ressuscité, que le sépulcre était vide, et qu’elles ne trouveraient donc pas le Christ là où elles le cherchaient.
Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? disent les anges aux femmes.

Cette question est aussi pour nous, pour moi.

Nous cherchons, nous aussi, le Seigneur, que ce soit ici, aujourd’hui, ou ailleurs, tout au long de notre vie. Le trouverons-nous là où nous le cherchons ? Là est le problème des femmes au tombeau : elles l’ont cherché là où il n’était pas.

Où cherchons-nous le Christ ?

Les femmes l’ont cherché parmi les morts, alors qu’il est vivant. La recherche n’est donc pas seulement une question de lieu, mais surtout de qualité de l’objet de la recherche. Il s’agit de trouver quelqu’un de vivant. Il faut donc chercher parmi les vivants. Si nous cherchons parmi les morts, nous ne trouverons que la mort. Mais qu’est-ce que chercher parmi les morts où les vivants ?

Chercher parmi les morts.

Une bonne partie des habitants de notre planète a tendance à chercher son salut, son Seigneur ou son Maître, en elle-même. Pensant trouver en eux une étincelle divine, les hommes limitent la religion à une sorte d’introspection susceptible de faire émerger la vérité de leur personnalité. C’est une des formes possibles de la recherche parmi les morts, car plusieurs textes bibliques comparent l’être humain à un tombeau :

  • En Matthieu 23, 27, Jésus identifie les Scribes et les Pharisiens à des sépulcres blanchis, beaux à l’extérieur mais, à l’intérieur, pleins d’ossements et d’impureté.
  • Dans sa lettre aux Romains (chap. 3), l’apôtre Paul cite le psaume 5 en disant : Il n’y a point de juste, pas même un seul ... Nul ne cherche Dieu ... Leur gosier est un sépulcre ouvert.

Ainsi, pour les Ecritures, le genre humain tout entier est à mettre au rayon des articles mortuaires. Les hommes sont des tombes. Voilà bien le drame de l’humanité ; comme les femmes du matin de Pâques, elle cherche dans un tombeau vide, c’est-à-dire en elle-même, la solution à ses problèmes.

Mais, me direz-vous, nous ne sommes pas toujours vides. En bien des cas, nous trouvons en nous quelques réponses ; pas toujours bonnes, certes, mais dire que l’humain est vide ne correspond pas toujours à la réalité. Jésus n’accuse-t-il pas d’ailleurs les Pharisiens, comme nous venons de le citer, d’être des sépulcres pleins d’impuretés ?

Il y a deux sortes de tombeaux : les pleins et les vides.

Les sépulcres pleins (à l’image des docteurs de la loi) sont remplis d’eux-mêmes, de leurs solutions toutes faites, de leurs règles et de leurs idées préconçues. Ils savent tout, ils ont réponses à tout, ils sont imperméables à tout avis ou aide venant de l’extérieur. Convaincus de détenir la vérité, ils se prennent pour Dieu, même s’ils n’osent pas se l’avouer. Le Christ ne peut venir en eux, il n’y a plus de place. Ce sont des tombeaux déjà occupés. Et, comme tout ce qui habite les sépulcres, ils sont morts ; même s’ils s’imaginent être vivants.
Comme tous les tombeaux, ils entretiennent la mort et l’idée de mort, en limitant l’existence à leur seule connaissance et expérience de la vie.

Alors, faut-il être ... des tombeaux vides ?

A priori, cela semblerait préférable ; car si l’on est vide on peut recevoir quelque chose ou quelqu’un ; et pourquoi pas le Christ ? Comme le tombeau de Joseph d’Arimathée qui n’avait jamais servi. Mais Pâques nous place devant un tombeau vide, dans lequel Jésus n’est plus ; et où donc il n’est pas. Et rien ne nous dit que ce sépulcre sera réutilisé. Or, un tombeau non habité n’a aucun intérêt ; ce n’est qu’un trou, c’est-à-dire : rien.
Bien sûr, un tombeau vide ne revendique aucune puissance, aucun mérite, aucune propre justice ; mais il n’apporte riennon plus. En fait, ce qui le caractérise, c’est l’absence de vie.

Alors, faut-il être un sépulcre plein ou vide ?

Peu importe, car les deux situations sont identiques : être rempli de soi-même ou être vide revient au même. Dans les deux cas le Christ est absent, et la vie est vide de sens ; il n’y a pas de vie du tout, c’est le domaine de la mort ; parce que l’on a toujours affaire à un tombeau.
C’est bien l’image que veulent donner les Ecritures lorsqu’elles comparent celles et ceux qui se détournent de Dieu à des sépulcres. Ils sont spirituellement morts, alors qu’à aucun moment les écrivains bibliques n’identifient les hommes et les femmes de Dieu à des tombeaux.

Alors, faut-il être un sépulcre plein ou vide ? Ni l’un ni l’autre : il ne faut pas être sépulcre du tout.

Cette constatation nous conduit à poser la question suivante : qu’est-ce qu’un tombeau ?

Pour répondre à cette question, je comparerai la tombe à un trou noir. Vous savez, ce corps astral qui est si dense qu’il aspire tout ce qui se trouve à proximité et que la lumière même ne peut s’en échapper ; au point qu’il demeure invisible, et que les astronomes ne découvrent sa présence qu’en fonction des dégâts que le trou noir occasionne sur son environnement.

Tel est l’individu sépulcre :

  • Son égoïsme le remplit de tout ce qu’il enlève aux autres.
  • Sa religion, voire son christianisme est mort, parce qu’il est sans Christ, et donc tellement humain, rien qu’humain.
  • Il se contente de rappeler les règles et les traditions du passé et se limite à la pratique des gestes d’autrefois.

Ce christianisme se caractérise aussi par le fait qu’on n’y trouve pas de louanges à Dieu ; car, comme le dit le psaume 88, les morts ne louent pas Dieu. Alors que l’amour de Dieu et la résurrection du Christ nous incitent à lui rendre gloire.

Au matin du premier jour de la semaine, Jésus est sorti du tombeau. Comme, au premier jour de la création, la lumière a jailli de la parole de Dieu.
L’astronomie nous apprend que la lumière ne peut sortir du trou noir, mais à Dieu tout est possible. Lui seul a libéré Jésus du tombeau et a fait surgir la vie de la mort.
Lui seul nous libère de nous-mêmes, de cette mort spirituelle qui nous retient et fait de nous des sépulcres.
Lui seul fait de nos tombes des fontaines de lumière. Jésus est le chemin, le passage, la Pâques qui conduit du sépulcre à la lumière.

Alors ne cherchons pas le Christ, la voie, la vérité et la vie en nous-mêmes et dans le cimetière de nos idées toutes faites. Jésus est ressuscité ! Il nous ouvre à l’espérance et à la vie.

Ne cherchons pas parmi les morts celui qui est vivant.