NE CRAINS RIEN, JE SUIS TON DIEU

Jean 20, 19 à 31 - Esaïe 41, 8 à 13 - 1 Jean 1, 1 à 4

Il semble évident, d'après ce texte, qu'au soir de la résurrection de Jésus, les disciples ne sont pas tranquilles ; à cause des autorités juives, est-il dit au verset 19. Ils craignent que les autorités, après avoir fait mourir le maître, ne s'en prennent aux disciples. Ce qui s'est, hélas, souvent vérifié dans l'histoire. Ces hommes apeurés ont, alors, pris leurs précautions : Ils restent ensemble. A plusieurs on se sent plus forts.
Ils ferment toutes les portes du lieu où ils se trouvent. C'est ainsi que la peur coupe l'individu de la société et le pousse à se replier sur lui-même.
Ces précautions sont humaines et naturelles (l'animal aussi se retire dans sa tanière lorsqu'il a peur), mais elles ne guérissent pas de la peur. Au contraire, car plus on se sépare de celui que l'on craint, moins on le connaît, et plus on l'imagine effrayant. C'est en ce sens que la peur entretient le racisme, et le racisme la peur.
L’imagination joue un grand rôle dans le développement de la peur, car la peur est souvent mentale avant d’être physique.

Dans toute son histoire l'humanité a connu, et connaît encore, la peur ; et elle a développé des moyens de défense :

La fuite, ou le repli sur soi. (On vient d'en parler).

Adam, déjà, voulait fuir loin de Dieu et s'était caché dans le jardin, après avoir mangé le fruit défendu. Il voulait fuir parce qu'il avait peur. Il avait peur de ce Dieu qu’il imaginait en colère et vindicatif, parce qu’il ne le connaissait pas encore.
Cet exemple manifeste que la peur repose beaucoup sur l’ignorance de l’autre.

La mise au point d'armes défensives, selon le dicton : Si tu veux la paix, prépare la guerre.

Cela va des arguments de défense jusqu'aux arsenaux énormes que l'humanité a rassemblés à notre époque. Avons-nous créé la paix pour autant ? Non, car ces armes se vendent ; et si elles ne sont pas utilisées chez nous, elles le sont tellement ailleurs. Encore que, parfois, elles sont aussi utilisées chez nous. Et puis, même si elles ne sont pas utilisées, la crainte qu'elles le soient suffit pour entretenir, voire décupler la peur.

La contre-attaque ? Par le biais de l'accusation, déjà.

Si par mes arguments, je parviens à déstabiliser mon adversaire, je le mets en état de faiblesse ; et c'est lui qui a peur. Si mon accusation repose sur des preuves établies, il se peut même qu'elle me crée des alliés.
Cette contre-attaque peut aussi être guerrière. On parle alors d’une opposition armée. Parce que quitte à mourir de peur, autant mourir en combattant ? C'est finalement moins pénible à supporter que l'angoisse passive. L'animal aussi réagit de cette façon.

Ces moyens apportent-ils la paix ?

Non, au contraire. Car, même si le repli sur soi, le fait de se cacher, sauve des vies, il ne libère pas de l'angoisse intérieure. Or la vraie paix est intérieure.
Ces moyens n’apportent pas la paix, car ils sont tous des moyens de division, de séparation ; et donc de méconnaissance. Ils entretiennent le péché, la séparation ; ils sont le péché.
Il semble établi que, dans l'histoire, ce que nous appelons le mal trouve son origine dans la peur, très présente dans les sociétés primitives.
Nous avons tendance à positiver ces sociétés (dites « primitives » dans le sens de « premières », et non « d’attardées »), mais, pour la plupart, ce sont des sociétés qui vivaient, ou qui vivent encore, en vase clos et qui, par là-même, entretiennent l’ignorance à l’égard de l’autre. Allant jusqu’à bâtir des histoires, des mythes, pour mieux se séparer des autres peuples et sociétés. Or la méconnaissance de l'autre engendre toujours la peur. Pour connaître la paix, il faudrait aller à la rencontre de l'autre et faire du chemin avec lui. Mais la peur paralyse. Comment faire alors ? Le salut ne peut venir que de l'autre, que de celui qui fait le chemin vers nous. C'est ce que Jésus-Christ fait lorsqu'il nous apporte la paix.

 

Jésus se présente au milieu des disciples et il dit : La paix soit avec vous ! Non comme une simple salutation passe-partout, un shalom, ou un bonjour classique que nous prononçons souvent machinalement, sans y penser ; alors que shalom signifie « paix », et que souhaiter une bonne journée à nos voisins est déjà tout un programme.

La parole du Christ apporte, crée la paix. A une condition, cependant. Cette condition, c'est que les disciples croient, car la paix est subjective, intérieure. Elle n'est pas plaquée sur la peur, elle ne cache pas l'angoisse, mais l'élimine.
Même si la parole du Christ crée la paix, ce n'est pas indépendamment de la foi. Que faut-il croire pour connaître la paix ? Il faut croire que cette parole, et donc cette paix, est vraie. Et cette paix ne peut être vraie que si c'est Jésus qui la donne. Voilà pourquoi Jésus prend le temps de se faire reconnaître par les disciples.

Dès qu'il a prononcé cette parole, Jésus montre ses mains et son côté, à ses disciples. Il le fera une deuxième fois devant Thomas, 8 jours plus tard ; après avoir, une nouvelle fois, apporté la paix. Car si c'est bien Jésus qui est là, les disciples n'ont pas à le craindre comme s'il s'agissait d'un inconnu ; ils le connaissent, lui et son amour pour eux.
Si c'est bien Jésus qui est là, cela signifie qu'il est ressuscité et qu'il est plus fort que la mort.
Dans ce cas, les agressions possibles des hommes sont relativisées, car, en fin de compte, c'est surtout la mort que l'on craint. Et si Christ est plus fort que la mort, on est en paix.

Alors une paix intérieure naît dans le cœur des disciples ; une paix qui ne dépend pas des circonstances extérieures, des précautions humaines, mais de la foi en la résurrection du Christ. De la foi en la présence du Christ. Parce que Jésus est toujours avec nous, nous ne sommes plus seuls, et nous n'avons plus peur.
De la foi en la divinité du Christ. C'est le témoignage de Thomas.

 

Mon Seigneur et mon Dieu !

Thomas prononce ces mots en reconnaissant Jésus ressuscité qui se présente à lui.

Pourquoi a-t-il cette exclamation ? Est-ce seulement une phrase qui dénote la surprise ? C’est peu probable :
Parce que Thomas est juif, et parce qu’un Juif n’emploie pas le nom de Dieu pour manifester la surprise.
Parce qu’il s’agit d’un texte biblique, et la Bible n’utilise pas le nom de Dieu à tord et à travers. Chaque fois qu’elle emploie le nom de Dieu, c’est à bon escient. Cet emploi a du sens. C’est le cas ici. Thomas reconnaît en cette personne qui se tient devant lui en cet instant, Jésus, son maître ressuscité. Et c’est tellement énorme, qu’il laisse échapper cette reconnaissance : à savoir qu’il confesse qu’il a devant lui : son Seigneur et son Dieu !
Il n’y a pas tant que cela, dans la Bible, des témoignages de la divinité de Jésus. Cette annonce est trop importante pour être prise à la légère. Or cette parole de Thomas est l’une des plus explicites. Elle émane d’ailleurs de quelqu’un qui, quelques secondes plus tôt, ne croyait pas en la résurrection.
Jésus est d’accord avec l’assertion de Thomas et, par là-même, il se reconnaît comme étant Seigneur et Dieu.
Jésus est d’accord avec Thomas puisqu’il ajoute : « Parce que tu m’as vu, tu as cru ; bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru. »

 

Jésus est Dieu et il est présent parmi nous. Nous pouvons nous reposer, alors, sur cette parole de Dieu à Esaïe (41, 10) : Ne crains pas, car je suis avec toi ; n’aie pas ce regard anxieux, car je suis ton Dieu.

La paix vient de notre acceptation de vivre en ayant un Dieu. Voyez-vous, c'est très lourd à porter que de vouloir être Dieu soi-même. Chercher à jouer un rôle pour lequel on n'est pas fait, c'est aussi une cause de peur.

 

Dieu nous libère de la peur en se révélant en Jésus-Christ.
Jésus nous révèle l'amour et la puissance du Père ; les deux vertus étant manifestées par la mort et la résurrection du Christ.
Qu'avons-nous à craindre ?
Le Dieu d'amour et tout-puissant nous prend en charge et nous donne sa paix.

Que la paix de Dieu soit avec vous.