L'ORIGINE DE L'UNITE

Genèse 11, 1 à 9 – Actes 2, 1 à 36 – Jean 12, 31 à 36

Vous vous tenez au courant de l'actualité ? C'est relativement facile, il se passe toujours la même chose ; on nous parle essentiellement de conflits, politiques, sociaux ou militaires, ou les trois emmêlés, le plus souvent. Ces conflits se déplacent mais sont identiques les uns aux autres. Il semble que l'Afrique, par exemple, soit en train de vivre ce que l'Europe a connu il y a quelques siècles ou décennies. Quant aux conflits sociaux (riches contre pauvres), ils sont toujours les mêmes depuis l'antiquité.

On n'a donc toujours pas trouvé la solution à la division ; malgré les efforts de la diplomatie, ou la crainte des armes nouvelles.

Comment faire pour créer enfin l'unité ?

Le livre de la Genèse raconte comment l'humanité a cru, un jour, y parvenir.

C’est l’histoire de la Tour de Babel.

Les hommes se rassemblent à partir d'une idée. Laquelle ? Bâtir, réaliser quelque chose de grand, atteindre le ciel et se faire un nom.

Tout ceci, dans la crainte d'être dispersés sur la face de toute la terre (Gen 11, 4).

Cette idée a fait des émules. Ce type de projets est toujours d'actualité. Il a pour fondement : la glorification de soi.

L'idée de base est que si l'on reste groupé, on sera fort. Cette puissance du groupe doit constituer une sécurité pour chaque membre qui le compose. Quitter le clan serait un affaiblissement ; or, comme personne n'aime être faible, la communauté restera unie.

La force du groupe fait l'unité. Dans ce but on utilise la volonté naturelle de l'être humain d'être puissant. On en est toujours là, lorsque, par exemple, des entreprises s'unissent pour devenir plus puissantes et dominer les concurrents ; quand des pays s'allient, non par amitié entre les peuples, mais par calcul, pour s'opposer plus efficacement à d'autres alliances.

On fait miroiter la puissance par des réalisations grandioses ; dans l'épisode de la Tour de Babel, c'est une tour qui doit atteindre le ciel. Mais l'humanité a, depuis, inventé bien d'autres projets pour créer artificiellement l'unité. Il est connu que des pouvoirs fragilisés par la division interne recherchent souvent l'unité en enrôlant le peuple pour une guerre.

On promet, par ce moyen, une gloire universelle, la renommée : Faisons-nous un nom ! disent les hommes de Babel.

Est-ce vrai ? Est-ce le bon moyen ? La force du groupe permet-elle de créer l'unité ? Que nous révèle la suite de l'histoire de Babel ?

La tentative de Babel s'est soldée par un échec. Le résultat fut pire que la position initiale. C'est la dispersion que ces hommes redoutaient qui s'est produite. On a même l'impression que cette dispersion est la conséquence directe de leur action. Peut-être seraient-ils restés ensemble s'ils n'avaient pas eu l'idée de s'élever. L'expérience montre que c'est souvent le cas. En effet, pour créer l'unité, les notions de force et de puissance sont exaltées. Il est alors inévitable que chaque membre du groupe reprenne cette idée à son compte. Si ma communauté est puissante, c'est que je le suis moi-même ; et puisque je suis fort, je ne vais pas me laisser marcher dessus. Je vais, au contraire, imposer ma volonté aux autres. Tout le monde agissant ainsi, les divisions et la dispersion sont inévitables.

C'est ainsi que l'on découvre que la force du groupe ne fait pas l'unité, contrairement à ce que les gangs en tous genres peuvent croire, ainsi que les religions qui se veulent conquérantes.

C'est l'humilité de chaque membre de la communauté qui permet à celle-ci de rester unie. La question est donc : Comment parvenir à l'humilité ? Quelle est l'anti-Tour de Babel ?

L'anti-Tour de Babel, c'est la Pentecôte.

L'expérience de la Tour de Babel, c'est le passage d'un même langage à des langues différentes, et donc à l'incompréhension, à cause de l'orgueil personnel et collectif.

Le brouillage des langues n'est qu'une image de la rupture de relation due à la volonté individuelle de dominer sur autrui.

A l'opposé, l'expérience de la Pentecôte, c'est le passage de la diversité des langues, signe de l'incompréhension et du manque de relation, à la communion et au partage d'une même joie. Qu'est-ce qui suscite ce passage ? C'est l'attitude des chrétiens de Jérusalem qui, au lieu de se glorifier eux-mêmes, louent le même Seigneur, le Christ.

Il est vrai que le don de l'Esprit est la manifestation de la glorification du Christ. Pierre présente les choses ainsi : Jésus a été élevé par la puissance de Dieu ; il a reçu le Saint-Esprit et l'a répandu (Act 2, 33). Jésus avait annoncé aux disciples que l'Esprit le glorifierait en rappelant ce qu'il avait enseigné (Jean 16, 13-15).

Le don de l'Esprit n'a pas de rapport avec la glorification de l'homme. L'être humain ne reçoit pas l'Esprit parce qu'il a acquis suffisamment de mérites ou de dignité en fonction de ses vertus, qualités ou œuvres ; sinon le don de l'Esprit aurait pour but de glorifier l'être humain.

L'Esprit n'est pas accordé, non plus, pour manifester d'avantage de puissance, y  compris la force de la parole, afin de mieux convaincre, persuader ; et donc dominer, comme le croient certaines Eglises. Sinon, là encore, l'Esprit nous conduirait au culte de la puissance, a l'opposé de ce que Jésus a vécu et enseigné.

L'Esprit de Dieu nous fait entrer dans une démarche d'amour et de service.

Le don de l'Esprit est lié à la glorification du Christ.

L'unité n'est possible que par l'élévation du Christ, dans l'histoire et dans le monde.

Si tous les peuples, toutes les idéologies, et toutes les religions exaltaient le Christ et non eux-mêmes, l'unité serait une réalité.

L'unité n'est possible que par l'élévation du Christ en soi.

Les Ecritures nous invitent à ne pas regarder à nous-mêmes, mais au Christ. Lui seul mérite d'être glorifié. C'est lui qui a atteint le ciel. C'est son nom qui est au-dessus de tout nom.

C'est en lui qu'on est rassemblé pour former une unité.

L'Esprit n'est peut-être pas autre chose que la prise de conscience que seul Jésus-Christ est le Seigneur. Et ce passage du moi au Christ suffit à réorienter et à transformer la vie tout entière.

Curieusement, dans l'Evangile, l'expression : élévation du Christ fait allusion à sa mort (Jean 3, 14.15 ; 12, 32.33). Ce qui bouscule notre façon de penser, et nous révèle qu'on ne s'élève pas dans l'orgueil et la puissance, mais dans l'humilité et le don de soi. C'est ce que Jésus est venu manifester.

Depuis la Tour de Babel, l'humanité avait besoin de cette rectification.

Jésus nous montre et nous ouvre la voie de l'humilité. Il est le chemin ; marchons-y avec lui.

Jésus nous montre et nous ouvre, aussi, la voie de l'unité. Tant que notre recherche de l'unité n'intègrera pas l'hypothèse de notre mort en tant que groupe idéologique, pour que seul Christ soit glorifié, cette unité ne se fera pas.