HISTOIRE DE LA DEMEURE DE DIEU

Actes 1, 1 à 11 – Ex 29, 42 à 46 – Jean 14, 22 à 29

Pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ?

Cela vous arrive-t-il de lever les yeux au ciel ? C'est important de le faire. C'est peut-être ce qui a permis à l'être humain d'être ce qu'il est, par opposition à l'animal. Car en se mettant debout, il a pu lever les yeux au ciel et placer dans ce ciel tout ce qui le dominait, notamment Dieu.

Mais qu'est-ce que le ciel ? Les anciens le voyaient comme un lieu déterminé. Dans l'optique scientifique d'un univers sans limite, la question reste sans réponse. Alors, où est Dieu ? Où demeure-t-il ? L'humanité s'est toujours posé cette question ; et elle a tenté quelques réponses.

La demeure de Dieu

Il semble que la localisation de Dieu dans le ciel soit très ancienne et très générale. C'est peut-être la première pensée humaine en ce qui concerne la demeure de Dieu. Sans doute parce que l'homme a naturellement divinisé les astres qui sont dans le ciel.

Mais l'homme n'a jamais été totalement satisfait de cette localisation de la demeure de Dieu. Parce que le ciel, c'est loin, même si on ne croit pas à un univers infini. Et parce que l'être humain aime avoir ses dieux à portée de main, voire sous la main. C'est pourquoi il leur a fait des demeures terrestres : des demeures naturelles : montagnes, fleuves, arbres ..., et des demeures faites par l'homme : les temples.

Ainsi l'homme a fait habiter Dieu sur la terre.

Est-ce contraire à la volonté de Dieu ? Il est difficile de répondre. Parce que nous ne sommes pas Dieu, et parce que Dieu lui-même a, selon l'auteur du livre de l'Exode, accepté d'avoir un temple. Effet, en Exode 25, 8, il est écrit : Ils me feront un sanctuaire, et j'habiterai au milieu d'eux.

Même si l'on peut soupçonner cette volonté d'être plus humaine que divine, on ne peut nier que l'Ecriture tout entière témoigne du désir de Dieu d'être au milieu de son peuple ; étant entendu que Dieu préférerait que l'être humain aspire à une présence divine plus spirituelle et moins symbolique.

Quoi qu'il en soit, l'habitation de Dieu sur la terre entraîne des conséquences :

   –   Dieu est proche, il fait partie de la vie. Le contact est plus facile. Les intermédiaires sont moins nécessaires.

   –   Mais Dieu perd de sa transcendance, de son prestige, de sa puissance.

   –   Enfin, la localisation de Dieu entraîne la sacralisation de lieux particuliers ; donnant naissance à des pèlerinages sur des lieux soit disant "saints", avec tout ce que cela implique de commerce religieux, de fétichisme et d'injustice. Les habitants des lieux "saints" étant privilégiés et jouissant d'un meilleur "salut" que les autres.

Dieu  va-t-il  revenir en arrière et rester dans le ciel, loin des hommes ? Non, car il nous aime et ne supporte donc pas la séparation. Le péché est d'ailleurs, dans la Bible, cette séparation entre l'être humain et Dieu, l'homme décidant de vivre indépendamment de Dieu. L’homme a-t-il construit des temples pour s'opposer à cette volonté d'indépendance ? Pas vraiment, parce que, pour l'homme, c'est plus un moyen de contrôler Dieu que d'être inspiré par lui.

Toute l'action de Dieu a essentiellement pour but la fin de la séparation. C'est pourquoi il fait un pas de plus dans la proximité. Il ne se contente pas d'habiter un temple.

Dieu s'incarne en Jésus.

Désormais, Dieu vit parmi les hommes. Curieusement il dit qu'il n'a pas un lieu où reposer sa tête (Luc 9, 58) ; alors qu'il aurait dû, normalement, habiter le temple de Jérusalem, son temple. Mais Jésus est le temple vivant. Détruisez ce temple et en 3 jours je le rebâtirai (Jean 2, 19), dit-il en parlant de son corps et de sa résurrection.

Désormais tous les temples de pierre sont périmés. C'est pourquoi on peut adorer Dieu dans n'importe quel cadre.

Tous les lieux "saints" sont caducs. Ce n'est ni à Jérusalem, ni sur le Mont Garizim qu'il faut adorer Dieu, dit Jésus à la femme samaritaine, mais en esprit et en vérité (Jean 4, 21-23).

Par sa présence, Jésus libère les hommes et les femmes du sacré, des rites et des traditions liturgiques. Mais cette ouverture n'est pas totale. En effet, tant que Jésus est physiquement là, un lieu reste particulier : celui où il se trouve. Et certains sont privilégiés : ceux qui sont en sa présence. C'est pourquoi Dieu a prévu de faire encore évoluer l'histoire de sa demeure avec les hommes.

Dieu est présent spirituellement en l'être humain, par  la venue de l'Esprit saint. Et, par là même, les croyants deviennent le temple de Dieu (1 Cor 3, 16).

Mais l'évangile selon Jean rend la venue de l'Esprit dépendante du départ, de l'ascension de Jésus. En effet, en Jean 16, 7, Jésus dit aux disciples : il vous est avantageux que je m'en aille, car si je ne m'en vais pas, le Saint-Esprit ne viendra pas vers vous.

De ce verset, on peut conclure ceci :

   –  Tant que l'humanité sera attachée à une présence physique de Dieu sur terre, elle ne sera pas libérée du sacré et ne parviendra pas à une adoration en esprit. C'est pourquoi Jésus retourne vers son Père. Si Jésus était resté, les chrétiens seraient renfermés et figés en un lieu précis. Jésus part pour que les disciples ne s'installent pas en se reposant sur lui. Contrairement à ce que voulait faire Pierre sur le mont de la transfiguration (Mat 17, 4), nous ne sommes pas appelés à dresser des tentes (ou encore des temples) et à nous installer. Jésus part pour que la communauté parte en mission et ne s'installe pas dans une institution. C'est pourtant, hélas, ce que deviendra l'Eglise : une institution censée manifester la présence de Dieu sur terre. Mais au prix, comme toujours, d'une tentative de limitation et de contrôle de cette présence.

   –  La présence du Christ en nous est préférable à sa présence avec nous. La relation Dieu/être humain se poursuit alors dans la communion. C'est l'aboutissement de l'histoire de la demeure de Dieu : Dieu en nous. Non de façon naturelle, mais en vertu de l'amour, de la volonté et de la grâce de Dieu. Ce n'est pas nous qui montons vers Dieu, c'est Dieu qui descend vers nous et en nous.

Cette présence de Dieu est-elle automatique, parce que c'est l'œuvre de Dieu ? Non, la présence de Dieu est dépendante de l'amour.

De l'amour de Dieu pour nous. C'est parce qu'il nous aime que Dieu a enclenché tout ce processus de descente et de communion. L'ascension de Jésus qui permet la venue de l'Esprit est encore une marque de son amour, et cet amour là est assuré.

Mais la présence de Dieu est aussi dépendante de notre amour pour Dieu. Jésus dit aux disciples (Jean 14, 23) : Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera, nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui. Dieu n'impose pas sa présence. Il ne nous possède pas, comme on parle de possession démoniaque. Il manifeste son amour et s'offre à la communion en espérant notre amour. Si nous l'aimons en retour, il fait sa demeure en nous.

Pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ?

Pour voir Dieu, dans un lieu précis et saint ? Alors, inévitablement, comme dit le texte, vous vous arrêtez, vous restez bloqués, figés sur place, morts.

Dieu nous a donné la vie par l'Esprit. L'Esprit nous conduit à voir en tout être humain un temple de Dieu, et notre amour pour Dieu s'accompagne alors de l'amour pour le prochain.