AVONS-NOUS PEUR DE PÂQUES ?

Marc 16, 1 à 8 – Ezéchiel 37, 1 à 14  –  Colossiens 3, 1 à 4

En relisant ces versets, j'ai été frappé par quelques termes qui reviennent à plusieurs reprises, et sur lesquels Marc insiste plus que les autres évangélistes. Des mots qui expriment la peur :

   –    Elles furent épouvantées (NBS = Nouvelle Bible Segond), ou saisies de frayeur (TOB = Traduction œcuménique de la Bible) (v.5).

       Ne vous épouvantez pas (NBS), ou Ne soyez pas effrayées (TOB) (v.6).

       Elles s'enfuirent (v.8).

       La peur et le trouble les avaient saisies (NBS), ou Elles étaient tremblantes et bouleversées (TOB) (v.8).

       Elles ne dirent rien à personne, à cause de leur effroi (NBS), ou car elles avaient peur (TOB) (v.8).

Six mentions de la peur, en 8 versets, avec 5 termes différents :

  • Θαμβεω (tambéo) : L'épouvante (NBS), ou l’effroi (TOB).
  • φευγω (feugo) : prendre la fuite.
  • τρoμoς (tromos) : le tremblement.
  • εκστασiς (ektasis) : extase, trouble.
  • φοβος (fobos) : phobie, peur).

Les femmes parties au tombeau de Jésus, le matin du premier jour de la semaine, ont peur. Pourquoi ont-elles peur ?

Le récit de Marc donne des causes possibles, telles que :

Les événements précédents ?

Il est vrai que l'arrestation et la mort de Jésus n'ont pas de quoi rassurer ses amis. Ne risquent-ils pas, eux aussi, de subir une persécution de la part des autorités ? N'est-ce pas finalement dangereux de se rendre si tôt au tombeau de Jésus ?

Tous ces événements ont de quoi créer une psychose. Et on peut comprendre que ces femmes ne soient pas très rassurées en se rendant au sépulcre.

Mais ce n'est pas en fonction des événements passés que Marc parle de la peur des femmes.

Peut-être le souci de l'ouverture du tombeau ?

Celui-ci était fermé par une lourde pierre circulaire, qui ne pouvait être roulée que par plusieurs hommes.

Le texte dit bien que les femmes se posent la question de l'ouverture : Qui nous roulera la pierre (v.3) ? Mais si c'est un souci, ce n'est pas une peur. On n'a pas peur d'un tombeau fermé (encore que certains n'aiment pas les cimetières), mais plutôt d'un sépulcre ouvert.

C'est d'ailleurs ce qui se passe ici : le texte ne parle pas de peur avant que les femmes aient vu la pierre déjà roulée, mais après.

Le sépulcre ouvert est peut-être cause de peur.

C'est habituellement inquiétant, surtout si on ne s'y attend pas. Peut-être est-ce, par la vision du tombeau ouvert, la mort qui fait peur ; la relation trop directe avec elle, parce qu’il n'y a plus la pierre qui nous sépare.

Est-ce de la mort que les femmes ont peur ? Pas vraiment. Elles venaient bien pour embaumer le corps de Jésus, et donc voir la mort de près.

En fait, le sépulcre ouvert n’est pas une des causes de l’effroi des femmes. C'est en fonction d'un autre fait que le texte parle de la peur.

La présence d'un jeune homme assis dans le sépulcre.

C'est en le voyant que les femmes ont peur. Il n'a pourtant rien d'effrayant en soi ce jeune homme : ce n'est pas un monstre, c'est un jeune homme normal, comme tous les jeunes hommes. Le fait qu'il soit habillé en blanc n'est pas un motif supplémentaire de crainte. D'ailleurs, il est même rassurant : il leur dit, tout de suite, de ne pas avoir peur. Il leur annonce la Nouvelle susceptible de faire disparaître toutes les craintes : Jésus est ressuscité !

Croyez-vous que cela ait marché ? Que, du coup, ces femmes aient retrouvé leur calme, leur équilibre ? Qu'elles se soient tranquillement assises pour demander des éclaircissements au jeune homme, qui ne demandait peut-être que ça ? Pas du tout. Elles sortent du sépulcre et s'enfuient, visiblement de façon précipitée, elles ne se contrôlent plus, elles sont paniquées. Le texte (v.8) parle de phobie, de tremblement et d'extase ; ce sont des termes forts.

Il y a, d'ailleurs, un crescendo, depuis le début du texte, dans les termes qui expriment la peur. C'est cela qui est curieux : plus les nouvelles sont rassurantes, et plus les femmes ont peur :

La pierre est déjà roulée ! Elles s'inquiètent.

Un jeune homme les renseigne ! Elles s'affolent.

On leur dit que Jésus est ressuscité ! Elles paniquent.

On peut se demander, d'ailleurs, si elles ont bien compris l'annonce de la résurrection, parce qu'elles ne l'ont répétée à personne, dit Marc. Elles étaient, peut-être, déjà trop affolées pour saisir le sens de l'annonce. Comme quoi la peur peut être un handicap à la réception de l'Evangile.

Quelle est cette peur qui change les bonnes nouvelles en mauvaises ?

Les raisons de la peur des femmes, c’est, en fait, la nouveauté, le changement, l'inattendu, l'inconnu …

Elles avaient tout prévu, les Marie et Salomé ; elles allaient au sépulcre avec les aromates, on leur ouvrait le tombeau (là, une question restait en suspend : qui serait ce "On" ? Mais elles finiraient bien par trouver quelqu'un), elles embaumaient Jésus et elles rentraient chez elles.

Mais les choses se sont passées tout autrement. C'est cela qui fait peur : une situation nouvelle, inconnue.

L'inconnu fait toujours peur. C'est la base même de la réaction animale face à l'étranger ; que l'on appelle ainsi, parce qu'il paraît "étrange", différent. C'est pourquoi on a toujours tendance à se joindre à ceux qui nous ressemblent.

Or plus les choses avancent, dans cette histoire, et plus elles sont étranges : la pierre roulée, passe encore, mais un jeune homme (inconnu d'ailleurs) dans le tombeau, à la place du corps de Jésus, c'est bizarre. Et puis alors, la résurrection ! Ça, c'est complètement fou ! Face à cette nouvelle, il n'y a qu'une seule issue : la fuite.

C’est finalement, la résurrection qui fait peur.

Elle fait peur car elle sort de  l'ordinaire. Ce qu'on connaît, c'est le passage de la vie à la mort. On nous en parle tous les jours, c'est même trop commun. Mais le passage de la mort à la vie, ça c'est bizarre. Le pire, c'est que même la résurrection spirituelle nous fait peur, parfois. Vous savez, ce qu'on appelle aussi la conversion ; le changement intérieur qui devient extérieur, la nouvelle naissance. On connaît tellement de cas de personnes qui ont mal tourné, que l'inverse nous étonne et nous rend circonspects. D'emblée, face à la conversion, l'homme naturel se méfie.

Avons-nous de la peine à croire à la nouvelle naissance, à la résurrection ? Car elle nous place devant l'inconnu. L'ancienne nature, on la connaît bien, mais cette nouvelle vie qui sort du tombeau de nos prévisions, que va-t-on en faire ? Ou plutôt, que va-t-elle faire de nous ? Car c'est le Christ qui ressuscite et nous anime par son Esprit. C'est lui qui nous rend vivants. Et c'est peut-être cela le plus effrayant :

 Etre à lui, ne plus s'appartenir.

  • Avons-nous peur de cette résurrection ?
  • Avons-nous peur de sa résurrection qui entraîne la nôtre ?
  • Avons-nous peur d'être différents, nouveaux, inconnus à nous-mêmes ?
  • Avons-nous peur de Pâques ?

 Avons-nous peur de Pâques ?

Si c'est le cas, il reste deux possibilités :

Fuir le changement, la nouveauté, la vie, comme les femmes au tombeau ; et donc n'en parler à personne ; et rester prisonniers de nos peurs et de nous-mêmes. Ce choix n'entraîne, en effet, aucune libération de la peur. Ce n'est donc pas la solution.

Ou faire confiance à Dieu ; le laisser souffler le souffle de vie sur nos ossements desséchés, pour oser la nouveauté, l'inconnu et la vie ; y compris en nous-mêmes, car là est, je crois, la vraie résurrection.

L'être humain a naturellement peur de tout ce qui est nouveau et inconnu. Ces peurs sont génératrices de toutes les privations de liberté, pour soi-même, comme pour les autres.

Comme toujours, Dieu traite ce problème en profondeur. Pour nous éclairer et nous libérer de cette peur, il nous propose la nouveauté et l'inconnu par excellence : la résurrection. Et pour la vivre, il nous donne la foi, la confiance. Faisons le saut dans l'inconnu avec lui.