QUI PRÊCHE QUOI ?

Marc 1, 29 à 39 – Romains 10, 9 à 17  –  1 Corinthiens 9, 16 à 22

L'Evangile est communication. Pour une question de survie, déjà. Car comment les hommes entendront-ils parler de Jésus, si personne ne prêche, dit Paul aux Romains (10, 14). Il est évident que si personne ne parle de Jésus, il sera vite oublié.

L'Evangile ne naît pas naturellement en l'être humain. Et il ne vient pas d'en haut indépendamment d'un message dit et répété.

S'il n'y a pas communication de l'Evangile, il n'y a plus d'Evangile.

L'Evangile est communication, parce qu’il est un produit de l’amour. L’Evangile n’existe que parce que Dieu nous aime.

D’autre part, l’Evangile produit l'amour. Or l'amour conduit à la relation, à la communication. En effet, lorsqu'on aime on entre naturellement en relation avec la personne aimée.

Mais jusqu'où va cette communication ? Le texte de Marc 1, 29-39 permet de donner quelques éléments de réponses, car voilà un récit qui présente des situations de communication. Comme dans tous les passages des évangiles dans lesquels Jésus est à l'œuvre.  Jésus était un homme de relation extraordinaire.

Aujourd’hui, je vous propose donc un récit qui présente des situations de communication, même si certains passages peuvent nous surprendre ; comme celui que nous allons étudier.

Dans ce récit, Jésus se présente comme un artisan de la communication. On le trouve à la synagogue de Capernaüm. Il prêche, il enseigne (Marc 1, 21). Il s'approche de la belle-mère de Pierre (1, 31), et il la guérit. Il guérit beaucoup de gens ce soir-là (1, 33). Puis il va prêcher dans d'autres villages et d'autres synagogues (1, 38. 39). Il profite de toutes les occasions pour prêcher. Paul s'est sans doute inspiré de lui, lui qui écrivait à Timothée : Prêche en toute occasion, favorable ou non (2 Tim 4, 2).

En fait, nous verrons, tout à l'heure, que Jésus ne prêchait ni n'importe où, ni n'importe quand, ni n'importe comment.

Non seulement Jésus communique, mais il forme ses disciples à la communication. Car les disciples communiquent ; et cette communication se fait de deux façons :

On parle de la belle-mère de Pierre à Jésus (Marc 1, 30). Cette communication est de l'ordre de la prière d'intercession. Cela revient à parler de quelqu'un à Dieu, afin qu'il intervienne dans la vie de cette personne et la sauve. Jésus intervient tout de suite et guérit. C’est la deuxième guérison opérée par Jésus, dans cet évangile selon Marc, après la libération du démoniaque, aux versets 21 à 28 de ce chapitre 1er.  Mais est-ce qu’un exorcisme est du même ordre qu’une guérison ? D’autant plus que la guérison de la belle-mère de Pierre s’est presque faite incognito. La libération du démoniaque, elle, a beaucoup étonné et interpelé les témoins de la scène. Au point (dit le verset 28) que la renommée de Jésus se répand dans toute la région. Jésus a-t-il, aussi, été étonné de ce don de guérison et de cette notoriété ? On peut se poser la question, étant donné l’attitude même de Jésus, et sa façon de mettre fin momentanément à la communication, par la suite (nous y reviendrons). Mais revenons, déjà, à cette soirée de guérison, où, après avoir guéri la belle-mère de Pierre, Jésus est confronté à d’autres malades.

Car, la deuxième forme de communication à laquelle Jésus est confrontée provient du fait qu’on lui amène des personnes à guérir. Cette communication est de l'ordre de l'évangélisation. Ce n'est pas à Jésus que l'on s'adresse, comme dans le cas de l'intercession, mais aux humains.

Cette communication-là est plus délicate que la première. Quand on s'adresse à Dieu, il n'y a aucune précaution à prendre, il n'y a pas de règles à respecter, Dieu est toujours tout ouïe. Mais quand on s'adresse aux gens, il faut tenir compte de leurs traditions, de leurs habitudes, de leurs coutumes. C'est pourquoi, dans le texte, c'est après le coucher du soleil que ces personnes viennent voir Jésus. Elles ont attendu la fin du sabbat pour aller consulter le grand médecin. La communication est plus libre quand Jésus en prend l'initiative : il a guérit la belle-mère de Pierre pendant le jour du sabbat.

Les gens viennent à Jésus avec leur vision des choses, leur attente personnelle qui ne correspond pas toujours à ce que Dieu désire donner. On se demande même si cette démarche des personnes qui s'approchent de Jésus est toujours volontaire, car, écrit Marc, on amène des malades à Jésus. Qui est ce on ? Le texte veut sans doute souligner le fait que ces malades n'étaient pas capables de se déplacer tout seuls.

Sans doute de nombreux artisans de cette communication sont-ils attirés par le miracle. Comment le leur reprocher quand la santé d'un parent ou d'un ami est en jeu ? C'est peut-être pour cette raison que le lendemain tous cherchent Jésus, comme ceux qui plus tard mangeront les pains et les poissons, et qui voudront couronner Jésus. Est-ce la raison pour laquelle Jésus est sorti très tôt le lendemain de la soirée de guérison ? Et dans un lieu désert ?

Jésus a répondu à l'attente de ces personnes, il a guéri les malades, mais il a mis fin à cette communication.

Oui ! Jésus met fin à la communication en se retirant au désert.

Jésus met fin à la communication en disant aux disciples : Allons ailleurs, alors que tous le cherchent. Etrange façon de faire : n’est-ce pas un des buts de l’Evangile : que tous cherchent Jésus ? Pourquoi Jésus fuit-il la foule ?

Et bien, Jésus fuit la foule pour prêcher ailleurs (v. 38), là où on ne l'attend pas, là où on ne le cherche pas, là où il sera reçu (ou non) sans idée préconçue, là où il aura la liberté d'annoncer vraiment l'Evangile, et non la religion que les hommes ont envie d'entendre. Une religion que l'on fait dire à Jésus en détournant son message. Une religion « intéressée » par les pains et les poissons.

Jésus met aussi fin à la communication en interdisant aux démons de parler de lui (Marc 1, 34). Pourquoi cette interdiction ? Ne font-ils pas de la publicité gratuite pour Jésus ?

Jésus interdit aux démons de parler de lui, parce que tout le monde croit que ce sont des démons qui s'expriment dans ce cas. Et s'ils annoncent le Christ, cela signifie que Jésus et l'Evangile ne sont pas de Dieu, mais des démons. Il faut que les choses soient claires : si l'Evangile est de Dieu, alors c'est le Christ, Dieu qui l'annonce et non les hommes ou les démons.

D’autre part, Jésus interdit aux démons de parler de lui, parce que les démons pensent connaître Jésus (v. 34) ; ils font de lui leur affaire, comme tant d'hommes et de femmes possédés par eux-mêmes, remplis d'eux-mêmes, qui pensent connaître Jésus, et qui l'annoncent mal parce que, en fait, ils se prêchent eux-mêmes. C'est pourquoi Jésus leur interdit de parler de lui. D'où cette question à se poser quand nous évangélisons : de quel esprit sommes-nous animés ? Du nôtre ou de celui du Christ ?

Ce récit nous révèle donc que Jésus met fin à la communication lorsque cette communication devient propriété de l'homme ; lorsqu’elle est un moyen par lequel le message, la religion humaine se répand. C'est ce qui se passe lorsque l'être humain croit savoir de quoi l'Evangile est fait, lorsqu'il fait de la prédication de l'Evangile son affaire.

Faut-il, alors, se taire et ne pas communiquer sa foi ? Non ! Car Jésus répond aux attentes, même lorsque celles-ci sont fausses. Il est vrai que ses réponses sont souvent autant de nouvelles questions, pour nous faire réfléchir.

Non, il ne faut pas cesser de communiquer sa foi, car il est une initiative humaine qui laisse pleine liberté à Dieu et ne l'oblige pas, c'est la prière d'intercession. Quand on s'adresse d'abord à Dieu, avant de parler aux hommes. C'est cette communication qu'il faut, avant tout, entretenir et développer.

Quand Jésus est sorti dans un lieu désert, il a prié. Il lui fallait communiquer avec le Père, pour lui demander son Esprit, avant de prêcher aux hommes. C'est la voie qu'il nous a tracée, lorsqu'il s'agit de communiquer, de prêcher, d'évangéliser.