NOËL : LA RÉVÉLATION DE NOUS-MÊMES

Jean 1, 1 à 18  – Esaïe 9, 1 à 6  – Jean 3, 17 à 21  

C'est Noël !

Les guirlandes lumineuses éclairent les rues, les bougies illuminent les crèches et les ampoules électriques les sapins.

Pourquoi toute cette clarté ? Pourquoi cet hymne à la lumière à l'occasion de Noël ? Sans doute parce que les anciens fêtaient, à cette date, la renaissance du soleil, de la lumière. Il y a 4 jours, nous étions juste au solstice d'hiver : ce moment de l'année où les jours sont les plus courts et recommencent à grandir, par rapport à la nuit.

On peut, évidemment, se poser la question de savoir pourquoi Noël est fêté le 25 décembre, et non le 21, le jour du solstice. Je n’ai pas de réponse officielle à cette question, mais je pense que l’on peut répondre ceci :

   -    D’une part, les anciens ne disposaient pas de la science que nous avons pour savoir que le solstice était le 21 et non le 25 décembre.

   -    D’autre part, il n’est pas évident de se rendre compte que c’est le 21 que les jours recommencent à grandir et non le 25.

Ce n’est qu’avec un temps de recul (quelques jours de décalage) que l’on a pu mesurer (dans l’antiquité) que les jours recommencent à grandir dans ces jours-là. Ce décalage dans l’observation a pu suffire pour que les anciens se mettent à célébrer la renaissance du soleil le 25 décembre ; et on sait à quel point une tradition établie peut être tenace, même lorsque la science nous dit qu’il y a erreur sur la date.

A l'époque de Jésus, les Perses fêtaient la naissance du dieu Mithra le 25 décembre. Or, ce dieu était aussi appelé : le soleil invaincu. Beaucoup de caractéristiques de Mithra se réfèrent au culte du soleil et renforcent le lien qui existait entre cette divinité et le soleil. D’ailleurs, le 25 décembre, les Perses allumaient de nombreuses bougies, signe de la lumière et de la renaissance du soleil.

Alors, notre habitude d'illuminer la fête de Noël, est-elle païenne ? Oui, sans doute, mais le Nouveau Testament (et la Bible tout entière) ne sont pas étrangers au thème de la lumière. L'évangile selon Jean établit même une relation entre la lumière et l'incarnation ; c'est-à-dire Noël.

La lumière est venue dans le monde (Jean 1, 9). C'est ainsi que Jean parle de l'incarnation. Il établit un rapport entre Jésus et la lumière.

Fait-il cela pour attirer bon nombre de païens dans l'Eglise ? Le thème de la lumière leur étant familier. Les païens considéraient même que la lumière était divine, puisque l’astre qui apporte la lumière (le soleil) était adoré comme un dieu. Dire que Jésus est la lumière pouvait donc les convaincre de la divinité du Christ : thème central de l'évangile selon Jean.

Il est possible que Jean ait ce but en traitant de la lumière à l’occasion de la venue du Sauveur, mais l'auteur développe une autre idée à partir de la lumière.

Il dit en effet :

La lumière luit dans les ténèbres (Jean 1, 5).

C'est une autre façon de parler du monde, et de dire que le monde est ténèbres. Or les ténèbres ne se définissent que par rapport à la lumière. Autrement dit, si on peut dire que le monde est ténèbres, c'est parce que la lumière est venue dans le monde. Le monde est jugé par la lumière. Il est déclaré ténèbres, et donc condamné.

La lumière est-elle venue pour cela ? Jésus est-il venu pour juger et pour perdre le monde ? Non, dit-il à Nicodème (Jean 3, 17) : Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu'il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Et comment le salut peut-il apparaître et remplir le monde ? Par le témoignage de la vérité relative à Dieu et au monde. Le salut de l'humanité passe par la prise de conscience de sa propre situation. Le monde doit connaître sa position par rapport à la notion de vérité dont il est le témoin. Et c’est la lumière du Christ qui lui apporte ce témoignage.

Jésus ne juge pas, il éclaire : La lumière éclaire tout homme (Jean 1, 9). Jésus est venu pour que chacun, confronté à sa lumière, se juge soi-même, ainsi que ses œuvres. C’est, en tous cas, ce que Jésus espère de la révélation de la lumière.

L'œuvre du Christ est entièrement positive. Il n'y a aucune condamnation dans sa démarche. C'est pourquoi il vient comme un enfant et non comme un juge.

Jésus vient donner des éléments de réflexion à l'être humain, mais il ne juge pas. C'est l'homme qui est invité à se juger lui-même. Ainsi ce jugement n'est pas divin, immuable, définitif. Et Dieu peut très bien sauver malgré ce jugement, puisque ce jugement n’est pas le sien.

Parce que l’œuvre du Christ n’est pas condamnation, Noël est une fête de joie, d’ouverture. Dieu s’y révèle dans l’incarnation. Mais cette révélation ne se limite pas à Dieu ; l’être humain se dévoile aussi à Noël, car, dit Jean, la lumière luit dans les ténèbres …

Mais les ténèbres ne l'ont pas reçue (Jean 1, 5). C'est pourquoi Noël est suivi de la passion.

Les ténèbres n'ont pas reçue la lumière, parce que les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière. Et pourquoi ont-ils préféré les ténèbres à la lumière ? Parce que leurs œuvres étaient mauvaises (Jean 3, 19). Quand on n'est pas fier de ce que l'on est, et de ce que l'on fait, on ne le montre pas à tout le monde. Et combien il peut être déplaisant (mais salutaire) d'être dévoilé, révélé.

Noël est une révélation, un nouvel éclairage ; c'est pourquoi il est lumière.

Noël est la révélation de Dieu et de son amour. Son abaissement en est la manifestation. Il est comme ça Dieu : humble malgré sa gloire. Non qu'il ait voulu cacher sa puissance, mais c'est par amour qu'il a choisi de se manifester dans la faiblesse, pour être à la portée de tous les hommes, pour offrir à l'humanité un nouvel éclairage sur Dieu, et l'aider ainsi à sortir du mirage de la volonté de puissance.

Noël, c’est aussi la révélation de l'être humain. Car, enfin, l'homme peut se connaître. Il se croyait parfait, pur, impeccable, mais la lumière du Christ lui permet de se voir tel qu'il est ; et ce n'est pas brillant.

C'est ainsi que Noël est une porte ouverte vers la vraie lumière ; non celle de nos lampions symboliques, mais celle du Christ qui nous accueille tels que nous sommes et ne nous juge pas.