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Un Carême au désert– Prédication préparée pour le dimanche 15 mars 2020

Marc 1, 12-15 - Osée 2,16-18

Chabeuil, le 16 mars 2020

Chers frères et sœurs,

Ce Carême 2020 prend un tour inattendu. La lutte qui s’est engagée contre un ennemi invisible et redoutable, la prise de distance et l’isolement auquel nous sommes contraints ne sont pas sans rappeler l’épreuve du désert que Jésus a traversé, et qui s’impose à nous aujourd’hui.

Une épreuve qui nous incite à vivre une fraternité à distance, celle qui nous dicte de prendre soin de notre prochain… de loin. Avoir le souci de nos proches, c’est aujourd’hui éviter tout ce qui pourrait être un risque pour eux. Prendre garde de ne pas faire tomber les plus petits, les plus faibles, les plus fragiles. Notre Église protestante a traversé bien des siècles de désert et d’isolement. Nos ancêtres huguenots peuvent en témoigner.

Il nous faut donc, dans la foi et la confiance, accepter ces quelques semaines d’un « retour au désert », d’une pratique plus individuelle, plus intérieure, ou plus familiale. Heureusement, la radio, le téléphone, les mails et internet nous offrent aujourd’hui d’autres moyens de rester en contact et en communion. N’oublions pas non plus l’Esprit qui soude notre communauté et intercède pour nous.

Restons donc en contact, prenons des nouvelles les uns des autres. Nous posterons régulièrement des informations et des prières sur notre site internet www.erfchabeuil.org, et nous tâcherons de prendre nous aussi de vos nouvelles. Les visites téléphoniques prennent le relais. De votre côté, n’hésitez pas à nous contacter aux numéros habituels, si vous avez besoin de soutien, ou tout simplement de parler.

Enfin, n’oubliez-pas les ressources (Radio, internet) comme par exemple :

* France Culture, culte le dimanche à 8h30: http://www.franceculture.fr/emissions/service-protestant/

* France Culture, conférence de Carême le dimanche à 16h: http://www.franceculture.fr/emissions/careme-protestant/

* France 2, émission religieuse Présence Protestante le dimanche à 10h: http://www.france.tv/france-2/presence-protestante/

* Radio RCF Drôme-Ardèche : FM 101.5

* vos éphémérides et almanachs quotidiens, et votre Bible qui, même ouverte au hasard, peut être source d’inspiration.

Vous trouverez à la suite la prédication qui avait été préparée pour ce dimanche 15 mars. Nous vous proposons à la fin une prière du pasteur Sören Lenz, Secrétaire exécutif à la Conférence des Églises européennes, et partagée sur toute notre Région Centre-Alpes-Rhône.

Que notre foi nous soutienne, et nous inspire des actes responsables pour traverser ces semaines difficiles. En pensée et en prière avec vous tous,

Pasteure Laurence Guitton  -  Le Conseil Presbytéral

 

Chabeuil, le 15 mars 2020 – 3ème dimanche de Carême

Mc 1,12-15 – Os 2, 16-18

Marc 1

12Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert 13 et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient. 14 Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; 15 il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

Osée 2

16 C’est pourquoi, mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur. 17 Et là, je lui rendrai ses vignobles, et je ferai du Val d’Akor la porte de l’Espérance. Là, elle me répondra comme au temps de sa jeunesse, au jour où elle est sortie du pays d’Égypte. 18 En ce jour-là – oracle du Seigneur –, voici ce qui arrivera : Tu m’appelleras : « Mon époux » et non plus : « Mon Baal » (c’est-à-dire « mon maître »).

Chers frères et sœurs,

Nous poursuivons, dans un contexte inédit, notre chemin de Carême, inauguré il y a déjà trois semaines.

Dans notre Église protestante, il n’y a pas de consignes particulières pour cette période pourtant inscrite dans le calendrier liturgique. Pas d’interdits alimentaires, de préconisation de jeûne ou de prière. Chacun est libre de vivre à sa manière, seul ou en communauté, ces quarante jours qui le séparent de Pâques.

Pourtant, ce temps de Carême reste bibliquement indissociable du récit du séjour de Jésus dans le désert, juste après son baptême. Qui dit voyage au désert dit aridité, frugalité, solitude, partir avec le strict nécessaire. Aussi ai-je choisi pour nous accompagner dans cette traversée du désert le récit de l’Évangile de Marc, un chef d’œuvre de concision et de sobriété : deux versets que viennent compléter deux autres sur l’imminence du Royaume. Rien à voir avec les récits détaillés de Luc ou de Matthieu.

Autant dire que pour nous accompagner dans cette traversée du désert, nous nous contenterons de ces trois phrases :

Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert. Durant quarante jours, au désert, il fut tenté par Satan. Il était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient.

Pourtant chaque mot pèse, chaque mot a quelque chose à nous dire, quelque chose à nous révéler.

Commençons par le commencement : Aussitôt ! Aussitôt après quoi ? Après son baptême ! Des berges du fleuve Jourdain arrosant une terre fertile d’une eau vive et fraîche, entouré par une communauté bienveillante et au bénéfice d’une parole de grâce et d’adoption qui venait de tomber du ciel, Jésus est presque immédiatement poussé, jeté, éjecté nous dit le texte grec, dans ce désert, milieu de sécheresse, sans eau ni fraîcheur, sans personne à qui parler, en proie aux bêtes sauvages et à des anges dont on ne sait pas s’ils ne sont pas en fait les véritables tentateurs de Jésus. Il est jeté au désert par l’Esprit pour y affronter l’Ennemi avec un E majuscule, l’adversaire, le diviseur, celui qui sème le doute et la zizanie. Pour y affronter Satan !

Et ne sommes-nous pas déjà passés, nous aussi, par cette même épreuve ? On peut assimiler cet épisode du baptême à cet événement propre à chacun, où nous avons été convertis par une parole, où est né notre foi, ce moment où Dieu s’est révélé à nous, où nous avons confié nos vies à Dieu et décidé de suivre et de servir le Christ. Cette expérience presque mystique n’est-elle pas souvent suivie d’une période de sécheresse et de doute ? Cet instant de bonheur, la douceur de cette parole qui nous a bouleversés et convertis, la chaleur de cette communauté qui nous accueillait et nous portait : nous aurions aimé nous y installer pour y demeurer. Et pourtant c’est un dur retour à la réalité du monde qui nous attend ensuite. Un moment où la déception nous guette, et ou l’adversaire, le Satan, en profite pour mettre à l’épreuve cette foi, pour alimenter cette déception qui se dessine, celle d’un appel à témoigner qui nous paraissait si simple, et qui semble tout à coup bien difficile à assumer.

Oui, s’il est une tentation qui nous guette tous, ce n’est pas une tentation alimentaire ou une entorse à la morale. La seule tentation qui nous guette vraiment est celle de la déception et du doute. Elle va de pair avec le seul vrai péché, celui qui consiste à nous éloigner de Dieu et à convenir que nous pouvons aussi vivre sans lui. Ici est la véritable tentation, la véritable expérience que nous sommes appelés à traverser pour éprouver et renforcer notre foi.

Et si l’expérience spirituelle de la conversion et du baptême est l’affaire d’un instant, il faut en regard bien des jours, symboliquement quarante, pour traverser cette déception, l’intérioriser, la méditer et en ressortir grandi. Quarante jours pour en faire une force et continuer la route. Quarante jours, vous l’avez compris, c’est une durée mythique pour marquer la longueur de cette étape de transition. Ce chiffre est symbolique dans la Bible. Souvenez-vous des quarante jours du déluge, des quarante ans d’errance du peuple juif dans le désert, des quarante jours de voyage du prophète Élie pour rejoindre l’Horeb. J’en oublie sûrement d’autres. Il est symbolique d’un passage, d’une traversée, d’une transition. Quarante dans la tradition hébraïque est le nombre du complet accomplissement, de la métamorphose.

Et cet archétype de la tentation, cette tentation à l’état pur, nous l’avons certainement tous affrontée. C’est le doute radical. C’est cette traversée du désert qui nous confronte à cette tentation de la désespérance, à la nuit spirituelle, qui insinue en nous cette lutte entre le bien et le mal, entre la foi et l’incertitude, entre la vie et la mort. C’est aussi cette traversée du désert qui nous met face à notre propre identité, notre identité d’être humain dans ce qu’elle a de plus profond. Mais c’est aussi cette traversée qui nous révèle que même dans ces moments-là, Dieu est avec nous. Qu’il n’est pas du côté du bien, alors que Satan nous tirerait du côté du mal. Il est à nos côtés même dans l’épreuve. Bien et mal, vie et mort, foi et doute sont indissociables, et la victoire du premier sur le second s’obtient avec l’aide de Dieu.

Et l’imaginaire rattaché à la dure réalité du désert convient parfaitement à ce temps d’épreuve, de doute, de questionnement. Et il n’est sûrement pas convoqué ici par hasard, car cette image du désert évoque pour nous deux choses.

Cette image est d’abord celle de la sécheresse, de l’aridité de ce temps d’épreuve. Manque de tout : manque d’eau, de nourriture, de fraîcheur et d’ombre. Absence de sécurité aussi. Les seuls animaux qui la peuplent sont des « animaux sauvages », en réalité des insectes, des serpents, des créatures dangereuses voire venimeuses. Ceux qui avant nous dans la Bible y ont vécu en témoignent : les Hébreux sortis d’Égypte, le prophète Élie. Et ces lieux sont ceux de toutes les tentations : désespérance, révolte, envie de renoncer, de faire demi-tour, envie de mourir, de tuer parfois comme ces Hébreux qui voulaient retourner en Égypte, ou tuer Moïse. Et pourtant Dieu est là, qui nourrit avec la manne, avec des cailles quand elle ne satisfait plus et que le peuple veut de la viande. Il fait jaillir l’eau du rocher de Cadès. Il fait ravitailler Élie par des corbeaux, avec de la nourriture et de l’eau fraîche. Il a veillé à la survie de son peuple, de son prophète en les alimentant et en les abreuvant de nourritures terrestres, mais aussi de sa parole tout au long de leur traversée.

Car la deuxième chose que cette image du désert évoque, c’est celle du désert comme lieu de révélation d’une parole, comme lieu où tous les autres bruits se taisent : ceux de nos villes, ceux qui assourdissent nos vies. Le silence est là, nécessaire, pour que, dans le souffle de l’Esprit, dans une voix silencieuse se fasse entendre la Parole de Dieu. C’est la raison pour laquelle je vous ai partagé ces versets du prophète Osée. Il prêche en parlant de ce peuple infidèle que Dieu tente de faire revenir à lui comme de sa femme infidèle qu’il tente de reconquérir. « C'est pourquoi voici, je veux l'attirer et la conduire au désert, et je parlerai à son cœur. » C’est dans ces lieux de solitude, où le manque de tout se fait cuisant, et où tous ces bruits, ces parasites qui court-circuitent notre pensée se taisent, c’est dans ce temple du silence que nous parvenons à entendre cette voix intérieure. Ils sont nombreux ceux qui, aujourd’hui encore, nous parlent de leur expérience du désert comme celle d’une révélation. Pensez à Théodore Monod, au récit par Pierre-Emmanuel Schmitt de sa « nuit au désert », à Saint-Exupéry et son Petit Prince.

Cette évocation silencieuse du désert vient nous inviter, en ce temps de Carême, à faire un temps retraite, à rechercher ce silence pour se mettre, seuls ou en groupe, à l’écoute de la Parole de Dieu dans la lecture, dans la prière.

Ainsi, pour figurer ce qui pourrait être un « Carême protestant », je vous invite à méditer sur ces temps que nous traversons actuellement, et pendant lesquels nous sommes peut-être tentés de douter, de renoncer. Ces moments où nous ressentons que notre foi n’était pas une assurance multirisque contre toutes les tentations et les épreuves de ce monde. Ces moments où nous comprenons que la tentation à l’état pur n’était pas une entorse à la morale, mais le doute radical qu’un adversaire, celui qui divise, s'insinue en vous pour tenter de nous séparer de Dieu en mettant notre foi à l’épreuve. Je nous invite alors à trouver, nous aussi, des occasions, des manières de faire en nous silence pour nous reconnecter avec celui qui, conscient de ces doutes qui nous traversent et nous menacent, nous soutient par sa Parole.

Dans l’épître de Jacques, il nous est rappelé : Heureux l'homme qui supportera l'épreuve! Devenu un homme éprouvé, il recevra la couronne de vie que Dieu a promise à ceux qui l'aiment. Que nul, lorsqu'il est tenté, ne dise: " C'est Dieu qui me tente "; car Dieu ne saurait être tenté de mal, et lui-même ne tente personne.

Amen

Pasteure Laurence Guitton

PRIONS

Notre région Centre-Alpes-Rhône a elle partagé cette prière, préparée par le pasteur Sören Lenz, Secrétaire exécutif à la Conférence des Églises européennes:

" Seigneur, nous ressentons de l’insécurité et de l’inquiétude. Nous avons l’impression que les choses échappent à notre contrôle. La peur se propage plus vite que le virus. Mon voisin devient une menace. Les frontières se ferment, les gens se retrouvent isolés. Seigneur, nous comprenons les mesures et les tentatives pour aider. Seigneur, nous ressentons de l’insécurité et de l’inquiétude. Tu es venu sur terre pour guérir, lorsque la peur et la méfiance se répandent. Tu es venu sur terre pour réconforter, lorsque le désespoir et la solitude se font ressentir. Tu es venu sur terre parmi les exclus et les marginaux. Nous te prions : Donne-nous le courage de faire face à la maladie et à la mort, et de ne pas les accepter comme une fatalité. Donne-nous le courage de répandre l’espoir, lorsque la peur assombrit le monde. Donne-nous la force d’apporter du courage lorsque les gens se sentent seuls et exclus. Seigneur, nous avons l’assurance qu'à travers ton Esprit, nous sommes connectés en tant qu’Églises, même au-delà de nombreuses frontières. Amen."

Marc 1, 12-15

12 Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert 13 et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient. 14 Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; 15 il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »

Osée 2, 16-18

16 C’est pourquoi, mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur. 17 Et là, je lui rendrai ses vignobles, et je ferai du Val d’Akor la porte de l’Espérance. Là, elle me répondra comme au temps de sa jeunesse, au jour où elle est sortie du pays d’Égypte. 18 En ce jour-là – oracle du Seigneur –, voici ce qui arrivera : Tu m’appelleras : « Mon époux » et non plus : « Mon Baal » (c’est-à-dire « mon maître »).

(Texte La Colombe)

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