LE MARIAGE, SIGNE DE L'AMOUR DE DIEU

Marc 10, 2 à 12  –  Genèse 2, 18 à 24  –  Osée 2, 4 à 10, 16 à 22

Est-il permis de répudier sa femme ?
C'est la question que les Pharisiens posent à Jésus. A l'heure actuelle on dirait : Est-il permis de divorcer ? Car la question se pose aussi, maintenant, pour les femmes ; ce qui n'était pas le cas à l'époque de Jésus. En fait, il est question ici de répudiation et non de divorce. Seuls les hommes pouvaient répudier leurs femmes. Par là-même, le divorce à l’amiable était impensable.
Ah, cet impérieux besoin d'obtenir la permission de Dieu pour faire ce qu'on veut ! L'homme ne veut rien faire sans s'assurer qu'il est couvert par une autorité. Il veut faire ce qu'il aime, mais sans en assumer la responsabilité et les conséquences. En fait, la liberté ne l'intéresse que si elle n'implique pas la responsabilité de ses actes. Mais ce n'est plus la liberté.

C'est de ce désir toujours actuel de se protéger quoi qu'on fasse que naît le système législatif. L'homme se fait des lois qui lui donnent la possibilité de satisfaire légalement ses passions. C'est ce que répond Jésus aux Pharisiens : C'est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a donné le droit de répudier vos femmes (Marc 10, 5). C'est l'intérêt personnel qui commande, et non la loi. En fait, la loi vient du cœur de l'homme, ou à cause de lui. La loi de Moïse n'a pas échappé à ce processus. Jésus enseigne que son origine et humaine et non divine, elle n'est donc pas le critère de la justice, notamment en matière de couple.
Jésus remonte au texte de la création, cite et approuve Adam. Car c'est Adam qui s'exprime en Gen 2, 23 et 24, et qui dit : Voici, cette fois, celle qui est os de mes os et chair de ma chair ! On l'appellera isha (femme) parce qu'elle a été prise de ish (homme). C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair.
Ensuite Jésus donne sa conclusion, sa loi : Que l'homme ne sépare pas donc ce que Dieu a joint (Marc 10, 9).
On aimerait interroger Jésus. C'est ce que font les disciples au verset suivant. Et les explications du Christ paraissent bien sévères.

Les explications de Jésus :

Une répudiation suivie d'un remariage est un adultère (Marc 10, 11.12).

Dans le texte de Marc, il n'y a pas de circonstances atténuantes. Matthieu (19, 9) ajoute : sauf pour cause de πορνεα (pornéia). On a traduit pornéia par infidélité, mais ce n'est pas tout à fait exact, car la pornéia est l'impudicité, l'infidélité installée, établie, par opposition à l'adultère passager. Pour Jésus, répudier sa femme à cause d'une infidélité "accidentelle", c'est faire parler la dureté de son cœur.
Jésus ne dit pas que le divorce n'existe pas et ne doit pas exister. Il ne faut pas oublier qu’il ne parle pas ici de divorce, mais de répudiation. Il faut être réaliste et ne pas se boucher les yeux. Les circonstances de la vie font que la séparation est parfois la moins mauvaise solution
Jésus dit que la répudiation suivie d'un remariage est comparable à un adultère et qu'il s'oppose à sa loi.

Pourquoi est-il si sévère ?

Pour répondre à cette question et comprendre la position du Christ, il faut revenir au texte fondateur du mariage, à la parole que Jésus cite. Et cette parole s’oppose non seulement à la répudiation, mais aussi au divorce.

L'institution du mariage :

L'homme quittera son père et sa mère.

Cet élément est fondamental pour toutes les cultures. Quand ce n'est pas respecté, cela engendre souvent des drames, en tous cas, des unions fragiles, déséquilibrées.
Le texte demande à l'homme de quitter ses parents, car dans les sociétés sémites, la coutume veut que l'homme reste attaché à son père et à sa mère afin de conserver le patrimoine familial. Le texte demande à l'homme de quitter ses parents, car les conjoints doivent partir à égalité dans le couple. Celui qui quitte, seul, ses parents, est déstabilisé par rapport à celui qui reste dans le cadre qu'il connaît depuis toujours. C'est surtout le cas de la jeune femme qui doit s'intégrer au sein d'une famille nouvelle et subir la loi de la belle-mère.
Le texte demande à l'homme de quitter ses parents, car il ne peut pas y avoir d'union parfaite, et donc de mariage vrai à trois ou quatre personnes.

Et s'attachera à sa femme.

Le but c'est l'union, la communion, le fait d'être une seule chair. Jésus insiste sur ce point.
C'est la raison du récit de la Genèse (au chap. 2) qui présente la création de la femme à partir de la côte de l'homme. On a voulu utiliser ce texte pour dire que l'homme était supérieur à la femme, parce que celle-ci était issue de l'homme. Mais c'est prêcher la division et non l'union, et donc s'opposer au sens fondamental du texte qui en tire une notion d'identité de chair et de nature. C'est le contraire de l'interprétation que le Christ fait de ce passage. Pour lui, l'essentiel du texte de la Genèse réside dans le fait que Dieu a fait l'homme et la femme (Marc 10, 6). Ils ont donc une origine commune, et ils doivent se retrouver dans la communion du mariage. Celui-ci est donc une institution dans laquelle les deux partenaires sont à égalité, parce qu'ils sont déjà égaux en tant que créatures de Dieu.

Le texte de la Genèse nous donne ainsi une définition du mariage : se marier, c'est quitter et s'attacher.
Quitter n'implique pas seulement une dimension géographique.
Quitter et s'attacher, c'est faire un choix.
Quitter une situation de base et relativement confortable : la sécurité auprès des parents, pour découvrir une expérience nouvelle et s'y attacher.
Les parents sont le signe de la vie, car ce sont eux qui nous l'ont donnée. Se marier, c'est donc accepter de lâcher une première vie pour en recevoir une autre.
Se marier c'est quitter la sécurité matérielle et affective pour l'aventure de l'amour, dans la confiance en Dieu et en l'autre. Or, il n'y a pas de sécurité dans la confiance et dans l'amour, car ces deux notions sont très subjectives. On ne peut prouver l'amour de son conjoint, et rien d'autre que la confiance, la foi, nous permet d'y croire.
Se marier, c'est donc se jeter dans le vide, c'est tout ou rien. Le mariage est une vie de foi, et non une cohabitation momentanée avec possibilité de revenir en arrière.
Se marier, c'est donner sa vie pour le bonheur de l'autre. C'est cela l'amour. Or cet amour ne peut venir que de Dieu. Nous sommes naturellement trop égoïstes pour pouvoir l'inventer. C'est pourquoi le mariage est un signe de l'amour de Dieu et des rapports de Dieu avec les hommes. Toute la révélation biblique utilise l'image du mariage pour illustrer la volonté divine d'entrer en communion avec son peuple.

Jésus paraît sévère, parce qu’il veut que nous passions de l'égoïsme à l'amour. Or divorcer, c'est accepter de voir l'amour s'éteindre devant les intérêts personnels.
Jésus paraît sévère, parce qu'il ne parle pas que du mariage. Ce que Dieu a joint, ce n'est pas seulement les couples, mais lui-même avec l'humanité tout entière.
Jésus parle de tous les liens qu'il tisse chaque jour entre lui et nous. C'est cela le vrai mariage. Alors oui ! Jésus est sévère, parce qu'à aucun prix, il n'accepte de divorcer d'avec nous.