RECEVOIR LE SEIGNEUR

Marc 9, 33 à 37 – Jacques 3, 16 à 4, 3  –  Luc 22, 24 à 30

Les disciples ne se font aucuns cadeaux. Car ce sont eux qui ont écrit les évangiles ; eux ou leurs disciples. Marc est disciple de l'apôtre Pierre, son évangile est donc issu de ce que Pierre lui a raconté. Or il n'omet pas de parler de cette querelle des disciples. Par égard pour son maître, il aurait pu ne pas raconter cet épisode ; mais c'est visiblement trop important pour être passé sous silence.
Ils n'en sont pourtant pas fiers, les disciples, de cette querelle. Quand Jésus leur demande de quoi ils avaient discuté, ils préfèrent ne pas répondre. Ils auraient l'air malin à revendiquer la plus haute place parmi eux, alors que (aux versets précédents) Jésus vient d'annoncer sa mort. Il faut dire qu'ils n'ont rien compris à cette parole de Jésus (v. 32). Comment le pourraient-ils alors qu'ils ne pensent qu'aux privilèges que la position de disciples du Christ peut leur apporter ?
Oui, les disciples se sont querellés pour savoir lequel d'entre eux était le plus grand. Chacun devait y aller de ses arguments. Ils ne sont pas spécifiés dans le texte, mais nous n'en avons pas besoin pour les deviner. Ce genre de querelle n'est hélas pas si rare. Ce qui est noté, par contre, c'est la réponse de Jésus à ce débat ; parce que çà, c'est important.

Que répond Jésus à la volonté d'être le premier ?

Il énonce d'abord un principe : Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous (v. 35).
Jésus n'élimine pas la primauté. Il sait bien que certaines fonctions impliquent un leadership. Dans une société, il faut des dirigeants et des administrés. Tout le monde n'est pas appelé à accomplir la même tâche, sinon la société devient uniforme et ne fonctionne pas. Mais il n'y a pas de raisons que certaines fonctions s'accompagnent de privilèges tels que des salaires exorbitants, des avantages multiples ou l'immunité devant les tribunaux.
En déclarant que le chef doit être le dernier et le serviteur de tous, Jésus sépare la fonction de la dignité de l'individu. Chacun est digne par lui-même, indépendamment de l'œuvre qu'il accomplit. C'est l'un des principes de la grâce, et c'est pourquoi l'abolition des privilèges fait partie du message chrétien. C'est une façon de dire que pour Dieu lui-même, l'accueil de l'individu ne dépend pas de ses œuvres, mais de l'amour de Dieu pour tous.
Mais Jésus sait que les principes, si bons soient-ils, ne sont généralement pas entendus. C'est pourquoi la leçon aux disciples s'accompagne d'une illustration.

Jésus présente un enfant.
Pourquoi un enfant ?
On pense généralement qu'il le cite en exemple. Parce que l'enfant est plus petit que l'adulte, il serait un exemple d'humilité. Or l'enfant ne rêve la plupart du temps qu'à être grand.
En ce qui concerne l'humilité, les enfants ne sont généralement pas des exemples. On sait à quel point certains d'entre eux peuvent être de mauvais perdants.
Jésus ne dit pas : Soyez humbles comme les enfants, mais : Quiconque accueille en mon nom un enfant … m'accueille moi-même.
Jésus prêche moins ici l'humilité que la capacité à accueillir, à recevoir. Il emploie 4 fois le verbe « accueillir » dans le dernier verset. Or, en ce domaine, l'enfant peut être un exemple. En Marc 10, 15, Jésus dit : Quiconque n'accueillera pas le royaume de Dieu comme un enfant n'y entrera jamais. L'enfant sait naturellement recevoir. Alors que l'adulte se demande souvent s'il ne se cache pas quelque tromperie derrière le cadeau, l'enfant reçoit sans méfiance et sans arrière-pensée. Il y a déjà là une leçon à retirer.

Mais en Marc 9, 37, il n'est, en fait, pas question de recevoir comme un enfant, mais de recevoir l'enfant.
L'accueil de l'enfant est symptomatique de l'accueil tout court. On sait par Marc 10, 13 que les disciples n'accueillaient pas les enfants. Et pourquoi les repoussaient-ils ? Parce qu'ils avaient le sentiment d'être rabaissés au niveau des enfants ? Niveau qui, pour eux, n'était pas très haut.
C'est bien le problème des disciples qui veulent être plus grands.
Ne pas accueillir les enfants, c'est l'attitude révélatrice de la méfiance à l'égard de ce qui ne nous ressemble pas, de ce qui change nos repères, de ce qui bouleverse nos habitudes. Méfiance à l'égard du don qui nous pousse à faire confiance.
Les adultes que nous sommes n'accueillent souvent que ce qu'ils pensent avoir gagné ou mérité. Or l'enfant ne se gagne pas, ni ne se mérite. L'enfant est un cadeau. Il est l'image de la grâce.

Jésus propose donc d’accueillir l’enfant. Or quel est l'enfant qu'il nous faut accueillir ?
Jésus répond : Quiconque accueille en mon nom un enfant … m'accueille moi-même.
L'enfant, c'est Jésus.
Avez-vous remarqué où Jésus place l'enfant qu'il présente aux disciples ? Il le plaça au milieu d'eux, est-il écrit au verset 36. Or qui est d'ordinaire au milieu des disciples ? En Luc 22, 27, Jésus dit aux disciples : Je suis au milieu de vous à la place de celui qui sert. Contrairement à nous, Jésus se place au niveau de l'enfant, se donne et espère être reçu. Et il ajoute : celui qui m'accueille, accueille celui qui m'a envoyé.

Préférons-nous donner ou recevoir ?

Sans réfléchir, nous pourrions être tentés de répondre que nous préférons recevoir. C'est vrai qu'il est agréable de recevoir des cadeaux.
Mais, à la réflexion, nous préférons peut-être donner, car recevoir, c'est être dépendant de celui qui donne ; c'est donc être petit, au-dessous du donateur. C'est humiliant de recevoir. C'est sans doute la raison pour laquelle on a tendance à mépriser ceux qui s'habituent à tendre la main.
C'est peut-être parce que l'on répugne à recevoir que l'on demande mal, comme le dit Jacques (4, 1).

Etre disciple, c'est savoir recevoir.
Cette parole s'oppose à beaucoup de discours religieux. Car, de tous temps, la religion a demandé des efforts, des dons, des sacrifices … à ses adeptes. Cela flatte, valorise l'individu qui se sent alors indispensable à Dieu et à la cause. Et, dans les assemblées, on insiste sur ce que l'un ou l'autre a fait pour Dieu, pour le Seigneur, afin d'encourager ceux qui n'ont pas encore donné. Et pour les encourager on va attacher aux dons et aux œuvres quelque mérite propice au salut. Et en agissant ainsi on détruit le message de l'Evangile et de la grâce.
Etre disciple, c'est savoir recevoir, car le disciple ne fait rien pour le maître. Ce doit, en tous cas, être son sentiment, car lorsqu'il agit, il considère (comme le serviteur de la parabole racontée en Luc 17) qu'il est un serviteur quelconque et qu'il a fait seulement ce qu'il devait faire.

C'est le Seigneur qui donne.
Vouloir donner et non recevoir, c'est vouloir être le maître.
Le Maître donne et se donne. C'est donc lui, le Seigneur, qu'il faut recevoir. Ceci implique, à notre niveau : reconnaissance de notre faiblesse et de notre dépendance.

Sachons recevoir.
On insiste souvent sur le don. Et ça m'est arrivé de parler sur ce thème parmi vous. Je m'empresse de le dire, afin que la trésorière ne me fasse pas les gros yeux à la sortie. Mais Jésus dit qu'il faut savoir recevoir. Cela ne s'oppose d'ailleurs pas au don, car pour donner il faut être conscient d'avoir tout reçu. Si je crois avoir tout gagné, je ne donne pas. Cela me fait penser à ces personnes qui devant les mendiants disent : Ce que j'ai, je l'ai gagné ; alors faites comme moi. Ces personnes n'ont hélas pas la possibilité de dire merci.

Sachons recevoir le Seigneur.
Acceptons Jésus comme le Seigneur de nos vies. C'est de lui dont nous avons besoin.