VOUS SCRUTEZ LES ECRITURES

Jean 5, 17 à 19 et 30 à 40 - Exode 24, 12 à 18 - Galates 3, 6 à 11

Jésus dit ces mots après avoir guéri le paralysé à la piscine de Béthesda. Piscine dont, je vous le rappelle, l’eau avait, selon la pensée populaire, la vertu de guérir les maladies.
C’est par cette guérison que commence le chapitre 5. Guérison que Jésus opère sans avoir eu besoin de  l’eau, mais par la parole. En ce sens, Jésus donne la santé comme Dieu crée, … par la parole.
Mais le problème qui se pose, c'est que Jésus a fait cette guérison un jour de sabbat. Et il a dit au paralysé guéri d'emporter son grabat ; ce qui s'oppose au respect du jour de repos, selon les docteurs de la loi. S'engage alors une discussion entre les docteurs et Jésus. Discussion qui est, en fait, un discours de Jésus en ce qui concerne ses rapports avec Dieu.

 

Dans son discours, Jésus révèle la volonté et les actes communs au Père et au Fils.

Jésus dit que son Père est à l'œuvre, et lui aussi. Comme Dieu crée, Jésus a, en effet, guéri par la parole. Il dit cela un jour de sabbat ; ce qui signifie que, comme le Fils, Dieu est aussi à l'œuvre ce jour-là. Or, le commandement dit qu'il ne faut rien faire le jour du sabbat, parce que Dieu lui-même se repose ce jour-là.
D'autre part, en appelant Dieu son Père, Jésus établit un double lien entre Dieu et lui. En effet, il y deux façons d'être fils selon la Bible :
1. On peut être fils en accomplissant les œuvres du Père. L'apôtre Paul le dit aux Galates : Ce sont ceux qui croient comme Abraham qui sont fils d'Abraham (Gal 3, 7). Or Jésus dit, en Jean 5, qu'il fait les œuvres de Dieu. Il est donc fils, déjà en vertu de cette définition.
2. D'autre part, un fils est toujours de la même nature que son père. En appelant Dieu "son Père", Jésus proclame donc sa divinité. Or comme il n'y a qu'un seul Dieu ; Jésus est donc l'incarnation de Dieu.
Pour les docteurs de la foi juive, cela fait beaucoup d'hérésies en peu de mots. Pas étonnant qu'ils cherchent à faire mourir Jésus.

Mais, au lieu de chercher à apaiser les tensions en tempérant ses dires, Jésus insiste sur cette identité commune du Père et du Fils.
Il passe en revue les actions du Père pour dire que le Fils agit de la même manière :
a. Ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement (5, 19).
b. Le Père relève les morts et les fait vivre, le Fils lui aussi fait vivre qui il veut (5, 21).
c. Le Père ne juge personne, il a remis tout jugement au Fils (5, 22).
Par cette dernière parole, Jésus se distingue du Père, mais dans une fonction que tout le monde s’accorde à laisser à Dieu seul : celle de juge. Ce qui n’a pas empêché les hommes (et surtout les religieux) de juger de tout. Comment dire plus clairement que Jésus est le Fils à qui Dieu a remis toutes choses, et notamment le jugement ?

C'est vite dit tout cela, et on peut comprendre que les Juifs présents aient un peu de peine à l'admettre. N'y aurait-il pas une preuve, une démonstration quelconque, un témoin fiable qui puisse attester ces assertions ? Jésus précède cette question et aborde les témoignages possibles.

Les témoins possibles de la divinité de Jésus.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ces témoignages ne sont pas légions. En effet,  qui peut prouver,  attester que Jésus est  le Fils de Dieu ? Car, ici, il n'est pas question de foi, mais de preuves. La foi est personnelle, elle ne permet pas d’attester ce que je crois à quelqu'un d'autre.  Vous l'avez expérimenté souvent combien il est difficile, voire impossible, de prouver ce que vous croyez. La plupart du temps, la foi n'est pas le résultat d'une démonstration. Elle ne raisonne pas. Elle vient d'ailleurs.
C'est pourquoi Jésus parle bien de lui-même, comme témoin. Mais il serait juge et partie. Il témoigne déjà, d'ailleurs de ce qu'il est, il ne peut rien rajouter.
Jésus évoque aussi Jean-Baptiste, comme témoin de la valeur de sa parole, mais comme les chefs religieux d'Israël n'ont pas cru en Jean, son témoignage n'a pas de poids aux yeux des docteurs. Aussi Jésus présente-t-il d'autres témoins possibles.

Jésus évoque trois témoins valables :

1. Les œuvres qu'il a accomplies.
La question se pose, en effet : Un homme comme Jésus aurait-il vécu sans venir de Dieu ? Et là je ne parle pas que des miracles, des guérisons. Car d'autres que Jésus ont fait des miracles sans être envoyés par Dieu. En Mat 7, 22, Jésus parle d’ailleurs de ceux qui diront au Christ : Seigneur, n'est-ce pas en ton nom que nous avons fait de nombreux miracles ? Et auxquels Jésus répondra : Je ne vous ai jamais connus ; écartez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité. Selon cette parole, le miracle n'est pas un critère de vérité.
En posant la question : Un homme comme Jésus aurait-il vécu sans venir de Dieu ?, je fais référence à toute sa vie, à son amour pour les plus faibles, à sa recherche de la justice, à la façon dont il a accompagné l'humanité jusqu'à la mort. Un homme comme lui, peut-il exister sans Dieu ? Je ne le pense pas. Je crois même que s'il y a un Dieu, il est là, en Jésus. Mais là encore, ce témoignage qui m’est personnel est de l’ordre de la foi ; ce n’est pas une preuve.

2. Le 2ème témoin que Jésus présente est Dieu lui-même.
Mais c'est un témoignage qui implique directement la foi. Où l'entendre ce témoignage ? Comment connaître cette parole ? Car il faut croire déjà pour reconnaître que cette parole est celle de Dieu.
C’est la raison pour laquelle Jésus n'insiste pas sur ce témoignage. Il l'a cité pour celles et ceux qui ont déjà la foi. Il ajoute même que ces interlocuteurs n'ont jamais écouté cette voix. Pourtant les docteurs de la loi sont des fidèles du culte, des passionnés de la religion, des érudits des Ecritures. Se pourrait-il que bien que croyants et disciples du Christ, nous non plus, nous n'écoutions pas la voix de Dieu ?
Arrivé à ce stade, Jésus parle tout naturellement des Ecritures.

3. Le 3ème témoignage du fait que Jésus vient de Dieu, c'est celui des Ecritures.
Vous scrutez les Ecritures (5, 39) dit Jésus aux docteurs. Il est vrai que les Juifs sont des spécialistes en matière d'étude des Ecritures. Et pourquoi les rabbins ont-ils à ce point développé l'examen de la Thora (de la loi) ? Parce qu'ils espèrent, par ce moyen, découvrir le contenu de la tradition orale. La théologie juive dit, en effet, que lorsque Moïse a reçu les Tables de la Loi sur le mont Sinaï — et qu'à cette occasion, comme le raconte l'Exode, il est resté 40 jours sur la montagne — il a reçu de Dieu tout un enseignement oral qui n'a jamais été transcrit. Et ce serait par l'étude des textes que cet enseignement pourrait être retrouvé. L'ensemble des commentaires juifs de la Thora constituerait donc cette tradition orale. Une tradition sans limite.
Toutes les religions connaissent cet ajout traditionnel aux écrits :
a. Dans l'islam, à côté du Coran, il y a les Hadiths. Ce sont les actes et les paroles du prophète. Après la mort de Mahomet, 600 000 ont été recueillis. Mais un tri a été fait et 7275 sont reconnus authentiques.
b. L'Eglise chrétienne a aussi développé une tradition à côté de la Bible. Elle est composée des écrits des Pères de l'Eglise, des façons de faire et de penser des anciens et des décisions des conciles. Cette tradition exerce parfois une autorité aussi importante que les Ecritures reconnues inspirées.
Le protestantisme a essayé de libérer la Bible de cet ajout, en revenant aux Ecritures seules. Les discussions qui, à l’intérieur du protestantisme, sont nées de cette réforme révèlent qu’il n’est pas facile de se libérer du poids de la tradition ; et qu’il ne convient pas d’ailleurs de tout jeter sans analyse. D'où l'importance de l'étude renouvelée de la Bible. Vous scrutez les Ecritures, dit Jésus.

Pourquoi scrute-t-on les Ecritures, selon Jésus ? Parce que vous pensez acquérir par elles la vie éternelle.
Jésus évoque, ici, la continuelle quête de l'être humain ; et qui fait encore de la religion un facteur social et économique important, malgré le modernisme, la science et la technique. Oui, l'être humain est encore et toujours en quête d'immortalité, et lorsqu'il étudie la Bible, c'est encore avec ce souci. Recherche égoïste qui risque fort de le faire passer à côté du véritable message des Ecritures ; car la Bible n'a pas été donnée pour cela.

Le but des Ecritures est de rendre témoignage au Christ.
Ce sont elles qui rendent témoignage à mon sujet, dit Jésus.
Ce sont elles qui nous disent quelles ont été les œuvres du Christ.
Ce sont elles qui nous parlent de Dieu et du don de la foi.
La Bible n'est pas une recette de vie éternelle, comme si on trouvait, à sa lecture, un ensemble de choses à faire et à ne pas faire pour obtenir l'immortalité.
Elle ne nous parle pas de quelque chose, mais de quelqu'un. Ce quelqu'un, c'est Dieu incarné, c'est le Christ.

Alors, comme ça, en étudiant la Bible, on est assuré de croire que Jésus a bien été envoyé par Dieu !
Cela n'a rien d'aussi automatique. La foi échappera toujours à toute méthode et à tout contrôle.
Ce que Jésus a voulu dire, c'est que sans l'étude des Ecritures, il est impossible de le connaître.
Mais tout dépend encore de l'état d'esprit avec lequel on étudie. Il s'agit de scruter, de sonder, d'examiner avec attention. C'est ce que nous nous proposons de faire cette année dans le cadre des études bibliques et des cultes.
Une étude qui n'a pas de fin ; tant mieux ! On va se faire plaisir sans limite !
Une étude qui conduit à Dieu et au Christ. Mais ça, c'est l'Esprit qui le fait. Et c'est là, et seulement là, auprès du Christ, que l'on trouve la vie. On ne parvient pas à la vie avant de l'avoir rencontré, lui. Ce n’est pas par l'étude des Ecritures seules que l’on a la vie éternelle, car Jésus disait aux docteurs juifs (ces formidables exégètes de la Bible) : Vous scrutez les Ecritures …et vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie.
Que notre étude ne soit pas seulement littéraire et académique. On y trouve des récompenses, mais non la vie.
Que notre étude ne soit pas une fin, mais une découverte du Christ et de la vie.