JESUS EST VENU ACCOMPLIR LA LOI

Romains 13, 8 à 10  -  Deutéronome 30, 15 à 20 - Matthieu 5, 17 à 26

Alors que nous venons de fêter l’Ascension de Jésus et, par là même, de célébrer la perfection de l’œuvre du Christ sur terre, une question se pose : Pourquoi ?
Non pas : pourquoi l’Ascension vers Dieu ? Mais pourquoi est-il venu ?
En un mot, la question est celle-ci : qu'est-ce que Jésus est venu faire ?
Cette question est fondamentale en théologie chrétienne. Le Nouveau Testament enseigne que Jésus, le Fils de Dieu, est venu vivre parmi les humains. Pourquoi ?
Les théologiens chrétiens, depuis 2000 ans, cherchent une réponse. Ils en ont trouvées plusieurs. Et ces réponses sont des façons de présenter les rapports des hommes avec Dieu ; c'est-à-dire la religion, tout simplement.

Pourquoi Jésus est-il venu ?

Les théologiens ont proposé des raisons divines (?) :

Dieu aurait eu besoin de l'incarnation du Christ pour sauver l'être humain :

1. Dieu serait fâché, en colère, à cause du péché de l'homme. Cette colère menacerait l'être humain de destruction totale. Aussi Jésus serait-il venu mourir à la place des humains pour calmer la colère de Dieu. Dieu, calmé par le sacrifice du Christ, pardonnerait alors le péché de l'homme.
C'est la thèse moyenâgeuse, calquée sur les cultes païens de l'antiquité quand on offrait des sacrifices aux dieux pour se les rendre propices. Cette proposition pousse l'être humain à faire des sacrifices pour attirer les bonnes grâces de Dieu, et à considérer la mort du Christ comme un sacrifice offert par l’homme à Dieu. Elle conduit à considérer Dieu comme un être dur et elle introduit l'individu dans un calcul dans lequel il présente ses sacrifices et ses œuvres en échange de son salut. Puisque le sacrifice du Christ s'est avéré être la monnaie d'échange nécessaire, c'est que le principe est bon ! Mais si l'être humain est sauvé par ses œuvres, quelle est l'utilité de la mort de Jésus ?

2. Autre thèse : Jésus serait venu mourir à la place de l'homme, parce que la loi demandait la mort du pécheur. C'est la thèse d'Anselme, à la fin du 11ème siècle.
En effet, seule la mort expie le péché. C'est ce que l'épître aux Hébreux semble dire : il n'y a pas de pardon des péchés sans effusion de sang (9, 22). Mais c'est une phrase qui rend compte d'une pensée religieuse typiquement humaine. Il ne faut pas lui donner la portée d'un enseignement de l'Evangile, car c'est l'homme qui croit qu'il faut verser le sang pour être pardonné. C'est, en tous cas, ce qu'il a cru longtemps, et que souvent il croit encore.
Selon toute justice, le pécheur (l'homme) devrait mourir. Mais si c'est le pécheur qui meurt, il ne peut être sauvé, car il ne ferait que recevoir la conséquence de son péché, et tout se terminerait là, dans une mort éternelle. Or Dieu veut que l'être humain vive. Il faut donc que quelqu'un d'autre meure à sa place, ce substitut devant être innocent, comme l'agneau du sacrifice. Cette victime sacrificielle, c'est Jésus-Christ. Mais un innocent qui meurt pour des coupables, c'est injuste ! Et on a beau évoquer l'amour de Dieu, il reste que cette doctrine de la rédemption est construite sur une injustice.
Cette thèse correspond à passablement de textes du Nouveau Testament, mais elle fait passer Dieu pour un être qui sacrifie tout à la loi. La loi doit être accomplie coûte que coûte. Elle demande la mort ! Alors il faut y passer. Dieu lui-même ne peut pas faire autrement, il est prisonnier de la loi. C'est la loi qui est Dieu. Et tant pis si des innocents sont sacrifiés pour des coupables.
L'humanité, même chrétienne, est encore très marquée par cette théologie. Cette position a fondé une société dans laquelle la loi passe avant l'individu. En fait, cette thèse reflète une tendance humaine et non un plan divin, car c'est l'homme qui aime la loi, les règles et l'ordre juridique. Dieu n'a pas besoin d'une application de la loi ou d'une expiation du péché par un sacrifice pour sauver le pécheur. Lorsque Jésus sauve la femme adultère, ce n'est pas parce qu'une bonne action a été faite en compensation de sa faute, ou que quelqu'un a "payé" pour elle.
C'est l'homme qui aime ce genre de calcul, parce que ça repose sur des bases juridiques, et ça lui donne confiance. Or l'homme ne fait pas naturellement confiance.

3. Non, Dieu n'a pas besoin de la mort du Christ pour sauver l'être humain. Alors, pourquoi Jésus est-il venu ? Il le dit lui-même en Mat 5, 17 : Je ne suis pas venu pour abolir la loi, mais pour accomplir.

Jésus est venu accomplir la loi. Mais qu'est-ce qu'accomplir la loi ?

 - Accomplir des œuvres, faire des actes, dans un souci d'obéissance légale ? Afin d'accumuler des mérites pour l'homme, pour qu'il soit pardonné ?
C'est revenir aux hypothèses dont nous venons de parler et considérer Dieu comme un comptable qui pèse les mérites et les péchés.
Christ accomplirait-il la loi dans l’obéissance afin de servir d'exemple aux humains ?
Il est vrai que Jésus est un exemple bien supérieur à tous les autres et que cette idée n'est pas étrangère au Nouveau Testament. Mais suivre ses traces n'a rien à voir avec notre salut, sinon on se sauve soi-même et on n'a plus besoin de lui.
Suivre l'exemple du Christ, bien sûr qu'il faut le faire, parce que l'on a compris que c'est la meilleure façon de vivre, et uniquement pour cette raison.

 - Accomplir la loi, c'est aimer.
Paul le dit aux Romains (13, 10) : l'amour est l'accomplissement de la loi.
Jésus est venu aimer les hommes, les femmes et les enfants, et en cela il accomplit la loi. Il n'y a rien de juridique dans cette démarche. Jésus n'aime pas les êtres humains pour … Il les aime, c'est tout…, parce qu'il est amour.
Lorsque Jésus dit aux docteurs de la loi qui accusent la femme adultère : Que celui qui est sans péché lui jette le premier la pierre (Jean 8, 7), ce n'est pas pour les accuser et les condamner au nom de la loi, sinon il aurait dû condamner la femme aussi. Non, ce n'est pas la loi qui intéresse Jésus, mais les gens.
Lorsque Jésus dit aux docteurs de la loi qui accusent la femme adultère : Que celui qui est sans péché lui jette le premier la pierre, c'est pour avoir enfin la liberté d'aimer sans que quelqu'un le lui reproche. Car ils sont nombreux les empêcheurs d'aimer en rond. Avec tous ces docteurs de la loi qui demandent des comptes, Jésus n'a pas la liberté de dire à la femme adultère : Je ne te condamne pas. Or c'est cela qu'il veut dire, rien d'autre. C'est pourquoi il faut que les légalistes partent et le laissent libre. Chaque fois que nous interprétons l'Evangile dans le sens de privilégier la loi, les règles et les interdits au détriment de l'individu, nous empêchons Dieu d'aimer librement.
On le lui a reproché à Jésus, cet amour ; cet amour incompréhensible pour l'homme, parce que gratuit, pour rien. Or c'est la définition de l'amour ; si l'amour n'est pas gratuit, ce n'est pas l'amour.
On le lui a reproché à Jésus, cet amour, et on l'a fait mourir pour ça ; car cet amour gratuit abat tous les systèmes et toutes les protections que l'être humain se donne. Il n'y a pas de calcul divin dans la mort de Jésus. Cette mort n'est pas un sacrifice ; elle est un meurtre de plus, dû à la haine, à la méchanceté des hommes, rien de plus.
Est-ce que la mort du Christ change quelque chose à l'amour de Dieu ? Non, rien ne change en Dieu. Il ne nous aime pas davantage, ni moins.
Jésus n'est pas mort pour Dieu, mais pour nous. Ce n'est pas Dieu qui change, mais nous qui devons changer, voir les choses autrement. Car nous avons maintenant une idée de l'amour de Dieu : il nous aime jusqu'à donner son Fils.

Pourquoi Jésus est-il venu ? Pour nous aimer.
Et cet amour se manifeste dans la grâce et le pardon qu'il nous donne. Quelque chose a-t-il été réglé, payé, mérité pour ce salut ? Non, rien. Sinon la grâce n’est pas la grâce et l’amour de Dieu n’est plus de l’amour ; le salut ne serait que le remboursement de nos œuvres et de notre obéissance.
Ce vocabulaire (réglé, payé, mérité …) correspond à des calculs de juristes.
Lorsque nous donnons à manger à nos enfants, est-ce parce qu'ils ont été sages ou parce que quelqu'un nous a payé leur nourriture ? Nous n'y pensons même pas. C'est sans doute parce que nous les aimons. C'est si naturel. Ça l'est tellement plus pour Dieu, car lui est amour, pas nous.