CROYEZ EN MOI

Jean 14, 1 à 6 - 1 Pierre 1, 3 à 12

J'ai envie de reprendre ce texte au début et de vous dire, comme le fait Jésus aux disciples : Vous croyez en Dieu ..., croyez aussi en Christ.
Pourquoi Jésus dit-il cela aux disciples ? Parce qu'il y a là une caractéristique du disciple du Christ, un signe fondamental du chrétien, à savoir que le chrétien ne fait pas que croire en Dieu ; car, alors, les neuf dixièmes de la population mondiale seraient chrétiens.
Le chrétien ne fait pas que croire en Dieu, il croit au Christ, il croit en Jésus. Et c'est ce qui nous unit, nous tous qui sommes présents ici.
Mais qu'est-ce que croire ?

Qu'est-ce que croire ?

Croire est un verbe qui recoupe plusieurs sens. Les principaux sont :

1. Tenir pour réel. Peut-être à la suite d'une démonstration attestée, prouvée. Ou parce que l'on a vu la chose à laquelle on croit. C'est l'attitude de Thomas qui avait besoin de voir pour  croire.
Or, dans ce cas précis, il s’agit de croire sans preuve. Car lorsque nous disons que nous croyons en Dieu, nous ne pouvons pas prouver cette existence de Dieu ; sinon tout le monde serait obligé de croire. Le fait que certains ne croient pas manifeste que la croyance en Dieu repose sur une part de confiance en ceux qui nous ont enseigné à croire.
Est-ce la foi ? Pas nécessairement, car la foi ne se limite pas à la croyance en Dieu. Vous avez peut-être rencontré des personnes qui croient à l'existence de Dieu, mais qui n'ont aucun rapport avec lui. C'est de la croyance, et non de la foi.
La foi est une relation avec la personne à laquelle on croit. On a, d'ailleurs, foi en quelqu'un et non en quelque chose. C'est un autre sens du verbe croire.

2. Croire, c’est aussi faire confiance. C'est cela la foi : une relation de confiance qui repose sur la qualité de la personne qui mérite cette confiance. C'est à cette relation là que Jésus invite ses disciples. Pour quelles raisons ? Parce que la confiance nous libère de nos peurs. La peur qui a toujours été le problème majeur de l'humanité. L'homme essaie d'y répondre par des mesures de sécurité de toutes sortes. Mais malgré toutes ces assurances, il a toujours peur. Car ce n'est pas en dominant et en contrôlant les événements et les individus, ni en espérant acheter Dieu et les hommes, que l'on supprime la peur ; car la volonté de puissance et tous nos calculs et marchandages ne font qu'accentuer notre angoisse. Non, ce n’est pas ainsi que l’on supprime la peur, mais en faisant confiance.

Christ appelle à la foi-confiance en disant : Que votre cœur ne se trouble pas. C'est une façon de dire : Faites-moi confiance.

Christ appelle à la foi-confiance en annonçant des événements invérifiables. C'est d'ailleurs le propre des actions à venir ; se situant dans le futur, elles sont, par nature, invérifiables et font donc appel à la confiance de l'auditeur.
Qu’annonce Jésus ? :
 - Je vais vous préparer une place dans la maison du Père. Soit dit en passant : il y a beaucoup de demeures dans cette maison. Autrement dit : Là encore, faites-moi confiance, il y en aura pour tout le monde.
 - Jésus annonce encore : Je reviendrai et je vous prendrai avec moi, si bien que là où je suis, vous serez vous aussi.
En voilà des promesses. Face à ces paroles il n'y a que deux solutions : y croire ou non. Mais le témoignage et l'œuvre de celui qui prononce ces mots nous aident à y croire, car tout l'Evangile est là pour nous dire que Jésus est digne de confiance. C'est ce que la suite du texte veut rappeler.

Jésus est digne de confiance.

Ceci est rendu par deux déclarations différentes :
1. Celle de Thomas qui souligne l'ignorance et l'incapacité humaines : Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas, comment en connaîtrions-nous le chemin ?
J'apprécie l'honnêteté de Thomas qui est ici le porte-parole de l'humanité tout entière, et qui déclare que l'homme ne peut que se tromper et aboutir à rien, s'il est livré à lui-même.
2. La déclaration de Jésus qui affirme : Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père si ce n'est par moi. Cette triple déclaration présente le Christ comme l'unique solution au problème de la peur.

Jésus est le chemin.

Non dans le sens qu'il nous trace un chemin que nous devons suivre après lui. Il y a d'autres textes des évangiles pour dire cela. Mais ici, dans ce chapitre 14 de l'évangile selon Jean, Jésus est présenté comme celui qui fait seul le chemin. C'est lui qui retourne vers son Père et qui revient. Si le disciple rejoint finalement Dieu, c'est parce le Fils le prend en charge ; c'est une grâce. C'est Jésus seul qui est descendu du ciel pour nous rencontrer. Ce n'est pas l'homme qui rejoint Dieu par ses propres forces, c'est Dieu qui descend en Jésus-Christ.
Le chemin est une voie descendante, de Dieu vers l'humanité ; et non l'inverse. C'est pourquoi seul le Christ est le chemin.

Jésus est la vérité.

C'est la révélation dont nous avons toujours besoin. Surtout dans le dialogue œcuménique.
Cette déclaration implique que l'on ne peut pas posséder la vérité, parce que la vérité n'est pas une chose, une pratique, une idéologie, une doctrine ou un dogme, mais une personne : le Christ. Or on ne possède pas, on n'est pas maître du Christ ; c'est lui qui doit nous posséder.
Toutes nos approches théologiques et nos conclusions religieuses sont à relativiser. Jésus-Christ est au-delà de nos démarches humaines, seule sa parole est vérité. Ce n'est qu'à cette condition que le dialogue œcuménique peut aboutir.

Jésus est la vie.

Il nous faut comprendre cette affirmation dans le sens où nous avons interprété les deux premières déclarations, à savoir que si Jésus est le seul à être le chemin et la vérité, alors il est le seul à être la vie. Pourtant, ne sommes-nous pas vivants, nous aussi ? Certes, mais cette parole du Christ nous conduit à conclure que notre vie, la vie biologique, n'est pas la vraie vie, parce que Jésus n'y est pas resté attaché par-dessus tout, au point de donner sa vie par amour pour nous.
Jésus a vécu la vraie vie, celle qui est liberté, celle qui s'oublie, celle qui est partage, celle qui se donne. Et cette vraie vie, il nous la donne.

Au moment où Jésus va vivre sa passion, les disciples ont peur : Quel chemin suivre maintenant ? A quelle vérité faut-il adhérer ? Que sera leur vie, quand Jésus ne sera plus là ?
Le Christ leur dit : Vous croyez en Dieu, faites-moi aussi confiance.
Je suis, pour vous, ce que vous ignorez, ce que vous ne contrôlez pas.
Je suis celui qui vient à votre rencontre : le chemin.
Je suis celui qui dit ce qui est : la vérité.
Je suis celui qui vous libère de la peur de perdre la vie : je suis la vie.
N'ayez pas peur, j'assume toute votre existence.