LE BRUIT D’UN SILENCE TÉNU - nuit des veilleurs de l'ACAT

1 Rois 19, 11 à 14 - Romains 8, 26 à 39

Ce texte est rempli de contrastes :
 -  Contraste entre le vent, le tremblement de terre, le feu et la voix de fin silence.
 -  Contraste entre ce silence et le récit que le prophète Elie fait à Dieu (au verset 14) des événements qui ont précédé cette rencontre au Mont Horeb. Car Elie parle d’autels démolis et d’assassinats de prophètes. Ça ne se passe pas en silence ce genre de rivalités.
Pour comprendre ce qui se passe ici, et le message de la rencontre entre Dieu et le prophète Elie au Mont Horeb, il faut revenir au contexte, à l’histoire que raconte succinctement le prophète ici.

Les préludes à la rencontre de l’Horeb.

Tout commence au chapitre 17 du 1er livre des Rois, lorsque le prophète Elie se lance dans l’opposition au culte de Baal.
Baal est le dieu cananéen de l’orage et de la pluie. En Canaan, où habitent aussi (avec les Cananéens) les Hébreux, c’est un dieu particulièrement vénéré. On attend de Baal les pluies qui permettent aux récoltes de pousser. C’est que, dans la région, il n’y a pas de grand fleuve susceptible d’arroser les champs, comme en Egypte ou en Mésopotamie. On ne peut compter que sur la pluie. La pluie, et donc Baal, sont synonymes de survie. On comprend que les Israélites soient attachés à cette divinité. Les Israélites, sauf un : le prophète Elie. Lui reste fidèle au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.
Elie attaque Baal sur son propre terrain, celui de la pluie. Au verset 1 du chap. 17, il annonce qu’il n’y aura plus de pluie, sinon à ma parole, dit-il. Et la pluie cesse, et la sécheresse s’installe avec tout son cortège de famine et de misère.
L’histoire aurait pu s’éterniser dans ce climat si Dieu n’était intervenu. Au bout de 3 ans de sécheresse, Dieu décide de faire pleuvoir. Peut-être était-il fatigué et attristé de voir son peuple souffrir pour rien, car les Israélites ne reviennent pas vers Dieu. Peut-être n’ont-ils pas compris le lien que veut faire passer Elie, entre l’abandon du vrai Dieu et la sécheresse. Selon toute logique, on peut même imaginer que plus la pluie se fait attendre, et plus les gens adressent de prières à Baal.
On assiste à une sorte de dissociation entre la volonté de Dieu et celle d’Elie. Comme si, par sa malédiction, le prophète recherchait l’affrontement, alors que Dieu, lui, en redonnant la pluie, apaisait les tensions et faisait cesser la crise. Mais Elie tient à son œuvre. Il aurait bien laissé les choses continuer ainsi. Il était en train de gagner ; tant que la pluie ne tombait pas, sa parole était toujours réalisée. La décision de Dieu vient tout gâcher. Aussi Elie va rajouter quelque chose à la Parole de Dieu.

Elie rassemble le peuple au Carmel.
Le prophète veut frapper un grand coup. Puisque Dieu veut redonner la pluie, il faut que la sécheresse ait servi à quelque chose, sinon l'action d’Elie ne signifiera plus rien ; et ce serait dommage, avec tous les efforts qu'il a consentis. Et surtout, il passerait pour quoi, Elie, à s'agiter comme ça, à assoiffer les gens, pour rien.
Il organise une extraordinaire campagne "d'évangélisation" devant la foule rassemblée, avec grand renfort de publicité.
Je voudrais m’attarder un peu sur ce qui se passe là, sur le Mont Carmel. La rencontre est plutôt violente. Le but de la réunion suscitée par le prophète est de convertir les Israélites au culte du Dieu d’Israël. Ça commence par un discours d’Elie ; discours auquel les auditeurs ne répondent rien, ils ne comprennent visiblement pas la nécessité de choisir (selon la volonté d’Elie) entre Yahvé et Baal.
Alors Elie organise un test : les prophètes de Baal sont invités à offrir un sacrifice à leur dieu, puis Elie offrira le sien au Dieu d’Israël. Mais personne ne mettra le feu aux sacrifices. Le Dieu qui répondra en consumant le sacrifice sera le vrai Dieu. Elie fait le forcing, c’est tout ou rien, il contraint le peuple à choisir, il oblige Dieu à marcher dans son plan, il fait violence aux uns et aux autres.
Baal ne répond pas aux prières de ces adorateurs, mais le feu du ciel tombe sur le sacrifice d’Elie et le consume. Comme au spectacle, le peuple applaudit …, mais ne se convertit pas.
Elie profite de son succès pour ordonner au peuple de se saisir des prophètes de Baal … et il les égorge !
Nous avons là tous les ingrédients de la manipulation des consciences, de l’utilisation des moyens de pression et de la violence dictatoriale. Elie apparaît comme un intégriste qui veut amener tout le monde à penser comme lui.

Quel fut le résultat de l’action d’Elie ?
Le même que pour la sécheresse : la campagne est un succès médiatique, matériel et humain, le feu est tombé du ciel, la pluie est venue, les faux prophètes ont été éliminés … Mais de repentance, point !
Le roi et le peuple ont vu un spectacle, ils ont vibré d'émotion, ils ont acclamé le Seigneur … Mais ce n'était qu'une façade, du vent. Au contraire, la reine Jézabel menace le prophète ; car la violence engendre la violence.
Alors, Elie, complètement découragé, demande la mort. Voilà où conduit la volonté d’imposer sa volonté. Voilà ce que produit la violence sur les corps et les consciences : le découragement et la mort. L’autoritarisme ne donne aucun fruit acceptable.
Alors Dieu envoie Elie au Mont Horeb ; le prophète a des leçons à recevoir.

Elie à Horeb.
Là, Dieu se révèle au prophète.
Plusieurs éléments passent devant Elie, comme des illustrations possibles de la présence de Dieu, comme des révélateurs de sa personnalité.
1. Le premier est un vent violent. Ce peut être le vent de la renommée, du succès, du spectacle, des acclamations de la foule, de la réussite … Mais Dieu n'est pas dans ce vent.
2. Le deuxième est un tremblement de terre. Le tremblement de l'émotion, du sursaut de la volonté humaine qui se bat pour un objectif. Le tremblement qui bouleverse. Mais Dieu n'est pas dans le cataclysme émotionnel.
3. Le troisième est le feu. Le feu de la puissance, de la force, de la violence. Le feu qui était déjà apparu sur ce mont Horeb (Sinaï), lorsque Moïse en avait descendu la loi : le feu légal, intransigeant et qui s'impose. Le feu du mont Carmel, pourtant descendu du ciel. Mais Dieu n'était pas dans cette démonstration de force, dans ce soi-disant réveil, dans cette réforme de façade. C'était l'œuvre d'Elie, pas celle de Dieu.
4. Dieu est dans une voix de fin silence (le bruit d’un silence ténu). L'action de Dieu se fait dans le calme et le silence. Elle est cachée et ne frappe pas les regards, comme Jésus l'a manifestée.

Nous aimerions parfois que Dieu agisse comme nous, qu’il prouve, démontre, oblige et contraigne. Qu’il fasse violence par le vent, le feu et les tremblements de terre. Mais Dieu fait vivre par sa parole, et sa parole est une voix de fin silence.
Dieu n’agit pas comme nous, parce que nous voulons vaincre et gagner, alors que Dieu se donne. Dieu se donne par amour, et l’amour ne contraint pas.