QUAND DIEU NOUS PARLE

(prédication inspirée de Elisabeth Parmentier « Entrer dans la Bible », dans « Ecoute ! Dieu nous parle … »)

Exode 3, 1 à 15 - Matthieu 10, 26 à 33

Que se passe-t-il lorsque Dieu nous parle ?
Est-ce toujours clair, précis, évident ?
Savons-nous, d’abord, que c’est lui qui parle ?
Comprenons-nous cette parole sans difficultés ?
Est-ce toujours facile d’obéir, de suivre, d’accomplir les commandements du Seigneur ?
Nous aimerions que ce soit le cas, mais si la parole de Dieu était sans équivoque, nous serions contraints, obligés de croire et d’agir.
Et pourtant, il s’en passe des choses lorsque Dieu parle.
Voyons ce qui s’est passé lorsque Dieu a parlé à Moïse.

Dieu a parlé à Moïse (lire Ex 3, 1-15)

Dieu a parlé à Moïse alors que Moïse gardaient les moutons. C’est-à-dire : alors qu’il accomplissait sa tâche habituelle. Ce qui signifie que Dieu peut parler à n’importe quel moment et dans n’importe quelles circonstances. Il peut vous parler non seulement au cours du culte ou lorsque vous lisez la Bible, mais au bureau, à l’atelier, au volant, au cours d’un repas … Pour Moïse, ce fut quand il gardait les moutons. Et Dieu l’a interpellé par un phénomène étrange.

Dieu a parlé à Moïse par le biais d’un buisson en feu qui ne se consumait pas.
Pourquoi cette vision ? Pourquoi cet appel ?
Parce que nous sommes tellement blasés. Nous sommes tellement sollicités. Nous avons déjà vu tellement de choses bizarres. On nous abreuve de tellement d’étrangetés, qu’il n’est pas facile d’éveiller notre attention.
C’est sans doute plus difficile pour nous que pour Moïse, tant notre société moderne est capable de prouesses techniques qui, pour Moïse, s’apparenteraient à la magie ou au miracle. Et je me demande si nous nous serions détournés, comme Moïse, pour voir ce phénomène de plus près.
Comme Moïse, conservons cette capacité à l’étonnement, à l’interrogation.
Moïse se pose des questions devant ce buisson. Et nous, nous posons-nous des questions ? Ou bien, tout est clair, évident, sans problème. Et je me dis que les fanatiques qui ont réponses à tout ont peut-être quelques difficultés à entendre la voix de Dieu.
Tout n’est pas explicable. Nous ne savons pas quel est le sens de la vie et de l’histoire.
Ayons l’humilité de reconnaître nos limites et nous serons plus facilement étonnés et sensibles à la voix de Dieu.
Moïse est sorti du cadre habituel du troupeau, il s’est détourné pour voir, et il a entendu la voix de Dieu. Tout allait-il s’éclairer maintenant ? Rien n’est moins sûr.

Dieu dit à Moïse : Retire tes sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte (3, 5).
Pourquoi cette parole ? Que signifie-t-elle ?
Comment transposer, interpréter cette parole après que Jésus nous a appris qu’il n’y a pas de terre sainte.
« Retire tes sandales de tes pieds », c’est une façon de dire qu’on ne vient pas à Dieu avec nos gros sabots, avec nos idées toutes faites, nos solutions apprises par cœur et nos remèdes éprouvés.
Près de Dieu et à son écoute, on est sur un lieu saint, c’est-à-dire à part, différent de notre milieu habituel. Il faudra s’attendre à sortir des sentiers battus, à entendre des choses nouvelles.
D’autre part, cette parole de Dieu : Retire tes sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte, semble plus être un frein qu’une invitation. C’est le sens que l’on peut donner au geste musulman d’enlever ses chaussures pour entrer dans une mosquée. Indépendamment des raisons d’hygiène, cela peut être compris comme le signe qu’ils ne viennent pas en territoire conquis.
Moïse est interpellé, invité, presque convoqué. Il n’est pas l’artisan de la rencontre. Ce n’est pas lui qui va conduire la discussion. C’est Dieu qui parle ; c’est lui, Moïse, qui écoute. C’est pourquoi, non seulement Moïse enlève ses chaussures, mais il se voile la face.
De même ne croyons pas tout savoir et tout avoir compris de la parole de Dieu. D’ailleurs, qu’est-ce que la parole de Dieu ? J’entends dire parfois, en parlant de la Bible : lisons la parole de Dieu ou, ouvrons la parole de Dieu. C’est un abus de langage. Car si la Bible est la parole de Dieu, cela signifie qu’on peut la manipuler, voire la détruire. Il vaudrait mieux dire : découvrons ou discernons la parole de Dieu dans la Bible. Ce qui ne veut pas dire que la parole de Dieu ne se trouve pas dans la Bible, ni qu’elle dépend de nous et non de Dieu, mais qu’elle est toujours à découvrir.
En disant à Moïse qu’il est sur une terre sainte, Dieu lui annonce qu’il pénètre un domaine à part, différent de ce qu’il connaît, et que la rencontre qui commence va le conduire dans des voies insoupçonnées. Sommes-nous conscients de cela lorsque nous écoutons la parole de Dieu ? Acceptons-nous d’être étonnés, surpris, saisis, bousculés, inquiétés par cette parole ? Ou, autrement dit, sommes-nous attentifs ou blasés ? Car la révélation de Dieu a Moïse, dans cet épisode du buisson ardent, a de quoi surprendre.

Dieu se révèle.
Non à l’image des dieux que Moïse a appris à connaître en Egypte. Des dieux dominants qui bénissent les puissants et qui oublient les faibles.
Dieu se révèle en disant qu’il a vu la misère de son peuple en Egypte et qu’il connaît ses souffrances (3, 7). C’est le premier sentier non battu sur lequel Dieu conduit Moïse. Car dans les religions humaines, les dieux sont toujours des dieux de lieux, de fonctions ou de doctrines. Mais le Dieu qui se révèle ici se présente comme le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob (3, 6). Dieu n’est pas le Dieu de quelque chose, mais de quelqu’un.
Dieu est un Dieu proche des êtres humains, intéressé par les autres et non par lui-même. Ça s’appelle l’amour. C’est pourquoi, dans cette rencontre avec Moïse, Dieu ne parle pas de lui, mais de nous. Dieu ne fait pas de la théologie, mais de l’anthropologie. Il vient accompagner son peuple : Je suis descendu pour le délivrer, dit-il (3, 8).
Cette révélation d’un Dieu si proche et si attentif à l’être humain a sans doute de quoi surprendre Moïse. Mais finalement, c’est parfait : Dieu est descendu vers son peuple, il va aller en Egypte et libérer les Israélites ! Mais qu’ai-je à voir avec ça, se dit peut-être Moïse retiré du monde dans son désert. C’est alors que Dieu l’envoie.

Dieu dit à Moïse : Va, maintenant ; je t’envoie vers le Pharaon, fais sortir d’Egypte mon peuple (3, 10).
Deuxième surprise pour Moïse ; et elle est de taille.
Comment réagirions-nous dans ces circonstances ? Comment réagissons-nous lorsque Dieu nous envoie ?
Ne sommes-nous pas des Moïse, tout-à-fait d’accord avec les plans de Dieu ? On souhaiterait même, parfois, qu’il intervienne davantage pour faire triompher la justice. Etant entendu qu’il se débrouille tout seul. Ou, qu’éventuellement, il envoie quelqu’un d’autre ; comme dit Moïse : Je t’en prie, Seigneur, envoie-le dire par qui tu voudras ! (4, 13), sous-entendu : pas par moi ! Mais le Seigneur nous dit : Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour (Mat 10, 27). Etre d’accord avec Dieu, partager sa vision des choses, c’est bien, mais encore faut-il la faire connaître cette vision.
Moïse ne veut pas aller en Egypte. Et il cherche, et trouve, plein d’excuses pour ne pas obéir :
 -  Il se dévalorise : Qui suis-je ? demande-t-il. Réflexe général que nous utilisons aussi beaucoup.
 -  Il veut des certitudes, il veut définir les termes et les acteurs. J’irais en Egypte au nom de qui ? demande-t-il. Toi qui m’envoies, comment t’appelles-tu ? Et la réponse de Dieu : Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : Je suis m’a envoyé vers vous (3, 14), n’est pas faite pour rassurer Moïse.
Alors Moïse veut des garanties, des signes :
 -  Comment être sûr ?
 -  Comment être sûr que je ne rêve pas ?
 -  Comment être sûr que ce n’est pas du bluff ?
 -  Comment être sûr que ça va marcher ?
Et la réponse de Dieu est totalement déroutante : Voici le signe que c’est moi qui t’ai envoyé : quand tu auras fait sortir le peuple d’Egypte, vous servirez Dieu sur cette montagne (3, 12).
Cette réponse est déroutante parce qu’elle fait référence à un événement à postériori. En effet, ce que souhaite Moïse, c’est un signe qui aurait lieu avant son départ pour l’Egypte, ainsi il serait sûr avant de partir. Mais Dieu lui dit : quand tu auras fait sortir le peuple d’Egypte, vous servirez Dieu sur cette montagne. Moïse n’aura pas de signe maintenant. C’est après avoir obéi qu’il saura.
En fait, Dieu ne donne aucune garantie à Moïse. Il ne reste à Moïse que la foi pour croire. Car c’est cela la foi : croire sans signe, la confiance sans preuve. Moïse a fait ce saut de la foi, et il a fait de grandes choses, parce que la parole de Dieu était là et l’accompagnait. Je suis avec toi, lui avait dit Dieu (3, 12).

Dieu nous parle.
Etes-vous sûrs de vouloir écouter ?
Si vous vous détournez de votre chemin habituel pour écouter la voix de Dieu, sachez que cette voix peut vous faire découvrir des trésors insoupçonnés : elle vous révélera Dieu et vous-mêmes, elle mettra à nu vos peurs et vos calculs, elle vous engagera dans l’action pour les autres … Mais elle ne vous donnera aucune garantie. Vous n’aurez ni preuves, ni démonstrations évidentes. Comme Moïse, c’est lorsque vous aurez servi Dieu et les hommes que vous saurez que vous aviez raison de le faire.
Etes-vous sûrs de vouloir écouter ?