Le temps d'une pause - Vendredi 5 novembre 2021

Autour de Marc 9, versets 38 à 41 : "Jean lui dit : Maître, nous avons vu un homme qui chasse des démons en ton nom ; et nous l’en avons empêché, parce qu’il ne nous suit pas. "...

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Marc 9.38-41

38 Jean lui dit : Maître, nous avons vu un homme qui chasse des démons en ton nom ; et nous l’en avons empêché, parce qu’il ne nous suit pas.
39 Ne l’en empêchez pas, répondit Jésus, car il n’est personne qui, faisant un miracle en mon nom, puisse aussitôt après parler mal de moi.
40 Qui n’est pas contre nous est pour nous.
41 Et quiconque vous donnera à boire un verre d’eau en mon nom, parce que vous appartenez à Christ, je vous le dis en vérité, il ne perdra point sa récompense.

 

Le pasteur Charles Wagner a fait écrire sur l’entrée du temple de la paroisse qu’il avait créée à Bastille (Paris) : « Ici on enseigne l’humanité ».  Et il me semble que c’est cela que nous devons trouver dans l’Evangile. Un enseignement et non pas une réponse. Trouver une source qui alimente notre réflexion, notre action plutôt qu’un état de fait auquel il faut correspondre coûte que coûte. L’Evangile c’est ce qui vient enseigner notre humanité pour la faire grandir, qui vient l’enseigner pour lui apprendre à faire tomber les murs pour créer une authentique fraternité.
La remarque des disciples dans le texte pourrait être celle de nombreuses personnes aujourd’hui, du moins elle exprime ce qui est à l’œuvre, hélas de plus en plus, dans nos rapports sociaux et humains.

« Nous avons cherché à l’en empêcher, parce qu’il ne nous suivait pas ».  
Nous vivons dans un monde où ne pas être d’accord avec quelqu’un signifie qu’on est contre . Ne devrions nous pas nous  questionner  nous en particulier qui nous inscrivons dans une religion et donc dans un lien (religere : relier) ?
Hélas, c’est aussi ce qui se passe bien trop souvent dans nos Églises ou dans nos religions de manière générale.
Si je n'adhère pas à sa doctrine ou si je ne crois pas à l’ensemble des dogmes de l’Eglise, je suis un hérétique, un mécréant pour ne pas dire un athée. C’est sans doute ce qui se passe pour cet homme dont parlent les disciples du texte. Cet homme chasse les démons au nom de Jésus mais il ne suit pas les disciples.
Et là, c’est justement la notion de communauté qui vient questionner. Dans cette parole des disciples apparaît tout le risque de la communauté.  

La communauté c’est un groupe social qui a des intérêts (ou des biens) communs. Et pour préserver ces intérêts communs, il faut protéger le groupe. Le protéger en évitant que d’autres intérêts s’immiscent, que d’autres vérités viennent questionner, qu’un autre point de vue déplace la vision que le groupe a de lui.
Chasser des démons au nom de Jésus mais pas comme le font les disciples, sans respecter les règles communes, c’est mettre en danger cette communauté.
Localement en Eglise, on nous demande de faire communauté. Mais n'est-ce pas prendre le risque de monter des murs entre ceux qui seront d’un côté et ceux qui seront de l’autre ?
Faire communauté c’est le désir des disciples, mais Jésus vient les inviter à voir les choses de manière radicalement différente.
Là où la communauté dit « si tu n’es pas pour tu es contre », Jésus leur enseigne : « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous ».Et cela change toute la perspective. Il ne s’agit plus d’adhérer mais d’œuvrer dans un même sens.

Pour nos Églises, il ne s’agit pas de chercher à convertir, mais de reconnaître en l’autre qui est différent , un frère ou une sœur en humanité. Le but de nos Églises ne doit pas être de chercher à remplir les bancs, mais d’annoncer une parole, de témoigner d’une humanité aimée de Dieu, d’encourager les croyants à être fraternels, d’apporter notre vision du monde et de l’humanité  et de la partager autour de nous. C’est le sens même du mot Eglise (ecclesia) : une assemblée. Nous nous assemblons autour d’une parole, le dimanche matin au culte, tel ou tel soir pour un CP, une réunion de prière, une étude biblique et de plein d’autres manières. Et c’est à chacune de ces rencontres, que l’Eglise surgit. Nous sommes ici l'Église parce que nous nous sommes assemblés, mais la vocation de cette assemblée c’est d’aller dans le monde avec ce qu'elle aura reçu dans l'événement de la rencontre.

Pour nous, le bien c’est ce qui rend présent Dieu dans notre monde. C’est ce que Dieu veut pour nous.
Alors, si d’autres veulent le bien, nous pouvons dire que nous cherchons la même chose, peut-être pas de la même manière. Alors nous pouvons recevoir et comprendre cet enseignement de Jésus : « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous »

Christophe Cousinié - Eglise Protestante Unie