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Agenda

Mercredi 23 mai à 20h30 : conférence « La main qui soigne, la main qui accompagne jusqu’à la mort » au temple de Chabeuil. Conférence ouverte à tous, entrée libre.

Dimanche 27 mai à 10h30 : culte au temple de Châteaudouble.

 

Actualités

Le bulletin d'information d'avril et mai 2018 est en ligne. Pour l'imprimer, cliquez ici.

Projet de vie de la paroisse protestante unie de Chabeuil-Châteaudouble Découvrez le projet de vie de la paroisse, pour les années à venir...

 

 

 

Les dernières publications


Les débuts du monachisme

 

Le retrait du monde pour entrer dans un ordre religieux est un phénomène considérable dans l'Eglise ancienne :

  • par son étendue géographique : des chrétiens de tous horizons sont devenus moines
  • par le nombre de ses adeptes : dans l'empire byzantin, 20 à 30% de la population vivaient dans des monastères

Mais pourquoi des chrétiens se sont-ils retirés du monde pour vivre seuls ou en communauté ?

 

Les causes du monachisme

 

Les causes scripturaires

La vie du Christ et des apôtres, considérés comme des exemples à suivre. Jésus est perçu comme quelqu'un qui vit à l'écart du monde (Luc 9, 58), et cette vie est présentée comme l'idéal chrétien. Cette conception s'appuie sur des textes où Jésus (ou les apôtres) parlent du renoncement à soi-même (Luc 9, 23), de la non-possession de biens (Marc 10, 21 ; Actes 2, 44. 45) ou d'une sorte d'opposition entre sexualité et service divin (Matthieu 19, 12 ; 1 Corinthiens 7, 1. 8. 29. 32. 33. 35).

 

Les causes philosophiques et culturelles

L'impact de la pensée grecque qui conduit au mépris du corps. L'âme immortelle serait séparée du corps dans la mort. Afin de faciliter cette dissociation, qui s'apparente au salut, il faut mortifier le corps par des pratiques ascétiques.

La volonté de mériter son salut par des privations et des efforts

La recherche d'un idéal de vie :

  • Par l'obéissance aux textes qui demandent le désintéressement. Le but du moine est le repos intérieur par l'élimination des passions et des soucis.
  • Dans le but d'apporter à la société un ferment de spiritualité. Le monachisme apparaît alors comme une concentration du sacré dans des individus d'élite.
  • Par réaction contre le relâchement des mœurs de la majorité des chrétiens.

La critique du travail servile :

  • L'influence des 3 ordres de la société indo-européenne (pouvoir politico-militaire, clergé, paysans) y est pour quelque chose. Les moines faisant partie du clergé, c'est une promotion pour les paysans que de devenir moine.
  • Ce sera vrai surtout pendant la période féodale ; le travail étant la part des laïcs.

 

Les causes historiques

La fin des persécutions. Tant que les persécutions duraient, le martyre étanchait la soif d'idéal et d'absolu des chrétiens. La fin des persécutions coïncide avec l'apparition du monachisme des anachorètes (ermites) : du grec anakhôrein = se retirer. Désormais les moines sont les nouveaux martyrs.

La critique du pouvoir ecclésial. En devenant officielle, avec Constantin, l'Eglise est investie d'un pouvoir. Par réaction, cette alliance du pouvoir et de la religion a pu susciter des vocations au monachisme.

 

 

Les valeurs fondamentales du monachisme

 

La solitude

C'est la première valeur et manifestation du monachisme. Elle lui a donné son nom, car le mot moine vient du grec monakhos = solitaire.

Le moine recherche la solitude dans le but d'être seul avec Dieu et de lui adhérer sans partage.

La solitude est cependant davantage perçue dans le célibat que dans l'éloignement de la société. Etre seul, c'est ne pas être marié.

 

Le célibat. la chasteté, la virginité

Ces valeurs apparaissent très tôt dans le christianisme.

Elles sont peut-être une manifestation de la foi dans le salut déjà arrivé en Jésus-Christ. Par opposition à l'attente et à la réalisation de la venue du Sauveur, par la procréation, dans les religions juive et païennes.

Elles sont considérées comme importantes par l'ensemble des chrétiens, mais sont développées surtout par les mouvements encratiques de Syrie orientale où certains ne baptisent que des vierges et des célibataires.

L'interprétation sexuelle du péché originel y a joué un grand rôle.

Des chrétiens restent vierges dans l'espoir d'être davantage unis au Christ (Athénagore d'Athènes).

 

La pauvreté

Le moine est celui qui ne possède pas, ou peu. Il est donc dépendant des autres pour survivre, en tous cas dans les premiers temps du monachisme.

 

La contemplation, la prière, la méditation

Certains ordres ont développé une importante liturgie, alors que les anachorètes méditaient seuls.

 

 

Histoire du monachisme

 

Les deux premiers siècles

Le monachisme se borne à l'existence, dans les communautés, de gens continents. Il n'y a pas de communautés regroupant les personnes vierges, mais on trouve des associations de chastes de sexes différents qui vivent ensemble.

 

Le troisième siècle

Le nombre de vierges s'accroît partout. Elles continuent de vivre dans l'assemblée de tous les chrétiens et dans leurs familles, mais elles se réunissent de temps en temps. Elles n'ont pas d'habits spéciaux. L'état de vierge devient une profession ; on y entre en faisant un vœu On en viendra progressivement à des communautés.

 

Développement du monachisme en orient, au 4ème siècle

1. Le monachisme égyptien

Il naît avec Antoine (vers 251-356) qui se retire seul au désert. Il y mène une vie ascétique marquée par le travail manuel, les pratiques pénitentielles, la prière et la méditation. Il a des disciples au bout de 20 ans, mais il les exhorte à vivre seuls. C'est le début des groupements d'anachorètes qui se retrouvent uniquement pour la prière et l'Eucharistie. Puis se crée un collège directeur des anciens qui se donnent un chef. C'est le passage au cénobitisme.

Le cénobitisme (du grec koinos bios = vie commune) :

  • c'est l'apparition des communautés. L'initiateur du cénobitisme est Pacôme. Il fonde sa première communauté vers 323 à Tabennèse en Haute-Egypte. Le succès est considérable au point qu'il fonde 10 autres communautés d'hommes ou de femmes de 200 à 1300 moines. Ces monastères forment une seule communauté régie par la règle de Pacôme qui alterne prières, méditations, sommeil, travail manuel, repas et apprentissage de la lecture.

2. Le monachisme palestinien

Son développement est semblable à celui du monachisme égyptien. On trouve deux types d'établissements :

  • La laure. C'est un semi-anachorétisme où les moines ont chacun leur cellule, mais se retrouvent le samedi et le dimanche pour des repas en commun.
  • Les couvents. Souvent rattachés à une laure, ils sont indépendants les uns des autres et centrés sur la liturgie célébrée dans les lieux saints.

3. Le monachisme syrien

C'est le plus diversifié. Il comprend beaucoup de solitaires, des reclus enfermés ou des stylites perchés sur une colonne. C'est un monachisme austère et sévère.

4. Le monachisme d'Asie-Mineure

Au départ, il est radical : il condamne le mariage, repousse les riches et ne reconnaît qu'une seule activité : la prière. Basile de Césarée l'adoucit en fondant des communautés où l'on accueille les gens mariés et ou l'on préconise le travail manuel, l'éducation et les œuvres de bienfaisance.

 

Le monachisme occidental aux 4ème et 5ème siècles

1. A Rome et en Italie
Les couvents (le plus souvent de femmes) se multiplient. Certains évêques rassemblent leurs clercs autour d'eux dans des monastères. C'est là l'origine des chapitres formés de chanoines qui entourent l'évêque. Traits communs au monachisme italien :

  • Les esclaves sont accueillis si le maître est d'accord.
  • Les moines doivent passer par un temps de noviciat.
  • Les femmes doivent faire profession de virginité et être consacrées par l'évêque avec imposition d'un voile.
  • Les moines sont tonsurés ou ont les cheveux courts.
  • Les habits longs et noirs ne deviendront uniformes que peu à peu.

2. En Gaule

On trouve encore des vierges vivant chez elles. Sainte Geneviève (451) en est une. Les évêques s'opposent aux ermites en préconisant le cénobitisme réglé, plus facilement contrôlable. Ce contrôle par la hiérarchie fait apparaître un nouveau monachisme, celui des évêques et des aristocrates évangélisateurs.

  • Saint Martin (vers 316-397)
    Originaire de Hongrie, il vit une ascèse semi-anachorétique sur une propriété de l'évêque Hilaire de Poitiers. Il est élu évêque de Tours vers 370. Il adopte alors un style de vie monastique avec environ 80 disciples et évangélise les campagnes. Des aristocrates sont attirés par Martin et la vie monastique. Est-ce parce que cette dernière est, maintenant, cautionnée par les évêques ?
  • Saint Honorât
    Jeune aristocrate lyonnais, il fonde un monastère sur l'île de Lérins en 405, sur l'invitation de l'évêque de Fréjus. Son monachisme est marqué par le travail manuel. C'est ainsi que Lérins, île déserte et inculte, devient une grande propriété agricole. Une éducation classique est donnée aux aristocrates. Les monastères prennent le relais de l'éducation romaine disparue.
  • Saint Césaire d'Arles (470-543)
    Evêque d'Arles en 503, il y fonde deux monastères et fait voter des directives selon lesquelles les monastères dépendent de l'évêque qui peut leur imposer une règle. La règle de Césaire insiste sur la stabilité du moine qui s'engage à persévérer jusqu'à la mort dans le monastère où il a fait profession. Cet article s'oppose au monachisme vagabond incontrôlable.

 

Le monachisme occidental au 6ème siècle

II est marqué par Saint Benoît et le monachisme bénédictin. Né vers 480 dans une riche famille du nord de l'Italie (Nursie), Benoît fait des études à Rome, mais les arrête assez tôt pour vivre en ermite.

Rejoint par quelques disciples, il fonde un monastère au mont Cassin. Il organise la vie monastique à partir de trois éléments essentiels : la prière, le travail manuel, la lecture divine. Sa règle est très précise, elle comprend 72 chapitres où tout est prévu. C'est ce qui fait son succès. C'est aussi une règle équilibrée qui conduit à l'humilité et non aux performances ascétiques. La règle de Benoît remplacera toutes les autres règles en occident. Le pape Grégoire le Grand l'impose aux monastères de Rome et d'Italie centrale.

 

Le monachisme celte dans les îles britanniques du 5ème au 7ème siècle

C'est un monachisme évangélisateur. Ceci est sans doute dû au fait que ce sont des moines qui ont évangélisé la Grande-Bretagne, en particulier St. Patrick, l'apôtre de l'Irlande, à partir de 432.

C'est un monachisme de clans, en fonction des structures de la société.

C'est un monachisme sévère dans lequel la pénitence joue un grand rôle.

C'est un monachisme souvent itinérant, en tous cas missionnaire. L'errance est considérée comme une ascèse pour le Christ. Les moines irlandais s'exilent volontairement pour évangéliser. Les missionnaires britanniques les plus connus sont :

  • Colomba qui quitte l'Irlande en 563, évangélise l'Ecosse et y fonde le monastère de lona.
  • Colomban qui fonde Luxueil, en 590, dans les Vosges et Bobbio en Italie.
  • Boniface (vers 692-754). Il est saxon et évangélise la Germanie. C'est lui qui introduit l'usage des pénitentiels sur le continent.

 

 

Conclusion : Le monachisme est beaucoup moins uniforme qu'on ne le pense à priori

 

Sa diversité rend compte des différents courants et cultures existant dans le christianisme, ce qui voudrait dire que, malgré les apparences, le monachisme a peut-être été pour beaucoup un instrument de liberté pour exprimer leur foi d'une manière personnelle. C'est cette liberté qui a fait peur aux évêques qui ont voulu, alors, contrôler le phénomène par le biais de règles imposées. Ce contrôle a eu pour conséquences :

  • Le renforcement de l'idée que pour mériter la faveur de Dieu et de l'Eglise, il fallait correspondre à une certaine norme.
  • La division du peuple chrétien en deux groupes : les clercs et les laïcs. Car il était évident que tout le monde ne pouvait pas vivre la vie monastique. Le clergé n'y tenant pas d'ailleurs, puisque, sans la présence des laïcs, il n'aurait plus eu de raison d'être.
  • L'établissement du privilège du clerc par opposition à la médiocrité et à la soumission du laïc incapable de devenir moine. Les structures de l'Eglise médiévale étaient posées.

 


Bibliographie

Dictionnaire encyclopédique du christianisme ancien, Cerf
Nouvelle Histoire de l'Eglise, Tome 1 et 2, Seuil
Hans von Campenhausen, Les Pères grecs, Ed. De l'Orante
Hans von Campenhausen, Les Pères latins, Ed. De l'Orante
Philippe de Lignerolles et Jean-Pierre Meynard, Histoire de la spiritualité chrétienne, Ed. De l'Atelier
Marcel Pacaut, Les ordres monastiques et religieux au Moyen Age, Nathan