Paternité

Rien ne t'a préparé à ce qui est arrivé cette nuit-là, Joseph. Tout ce que tu as appris de tes pères ne t'a servi à rien. A quoi cela rime-t-il d'être un homme fort, travailleur et habile, quand on est confronté au miracle de la vie ?

Tu as reçu dans tes mains calleuses ce petit être, si petit, si léger et déjà si plein de vie !

Maintenant, dans le calme de la nuit, tu t'es approché de la lampe et tu l'as regardé. Ton fils. Lui a levé vers toi ses yeux sombres et profonds, puis il a saisi le doigt que tu lui tendais et l'a serré avec force dans sa menotte.

Et c'est comme si une épée t'avait transpercé le cœur…

Ce petit en prenait possession et s'y installait pour toujours.

Tu as su, à ce moment-là que tu serais capable de n'importe quoi pour cet enfant, que tu travaillerais pour lui jusqu'à l'épuisement, que tu donnerais ta vie pour lui…

Oui, c'est cela la paternité, Joseph. Cet enfant tu ne l'as pas engendré mais il est vraiment ton fils.

Tu vas l'éduquer avec soin, Joseph, lui apprendre un métier, l'instruire, lui transmettre ton amour de la loi et des prophètes.

Lui vas lui prêter ton regard, ce regard qui s'arrête sur les choses simples pour en extraire une leçon : une vieille outre où on a mis du vin nouveau, une pâte à pain qui lève dans la cuisine, une maison mal bâtie qui tombe en ruines…

Et sur ces fleurs magnifiques, les lys des champs, qui sont devenues ton emblème et que tu brandis sur les autels où des millions d'hommes t'honorent et suivent ton exemple de père.

Car, tant qu'il y aura des chrétiens, tu seras dans nos cœurs, Joseph.